Si être un enfant c’est tourner sur moi jusqu’à en perdre l’équilibre, rire aux éclats et recommencer, si c’est courir derrière un papillon, demander « dis, on est bientôt arrivé ? » , « on arrive bientôt ? », « quand est-ce qu’on arrive ? », compter les voitures bleues et les blancs moutons, me balancer toujours plus haut, avoir le ciel à porter de langue, goûter la pluie, sauter à pieds joints dans les flaques et t’éclabousser, m’allonger dans l’herbe, observer les nuages, y voir une toupie poursuivie par un requin, te dire qu’on est bien.

Si être un enfant c’est préférer dormir dans tes bras, construire des palais avec trois morceaux de bois, inventer des monstres qui n’effrayent que moi, si c’est ça alors.

Alors, j’ai cinq ans. Eternellement.

Et si ce n’est pas ça, alors ça rime à quoi ? Ça rime à quoi d’avoir cinq ans.

Si être un enfant c’est craindre tes orages, faire le pitre pour te garder hors du crash, si c’est me fondre dans le décor pour ne pas déranger, anticiper les crises, devenir transparent. Si être un enfant c’est courir me cacher quand tu comptes jusqu’à trois, fermer les yeux, joindre les mains et chuchoter des prières pour que tu ne me trouves pas.

Si être un enfant c’est redouter tes silences, appréhender tes cris, trembler la nuit au fond des draps, sursauter dans le bruit de tes pas, dans le son de tes soupirs, à l’idée de tes bras,

Alors à cinq ans je m’ai tué.

Pourtant, j’aurai tant voulu,
Habiter tes sourires,
Te donner la main,
Te rendre fière,

Pourtant, j’aurai tant aimé,
Te regarder,
Que tu me vois,
Te rendre fière,

Pourtant, j’aurai tant souhaité,
T’écouter chanter,
Te sentir vibrer,
Te rendre fière,

Pourtant, j’ai tant espéré,
Rien qu’une fois,
Être aimable,
Et te rendre mère.

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