Beaucoup question de cristal cette semaine. Il fallait que je retrouve.
C’était dans quel Breton déjà ? Je n’aurais pas dit. L’Amour fou. Pourtant
Brassaï dedans, les cubes de sel gemme.

*

Et après rien avoir. Vigny, son diamant pur. Le cristal.

*

Crevée de chaud j’espère que des glaçons me tombent sur le sommet
du crâne quand j’ouvrirai la porte du congélateur. Manger boire un du
sorbet. Je ne sais plus.

*

Apercevoir les titres.
Pourquoi les hommes ne fondent-ils pas pendant les épisodes
de fortes chaleur et leur violence. Pourquoi tout ne s’écoule pas d’eux
Quelle réaction physique chimique ? je ne sais pas, les solidifie
encore plus sans les rendre forts. Sans rien cristalliser.
Et mettre la tête dans le solidaire non.

O.K

ouvrir la bouche sans s’écouter parler, pour une fois
dire ce qu’on a dire, être ce qu’on est
en sachant très bien pourquoi, lui en coller une.
*
ok il n’y avait rien à faire
ok dans cette ville étrangère
ok tu étais solitaire.
*
cette immensité de personnes
où l’amour pulse, sans faiblir
le rythme des mots diffère
des discours harcelants, aplatis.
*
été 2025. stratégies pour se voir
tu le sais, ça tourne à l’amour,
des champs de blé trempés à l’eau, au vent de nos histoires irréelles.
*
au-dessus de la nuit, ma main sur ton muscle
le chemin de ma pensée qui s’agrandit et qui imagine
à ta droite, ta meuf.
*
au matin, me sourire, m’embrasser, préparer le thé
le visage incolore sans aucune attente de retour, je suis très calme
sur les vitres une humidité qui débute, qui s’installe.
*
au-dessus des vies passées, des persistantes insomnies
des sécheresses à venir, des tempêtes communes
là-dessus des montagnes russes, des fins de phrases qui s’échappent
des corps chauds qui grimpent, prient en otages,
ce sont les légers souffles de mer
bourdons, hirondelles, pierres chaudes
et pluies d’automne
ce sont les prières qui parfois reviennent dans nos rêves
et l’espoir, et l’espoir
c’est le corps derrière la vitre qui regarde et qui dit : autrefois avait été mon pays.
*
ok j’avais le cœur à l’envers
ok tout ça n’était qu’un jeu
ok on jouait avec le feu
ok on s’est pris au sérieux (…)

quand elle s’endort Alejandra tombe directement dans un fossé noir lisse noir glisse contre les parois dont la température est parfaite. elle est une pâte de dentifrice dans un tube noir et elle aime ça. elle descend elle se dissout Alejandra en même temps que les médicaments dans l’estomac de Flora se trouve assise en un battement de cils à une table de fête. il fait très jour. sur le plateau recouvert d’une nappe sucré salé du thé du vin du monde et l’on bavarde gaiement. Flora rayonne.
– Excusez-moi, pouvez-vous me passer le sel ? la voix vient de derrière mais lorsqu’elle se retourne, Flora ne voit personne. devant le monde et derrière des tables nues. Au loin une ombre passe. Flora se penche et fronce les sourcils pour y voir plus clair mais c’est toujours la même brume qui entoure la même ombre
qui passe et repasse dans un sens puis dans l’autre. Flora s’en désintéresse. elle se retourne face à la table et le monde a disparu. l’ombre n’est plus qu’une épingle dans son dos. elle avance la main pour prendre le sel malgré tout – pourquoi ? pour qui ? – et s’aperçoit que sa main n’est plus la sienne. elle est trop blanche et les veines sont trop bleu outremer. il faut dire que le soleil tape particulièrement fort sur cette plage et Flora s’évente frénétiquement avec un éventail trouvé dans le sable.
– Vous avez raison. L’eau est trop salée, dit la petite femme potelée aux cheveux courts à ses côtés. quel âge a-t-elle ? elle pourrait avoir tous les âges.
– Voyez-vous, je suis peintre. C’est encore de loin que je préfère la mer. Flora ne répond rien. sa bouche est un gros chou collant duquel sort une crème épaisse inaudible. Flora n’a aucun mot. c’est embêtant, se dit-elle. elle ne voulait pas vraiment répondre à sa voisine mais soudain, ça l’angoisse ne pas pouvoir le faire et une voix dans sa tête, plusieurs, répètent, tu es un gros chou tu es un gros chou.
– Ne parlez pas si fort, s’il vous plaît, vous n’êtes pas seule ici. le dédain de la petite bonne femme est pire que le soleil.
– Allez donc vous baigner : vous êtes en train de fondre ! Flora se lève comme une automate. elle obéit. que faire d’autre ? je suis un gros chou en boucle dans sa tête et les membres collants sur le sable, tout se mélange l’eau le sel la pâte la peau l’eau est fraîche après tant d’heures sous un soleil de mort. il semble à Flora que la journée fut bonne et douce malgré tout. elle est une bonne pâte sucrée au fond. elle a une bonne consistance liquide. elle dérive à présent, Flora, au large elle est seule et ce n’est pas si mal après tous ces bavardages, après toute cette chaleur. la peintre était drôle. elle ressemblait à un jouet pour enfant. elle ressemblait à un petit garçon sadique. elle laisse l’épingle diffuser son arôme comme un sachet de thé dans l’eau, Flora, tandis qu’elle ferme les yeux. Alejandra les rouvre. il fait encore noir elle n’a dormi que trois heures. elle allume une cigarette.

