La blessure

Tu sais que l’entaille se devine
Au diamètre du silence
À l’envergure des mots tus
Et à cette odeur-là
Rentrée en elle-même
Au dedans du dedans
Là où l’œil ne peut voir
Tapis dans tes bois grottes cavernes
Fauve presque
Celle des traquées attaquées battues

Tu sais qu’au dedans du dedans
Au sous-sol de ta peau
En deçà de ta carcasse
Là où tout pourrit
Des vies commencent
Rampantes, grouillantes et dévorantes
Avalant failles, lambeaux et plaies
Et pondent
Dans ta propre chair
Dans ta propre terre
Une cité à venir

Tu sais qu’il te faudra attendre
Des nuits entières
À ne pas gratter ne pas creuser
À coincer tes poings mordre ta langue
T’armer de patience
La porter en armure presque
Et écouter
Au rythme des saisons
Le grouillement vacarme d’ici-bas
Ce qui finit ce qui commence
Et supporter l’odeur cadavre
Avant la clôture la repousse la floraison

Tu sais que tu tiendras debout
Malgré les cassures la poussière et les ruines
Et que tu marcheras encore
Malgré les rochers les pierres les cailloux
Et que tu avanceras toujours
Malgré le poids de ta propre mort

Tu sais que l’ombre qui te suivra
Ne sera plus tout à fait toi-même
Et que tu devras lui tendre la main
Et ne plus l’écraser la piétiner
La laisser être telle qu’elle est

Tu sais qu’à la grande saison
Tu sortiras de tes plaies
Boîteuse et bancale au monde
Invisible pour celui qui ne sait voir
Ni lire
Ni entendre
L’envergure de tes silences
Le poids de tes mots tus
Au dedans du dedans
Au sous-sol de ta peau

Laisser un commentaire