S’arrêter à la petite gare au milieu des champs, descendre du train et marcher quelques kilomètres sous un soleil de pyramides, s’approcher de la rivière et se réjouir de retrouver les sensations vives, prendre le petit chemin de terre, quitter la route et avancer au milieu des hautes herbes ; à couvert des saules, sentir le parfum de l’eau et entendre les grenouilles, se rapprocher encore et retrouver l’endroit secret qui, autrefois, semblait n’exister que pour soi. Là, ôter tous ses vêtements, être nu dans la chaleur de l’air, être sans peur et, soudainement, enfoncer son corps libre dans l’eau froide, redevenir l’enfant au secret du trou d’eau protégé par les chênes lièges et se plonger dans la matière liquide comme dans le sommeil, oublier le dehors, le train, la vie brutale, et laver les chagrins dans l’eau mouvante, celle qui ne retient rien, tout pardonner et ouvrir les yeux, enfin, goûter l’eau à la saveur de terre.