Se replier

Dans sa tête,
des images, des rires, du mouvement.
Des gens.
Encore !
Encore entendre les voix des autres, 
encore sentir les mains des autres,
les pieds des autres,
encore voir le corps des autres
se replier, se rétrécir,
se rétracter, se courber, en chien de fusil,
se rabattre, se replier en deux, en trois, en quatre, en triangle,
délicatement comme un papier de soie 
précautionneusement comme un papier de riz, 
méthodiquement comme un papier à lettre administratif.
En un geste assuré, volontaire, 
ferme, décidé, 
un choix délibéré.
Choisir un lieu, 
être dans ce lieu
y être seul
ou presque seul
refermer son corps sur lui même
lui dire ne bouge pas.
lui dire reste là
en silence.
dans l’espace personnel
qu’il occupe.

Un corps plissé avec l’âge
le froisser, toujours avec l’âge,
trembler, 
sursauter,
abandonner le terrain,
se cacher.
Devenir invisible
presque disparaître
se faire oublier
être dans l’obscurité 
voir sans être vu.
Demander  à son corps de rapetir.
L’esprit se replie-t-il dès lors que le corps se replie ?
L’esprit infuse,
se recentre,
se concentre,
s’absout des contingences physiques.
Il n’est plus subordonné à son corps
il en oublie le rythme
il se dissocie, 
il a son propre rythme
il est dedans, dessus, tout autour
il agrandit son périmètre
il s’étale
il est partout, vigilant.

Quand vient le moment de réintégrer la carapace
l’état de nature, 
l’état de matière, 
le corps physique, 
C’est pour que s’ébranle la machine de guerre complexe.

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