Souvent j’ai voulu t’interroger. Te demander l’exil. Étranger, est-ce ainsi que tu as traversé ?

Souvent je me suis demandée, je n’ai jamais été sûre, si cela te causait de la peine. D’être hors de.

Je me disais ça dépend de ses ciels, de ses heures, celles que tu passais au piano étaient pleines, ça je le sais, car là était ton monde, tu m’en as raconté certaines choses.

Ton fleuve aussi tu me l’as dit, je suis allée le voir après ta mort, l’immense, le café au lait, tu l’as quitté sans peine je crois, tu avais quoi alors, vingt ans ?

En Europe, m’as-tu dit, tu as travaillé pour trois générations, et cela m’a fait de la peine, je m’accrochais à tes mains qui te faisaient parcourir le monde.

Puis, après le monde, il y a eu ta fin.

Tu étais dans ta chambre, tu ne mangeais plus depuis quelques jours, tu buvais tes dernières gouttes, mais lorsque leurs notes ont résonné, Beethoven, Liszt, tu t’es redressé. Pourtant sans forces, tu t’es assis, tes jambes ont touché le sol une dernière fois avant que tu ne flottes, on me l’a raconté, et encore aujourd’hui je m’interroge, ce geste, ce mouvement, était-ce pour un dernier hommage ou pour plus vite les rejoindre ?

Aujourd’hui, quand je lève la tête, le bleu du ciel me ramène à ton Argentine. Je n’entends rien. Ni ta voix. Pas de notes. Mais nous avons eu nos silences, souvent je me le dis, oui, que nous les avons eus, c’est là que nous nous retrouvions, en exil.

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