Je ressasse la douleur de ma lymphe 
emprisonnée dans l’épaisseur de mon bas-ventre
juste à droite

Elle a déjà traversé la moitié de mon corps haut 
par instants elle erre
s’attarde sur le vide
tente de remplir un flacon en se vidant

Je repense à la distraction de la douleur
ces jours d’avril où l’on a rien à raconter 
où l’on force le muscle de la parole
et que l’on se soumet au langage
déchiré

Penser aux muscles à la chair à la douleur 
pour ne pas dire l’insoutenable
la bouillie insipide du quotidien 
surmastiquée 
au moins on avale

Ne pas dire l’ambiant le plein l’épluchage du bruit
ne pas dire

Cesser de rire pour rire plus fort 

Se couper les doigts 
s’empêcher de compter les déceptions 
saigner sur les paliers 
saigner sur les cartons 
saigner sur les amis 
saigner sur les couteaux 
maintenant je compte mes déceptions sur mes couteaux 
sur les lames de mes couteaux 
responsables de ce qu’elles tranchent
des plaies superposées 

Difficulté à rencontrer des corps intactes 
non imprégnés de secrets très rouges 
qui une fois confiés déteignent sur les poèmes 
figés dans les croûtes

Je me suis égarée dans la douleur 
je n’avais pourtant rien à prouver 
rien à éprouver 

Je vieillis et je sombre 
je revis les contractions de ma mère lorsque je naissais 
cinq heures de contractions 
cinq heure et la douleur 
Je n’avais pas de doute 
pas de honte
pas d’insomnie 
Juste cette sensation affreuse d’être forcée hors du monde 

où est-ce que je me tenais avant d’entrer dans celui-ci 

Juste la sensation que quelqu’un s’est énervé 
que quelqu’un m’a rejetée 
j’étais grise 

Je voulais vieillir plus vite 
je veux dire 
je voulais grandir plus vite 
prouver plus vite 
et m’excuser

Je replie mes doigts en outre j’étreins sa gorge sans pour autant négliger son regard qui est comme une pensée encourageante comme un vecteur transportant les points lumineux qui valent d’être examinés n’importe lequel devient un petit endroit naturel et populaire élevé pour une faveur adéquate au plaisir j’avance vers les endroits les plus attirants les doigts parfaitement écartés je veux m’y attacher de toutes mes forces et pour un temps court y créer un spectacle détaché de l’ensemble sans en avoir l’air saisir absolument les moindres aléas du corps désirant sa qualité de réfraction l’allongement tendu de sa gestuelle ne rien désigner en paroles inventorier les petits tourbillons du contact ne pas leur faire obstacle en être emplie bien entendu.

Cette obscurité là qui arrive bon c’est la nuit je suis abattue par tes yeux qui ne quittent rien rapidement un art vraiment le bleu maintenu puis exclu au fond de la paupière me rafraîchit immédiatement ton esprit gravit tu es une créature imaginaire à la transpiration franche tu es une créature allongée sur tes propres vêtements tu promènes ton regard te redressant sans cesse tu es une créature imaginaire ton visage luit je chantonne et je te couvre fondant et étendant ta singularité maintenant écoute moi parfaitement c’est intime et patient de conduire.

Le mouvement est flagrant le mouvement dansé est à l’œuvre dans nos corps et quel que soit le degré affecté ils se meuvent ensemble cette possibilité se veut développée dans l’ensemble de la maison occupée Ravel au fait sonate stable on se croise on s’entrecroise on roule un peu au sol le moindre appui ne nuit pas préserve l’éclat dehors et dedans présents conjointement on prône la réunion de ce qui peut être touché unis établis dans cette situation nous jouons à nous porter il faut imaginer pas d’isolement on investit simultanément le précipice et l’adhérence nos histoires petites parfois ravissantes suffocantes tremblantes parfois des raies de lumière précieuses ciselées butées nous nous déplaçons avec nos discernements les pupilles très près dont les cristallins participent jusqu’à la prise des corps au sol cousus.

