j’ai appris la nouvelle
je suis sortie de l’hôpital
j’ai regardé les gens qui déambulaient dans la rue comme si de rien n’était
j’ai mis un pied devant l’autre
je suis rentrée à la maison
j’ai téléphoné au chirurgien
j’ai téléphoné à l’oncologue
j’ai noté les rendez-vous
je suis sortie déjeuner au café du coin
j’ai commandé un croque-madame
j’ai fermé les yeux en l’avalant
et j’ai profité du soleil.
Pendant que j’étais auscultée, tâtée, radiographiée, anesthésiée, incisée, recousue, tout ce temps que j’étais perfusée, traitée, déperfusée, analysée, suivie, quand je marchais pour combattre la fatigue par la fatigue, mangeais, dormais, marchais, mangeais, dormais, marchais marchais marchais, et quand j’ai été programmée, endormie, opérée, pansée, quand j’ai cicatrisé, quand j’ai été tatouée, irradiée, brûlée, quand enfin j’ai été libérée, quand j’ai pris des vacances, quand j’ai nagé, quand j’ai lu, quand j’ai cru que j’étais sauvée et que j’ai retravaillé, et puis quand j’ai rechuté, que j’ai dû rappeler les médecins, reprendre rendez-vous pour être examinée, palpée, scannée, anesthésiée, incisée, recousue, ces longs mois au cours desquels j’ai été de nouveau perfusée, médicamentée, déperfusée, surveillée comme de l’huile sur le feu, quand j’ai recommencé à marcher pour combattre la fatigue par la fatigue, quand enfin j’ai été reprogrammée, sédatée, amputée, pansée, pendant tout ce temps, que je guérissais, rechutais et renaissais, pendant que je comptais, neuf cents jours, neuf cents nuits, tu n’as pas lâché ma main.