Revue Miroir

Rue Isaïa

La stèle du nourrisson loge sous les assiettes glacées et lorsque j’ouvre le placard, les mensonges, je plonge dans la terre, le trou noir, à travers le parquet, les apparts. Tout en bas jusqu’aux caves. Je recherche des verres sans jouet ou héros mais c’est ta présence, ton fantôme, mon amour, qui se glisse près des étincelles de vaisselle.
Tu pourrais tout casser si tu avais des bras, m’enlacer s’il y avait encore de l’amour. Le bébé ne pleure pas, le bébé est douceur, le monologue de mon ventre vide depuis l’explosion, ma gorge craquelée quand je ferme le placard.
Dans le sous-terrain des immeubles, je creuse avec mes ongles, ils sont liquides, ils sont tordus. Le chat du huitième, celui à tête d’homme, me prête ses griffes, lèche mes chevilles et se marre. Il me traite de folle, me propose du feu, un plan de secours. Je ne fume plus depuis le matin couleur lilas. Les cigales nous attaquent, les mouettes nous hantent, le chat me protège, pourtant il fait jour. Je préfère couvrir les fenêtres et repeindre l’ascenseur, le maudit.
Dans la lumière éteinte, les ventilateurs pleurnichent lamentables, dans la cage d’escalier, la meuf insulte son père, insulte ses morts. Alors je jette le linge par-dessus les nids des guêpes et fais un gros câlin au gros bébé dans la grosse pierre.
Tout est gentil, tout est chaleur, et quand je me tourne sur la gauche, la mer se dilapide en bleu.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Revue Miroir

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture