Il n’y a pas de frontières au fond, juste des passeports, des portes, des ponts. Des tampons sur les pages, des verrous ou une barque, perdue quelque part en mer.
Il y a des personnes, des épaules qui se bousculent, des chevilles qui se foulent au contact du sol, des blessés et des vivants. 
La plupart des portes que l’on ne pousse pas sont ouvertes pourtant. Pas celles des hôtels, pas celles des aéroports, mais les portes invisibles que l’on fixe soi-même au plafond. 
Tous les sourires sont des portes, il suffit de s’y engouffrer. Les larmes sont le plus souvent des issues de secours. Les cris peuvent être de joie, de peur, d’amour. Les baisers ne sont pas toujours bons, certains ont le goût du sang. 
On ne peut pas reculer en marchant, les orteils donnent toujours la direction. Tant que l’on est debout cela veut dire que le cœur bat, qu’il y a encore de la volonté. Marcher ne veut pas dire savoir où l’on va.
Tous ceux qui prétendent le savoir se trompent. Ils se trompent effrontément, ils se rassurent, se racontent des histoires comme on en raconte aux enfants. Les histoires des enfants sont des rêves, celles des adultes sont des mensonges la plupart du temps. Il faut savoir inventer et il faut savoir croire. La majorité des gens ne croient pas assez, ils ont l’imagination courte. Il faut savoir faire déborder le dedans au dehors pour inventer des couleurs nouvelles. Il faut savoir se mouvoir, traverser les mondes.
Il n’y a que très peu de murs, au fond. Il y a beaucoup moins de murs de pierres, de briques, de parpaing, que de murs d’angoisse ou de murs de terreur. On peut mourir au pied d’un mur que personne ne voit, que l’on ne peut même pas toucher.
On peut vivre une vie sans savoir que l’on n’avait pas le droit, et on l’a pris. 
On peut croire en la cage et en dessiner soi-même chaque barreau. On peut peindre une fenêtre immense, et s’y jeter. On peut s’inventer des ailes. On peut croire à la lune, aux marées. 
Il faut croire aux âmes sauvages et aux tritons qui peuplent les eaux vives, il faut croire aux grenouilles, elles ont tant à dire.
Il faut croire en l’eau comme on croit aux promesses, et s’y laisser glisser.
Il faut croire aux rochers lissés par le temps et la pluie. Il faut savoir écouter la mousse. 
Il faut s’allonger sur la terre pour écouter son cœur, et contempler les cimes sans vouloir les toucher.

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