4:49, Métamorphoses

Je veux craquer toutes mes allumettes du premier coup et je veux arrêter d’avoir peur de me brûler les doigts en craquant une allumette ou de mettre le feu à ma bibliothèque au sopalin à la feuille de brouillon que j’ai laissée là en pensant la reprendre je veux que mes feuilles de brouillon ne soient plus abandonnées et que mes textes se remplissent et que mon intérieur se vide au fur et à mesure que je démêle mes lettres écrire mes lettres sur du papier avoir la patience d’écrire plus lentement que ma pensée je veux penser plus lentement ou écrire plus vite et je veux que l’arbre au-delà de ma fenêtre garde ses feuilles et ses oiseaux je veux garder mes oiseaux et mes feuilles même si j’ai peur de les brûler en craquant une allumette je veux allumer plusieurs minuscules lumières plutôt qu’une seule grande qui éclaire toute ma solitude je veux ma solitude avec quelques zones d’ombres des alcôves de douleurs cachées sur lesquelles diriger la flamme de mon allumette quand je le veux et je veux me brûler un peu le pouce et m’apercevoir que ça n’est pas grave je veux être fière de moi d’avoir survécu à la brûlure et je veux survivre aux choses graves jusqu’à ce qu’elles deviennent des péripéties desquelles je voudrai sourire et je veux sourire des choses graves qui me sont arrivées et qui sont devenues des péripéties je veux écrire ces choses et d’autres choses encore sur des feuilles de brouillon je veux écrire avec un stylo et du papier en pressant mon écriture ou en ralentissant ma pensée et je veux laisser les feuilles sur mon bureau je veux les retrouver la prochaine fois que j’aurai craqué une allumette et que j’aurai peur de les cramer je veux avoir peur pour mes brouillons je veux continuer d’y tenir comme si je tenais à moi-même et je veux tenir à moi-même comme je tiens à mes brouillons je veux que les ratures en moi soient aussi belles que celles du papier je veux avoir peur de me brûler sauf le pouce en craquant une allumette je veux faire la lumière en moi sur toutes les parties je veux éclairer ma solitude de petites bougies et je veux à l’intérieur de moi et partout sur mon corps faire la grande lumière je veux embraser mon esprit pour qu’il continue à penser et qu’il pense qu’il faut écrire ce qu’il pense et qu’il écrive patiemment le temps que ma main rattrape ses idées et je veux que tous mes textes s’écrivent au lieu de mourir à l’intérieur de moi j’ai dans la gorge des cadavres de mots et d’univers tout entiers je veux qu’ils sortent à la lumière de la bougie en brouillons qui ne prendront pas feu parce que je ne craque pas l’allumette du premier coup et j’ai peur de me brûler et je veux avoir peur de me brûler comme ça je pense au pouce, au sopalin, aux brouillons, à l’arbre et aux oiseaux, à la lumière, à la solitude, aux choses graves devenues péripéties, aux ratures, à la course entre la main qui écrit et l’esprit qui dicte, aux mots qui sont morts dans ma gorge, au papier, au stylo

faire des choses que je veux parmi celles que je ne veux plus des incendies énantioses, l’heure est à la métamorphose qui dit 

– Je veux

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