Depuis quelques temps, j’ai la sensation que mon corps
me trahit – se détourne – se délite
la chair tient par ses six-cent trente-neuf muscles _________________________(639)
y compris du visage le zygomatique importe
plus que les maxillaires frottées se bloquent
comme une vieille porte qui grince
par retour veineux le cœur s’estime
de première jeunesse comme un bourgeon qui vient
d’émerger une promesse de printemps que rien
ne peut éteindre mais ce souffle
continu je respire toujours
par la bouche j’avale tout
ce qui s’absorbe en plus des deux litres ___________________________________(2)
recommandés
j’aspire des quantités incroyables d’oxygène
deux mille cinq cent litres peut-être ______________________________________(2500)
impur d’air vicié
carboné – de métaux lourds – de particules fines
je me pollue les vaisseaux
sanguins ce moyen de transport qui pourrait
faire deux fois et demie le tour de la Terre
cent mille kilomètres de réseau de veines _________________________________(100 000)
d’artères et capillaires comme racinaire
frondaison intérieure je m’époumone
éprise je pousse en silence
ce cri de nouveau-né comme un jaillissement
un geyser de vie m’agite le corps
jusque dans les ongles
ô ma kératine cassante qui claque
le clavier j’ai deux fois cinq doigts _______________________________________(10)
pour poétiser mes flux
et les forces qui me restent
l’écran tout imbibé de mots
de vapeur salivaire
c’est le signe que je respire