avant l’attente il y avait l’attente
avant qu’on la remarque
elle nous avait remarqués
avant qu’on la ressente
elle est déjà là
dans le corps
dans la bouche
entre les dents
sur le bout de la langue
au creux de la poitrine
dans la manière de respirer
attendre n’est pas rien-faire
attendre c’est
tenir sans savoir-quoi
marcher sur-place
dans un temps qui n-avance-pas
barthes disait : l’attente est un délire je suis fou de celui qui ne vient pas
oui c’est ça l’attente
la folie tranquille
celle qui remplit les minutes de
scénarios invisibles
on imagine des retours des phrases des gestes des signes… on imagine
on s’invente des réponses des questions des… on s’invente
parfois même on n’attend personne
on attend que ça cesse
on attend que le jour change un peu
qu’il y ait un signe
un minuscule quelque chose
dans le rien d’une attente
bruyante de silence
alors on attend la nuit car elle
elle n’exige rien
elle laisse faire
elle éteint les silences en les offrant
quelqu’un un jour a dit : ce que nous attendons révèle ce que nous croyons mériter
je ne crois pas au mérite
mais je regarde mes attentes
les formes qu’elle prend
sur mon corps
dans mon corps
entre mon corps & le corps des autres
je regarde la taille des mots que je ne sais pas
prononcer ni écrire ni penser ni même rêver
glück a écrit : toute sa vie on attend le temps propice
puis le temps propice s’avère être l’action accomplie
et quand j’y pense je glisse
dans cette attente
j’apprends à voir autrement
à voir une lumière lente
qui s’installe dans l’entre
son goût son odeur sa texture
sa respiration par à-coups
ses heures calmes
ses secousses
cette partie vive du
vivant colorimétrique