Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Audrey Feuillet

  • une marque :

    Cette après-midi j’avais juste envie d’écrire. Puis parler du look. Parce que j’en ai pas. Parler de
    l’allure, de ce que l’on pourrait s’imaginer voir de nous. Bien que je ne suis plus la même et que cet
    âge là. J’ai voulu le contraindre, j’ai voulu performer le genre, c’est évident. Comment faire autre.
    J’ai voulu le perdre mais le revoilà. C’est coûteux et ça ne m’a pas manqué. Le revoilà
                                                                                                                et j’aimerai tant avoir la flemme.

    Du coup je me questionne  : 

    peut-on garder ses poils au menton
    peut-on encore se rougir les lèvres quand on a du poil au menton
    peut-on faire semblant de ne pas voir que l’on est boudiné H24
    peut-on se foutre de son image
    et s’aimer
    peut-on se fondre dans le temps
    peut-on fêter le retour des nuages dans sa vie
    en faire une conversation
    peut-on ne faire que lire et que boire des cafés
    peut-on ne jamais refermer les livres
    peut-on continuer à écrire alors qu’il est bien tard
    peut-on aimer les filles et les garçons aussi
    peut-on chérir ces retrouvailles
    puis-je encore t’aimer dans tout ça

    J’ai compris que seule et parmi vous toutEs, ma pensée s’augmentait, allant jusqu’au climaX parfois, 
    vous retrouver.
    J’ai compris que mon corps était votre corps, d’avant, car vos jambes n’ont cessé de porter nos
    jeunesses.
    J’ai réalisé que je pouvais écrire ce message : je vieillis. 
    J’ai compris que je pouvais écrire tout court.
    Mes bras vieilliront comme vos bras et ma jeunesse demeurera dans nos archives.
    Je ne suis plus la même.

                                           Autant se manger un petit bout de gâteau.


    Cette après-midi, j’avais juste envie de lire. J’ai trouvé sarah kane. Ado je lisais sarah kane.
    Ça me donnait envie de m’ouvrir les veines. Ça aurait pu me donner un genre. J’ai lu. J’ai lu la stratégie.
    libre de mémoire.

  • ouvrir la bouche sans s’écouter parler, pour une fois
    dire ce qu’on a dire, être ce qu’on est
    en sachant très bien pourquoi, lui en coller une.
    *
    ok il n’y avait rien à faire
    ok dans cette ville étrangère
    ok tu étais solitaire.
    *
    cette immensité de personnes
    où l’amour pulse, sans faiblir
    le rythme des mots diffère
    des discours harcelants, aplatis.
    *
    été 2025. stratégies pour se voir
    tu le sais, ça tourne à l’amour,
    des champs de blé trempés à l’eau, au vent de nos histoires irréelles.
    *
    au-dessus de la nuit, ma main sur ton muscle
    le chemin de ma pensée qui s’agrandit et qui imagine
    à ta droite, ta meuf.
    *
    au matin, me sourire, m’embrasser, préparer le thé
    le visage incolore sans aucune attente de retour, je suis très calme
    sur les vitres une humidité qui débute, qui s’installe.
    *
    au-dessus des vies passées, des persistantes insomnies
    des sécheresses à venir, des tempêtes communes
    là-dessus des montagnes russes, des fins de phrases qui s’échappent
    des corps chauds qui grimpent, prient en otages,
    ce sont les légers souffles de mer
    bourdons, hirondelles, pierres chaudes
    et pluies d’automne
    ce sont les prières qui parfois reviennent dans nos rêves
    et l’espoir, et l’espoir
    c’est le corps derrière la vitre qui regarde et qui dit : autrefois avait été mon pays.
    *
    ok j’avais le cœur à l’envers
    ok tout ça n’était qu’un jeu
    ok on jouait avec le feu
    ok on s’est pris au sérieux (…)

  • je t’ai peu regardé dernièrement, tu n’es plus dans mon champ de vision. où est mon amour pour toi. écoutes-moi encore un chouïa si ça te dit. parce que tu sais je suis en train de partir un peu. ça semble inaudible. c’est très petit. et tu fais comme si tu ne voyais rien. où est ton amour pour moi. te souviens-tu du goût de ma bouche. du pli de mon ventre. de la douceur de mes yeux sur l’ensemble de ton corps. voudrais-tu me dire que tu y es encore pour quelque chose. que ta nuit bascule. que ton cœur intranquille va rencontrer mon cœur d’attaque. C’est mince toi et moi encore toi et moi.

    nous sommes sociologues, philosophes, politologues, archivistes, écoutantes, rapporteuses et poètes, nous sommes la joie. rien à justifier. nous sommes l’ensemble de vos contrariétés. le bordel dans vos vies. les trous qui se remplissent. le tout qui n’existe pas. les filles qui dorment en cours. qui traduisent dans les garages. qui dansent en salle de bain. qui sortent des shows télé. les meufs des trottoirs. qui enfilent leurs rollers. qui collent la nuit. le jour. sur ta maison. sur ta gueule. nous sommes celles qui vous voient. celles qui avancent. coupe, coupe. vas-y coupe. ça leur manquera pas, pardi.

  • naître en 79 marcher en 81
    regarder la télé en 89 redoubler
    en 92 coucher en 95 arrêter le
    gymnase club en 99 s’embrasser
    en 2000 accoucher en 2004
    reprendre le rythme en 2023 se
    faire enlever la vésicule en 2024
    vieillir en 2025 écrire aujourd’hui

    je ne suis rien qu’un petit
    fragment de joie sur une piste de
    danse
    __________ une danse de chambre
    une danse de salle de bain
    même capable de danser
    __________ __________ sur du guetta

    comment TU KIFFES TON
    CORPS sur du bryan ferry
    _____ mais tu y penses, c’était bien
    __________ __________ ________à deux

    cher sexe je trouve que tu te
    décolores
    tu as été en attente sur un terrain
    vague depuis ce temps je te
    regarde en face définitivement
    hé sexe j’ai besoin de toi comme
    un bon morceau de musique
    comme une baignade en eau
    froide comme une mousse au
    chocolat comme une bande de
    fille, plus qu’un autre sexe