Floue de pensées


Il susurre à mon oreille, « es-tu sûre ? ».
Entre chaque pas qui choisit l’habit d’une décision, il susurre, sûr qu’il m’aura à l’usure.
Lorsqu’il flaire l’audace, il envahit ma tête
Lorsqu’il flaire le caprice, le délice d’un choix, il colonise ma tête
Il condense mon esprit, comme le fumoir de vieilles soirées
Et paralyse un corps qui voudrait danser
Quant au doute, il valse dans mon encéphale
Il dégage la piste par des courbettes d’ions négatifs,
Le doute déboule l’indécision, cabriole l’hésitation, bourre l’indétermination, l’imprécision, alors l’odeur de l’audace se dissipe déjà.
Le doute trace sa route et laisse sur le bas-côté des onces d’idées
Le doute souffle sur l’éventail de mes pensées
Il susurre « es-tu sûre ? »,
Et m’aura à l’usure.

Tu sors du brouillard
Et ne bouge pas

Tes yeux s’ouvrent
Et ne voient pas

Ta bouche bouge
Et ne parle pas

Demande à ton corps de se redresser
Demande à tes yeux de me regarder
Demande à ta bouche de me saluer

Dis-moi que tu me reconnais
Dis-moi que tout va bien
Dis-moi que tu as faim

Les vapes
te rattrapent

Une maigreur maladive
Une lueur s’éteint sur ton visage rachitique

Dis-moi que la vie est belle
Dis-moi que tu ne souffres pas
Dis-moi que ce n’est pas la fin

Tu murmures
“quelle drôle de vie”

Tu murmures
“chacun son tour”

Je suis apparue comme un oubli. J’ai rampé, marché, couru. J’ai attaché mes yeux aux derniers étages des immeubles. J’ai écrit partout, sur les murs, sur vos mains, sous les tables, dans ma tête. J’ai sauté du haut d’un précipice glacé, sans espoir de retour. J’ai attrapé les cordes tendues, les rideaux et leurs reflets. J’ai étanché ma fureur à la fontaine moussue, entre les ronces et les tonneaux en plastique. J’ai compté jusqu’à dix et au pied du poteau téléphonique, j’ai creusé un trou pour cacher le sang. J’ai entendu le cri d’une bête blessée dans les échos de l’orage, j’ai absorbé les déchirures de l’air. J’ai voulu une peau hâlée, des mains graciles, des chevilles fines, une poitrine plate, j’ai voulu des dents moins écartées, des ongles moins courts, des fesses moins rebondies, j’ai voulu un regard clair et sûr. J’ai fouillé les buissons jusqu’à en extraire le bleu. J’ai suivi de mes doigts le ruissellement jusqu’au bout du sentier, quand nos corps ne sont plus que des rêves.

là où dorment les mots

dans l’ombre de leurs peaux
se pose leur laiteuse légèreté
rendront-ils son sourire
au rouge de sa bouche
l’espoir à ses paupières en berne
la paix aux visages en bataille
ils parlent une langue inconnue
pourtant parmi les cygnes
la gravité

là où dorment les mots le lit sec d’un fleuve
là où ils jaillissent j’aime à me réveiller

dans le silence parfois
les mots croisés avec les yeux
me donnent des coups à l’âme
des bleus à mon cœur tuméfié

dans le silence encore
les mots rencontrés par les lèvres mutiques
sont comme de longs baisers
qui m’irriguent jusqu’au moindre viscère

dans le silence enfin
là où se conjuguent tous les mots
l’horizon des oiseaux est tout proche,
leur chant m’entraîne où un lac fait signe

tu repars aujourd’hui 
je te tiens encore un peu 
mes canines dans ton plexus
je dévore tes yeux ta colère 
tu te concentres sur tes tartines tes œufs 
je suis étriquée dans ton corps qui s’éloigne
étriquée de la gorge à l’estomac 
dans tes jambes qui repartent pliées dans le bus et 
tu t’en vas 
c’est moi qui marche sans me retourner car 
partir c’est plus facile que de rester 
pas vrai ?
bien que je reste à habiter dans ton corps et surtout 
je te sens tracer des sillons sous ma chair
ils vont profond ils creusent 
ils tanguent donnent la nausée 
parcourent le système nerveux 
appartiennent à un corps qui n’appartient à personne 
ils vivent après ceux qui n’ont pas la force d’abandonner 
Ils s’engouffrent dans les millions de minuscules trous 
qui existaient déjà 
transpercés activement
ils poinçonnent le corps comme preuve d’un passage vrai 
reniflent les trous les issues 
conservent l’odeur intacte de la matière disparue 
ils plaignent ils passent ils traversent
normalement 
ils remplacent les textes gravés sous la peau 
dans la doublure du visage des membres du tronc 
ils répètent
ils déchirent
on ne sait pas comment on se déchire 
on n’a aucune idée des sillons