C’est une toute petite beauté qui monte qui monte

C’est une toute petite beauté qui monte qui monte 

Par les mains

Par les oreilles

Par la bouche

Par les yeux

Par les pieds

C’est une voix qui s’élève dans ce premier temps où le son est encore entre deux rives
En mouvement interne de haut en bas, une traversée des cordes vocales 
Ça fait comme quand la mer monte
Quand la vague se dépose  
Ça fait monter la température du corps 
À l’intérieur ça circule librement, un mouvement par seconde
C’est une toute petite beauté qui monte qui monte 
Elle se loge dans le ventre 
Elle installe un paysage 
Une respiration 
C’est un corps habité par une toute petite beauté qui monte qui monte
Il passera l’hiver et toutes les saisons 
Un corps où la vie va et devient 

Par les pieds solides
Dont les avancées glissent parfois dans des palmes  

Par les mains légères

Par les yeux profonds

Par la bouche ouverte 

Par les oreilles au vent

C’est un port de tête renversant comme d’être en haut d’une falaise 
Des phalanges qui s’accordent à la roche
Pendant que plus bas se font et se défont les ombres passantes
Des longues chevelures 
Des plantes qui dévalent
Et de celles qui grimpent
Des passiflores 
Qui font pencher la nuque
C’est une toute petite beauté qui monte qui monte
Comme d’être sur les hauteurs des feux de Yanartaş 
Dans tous les creux d’une peau où demeurent les foyers
Et quand s’éteignent les flammes 
Les cris du coeur entendus depuis l’intérieur 
Dans ce fleuve de méridiens 
Un corps mouvant
Dans une toute petite beauté qui monte qui monte

Par les sols vibrants

Par la sphère céleste

Par les yeux de l’autre
Qui immergent la chair 

Par les cimes hésitantes

Par la canopée projetée

C’est un geste précis qui chemine sous la lumière
Dix doigts qui se mesurent aux lendemains changeants
Une vision qui s’entend dans tous les bruits égarés
Comme les bruits répétés, infiltrés, avalés
De ceux qui deviennent des images forteresses
Des fluides persistants qui enveloppent la peau 
C’est une toute petite beauté qui monte qui monte
Qui tapisse tout 
Comme d’être allongé sous un arbre durant chaque saison
En jachère
Les yeux ouverts
Qui voient tomber le temps qui passe
Les yeux fermés
Qui sentent le temps qui se transforme
Et tout son petit monde
Éprouver chaque mouvement, chaque son, chaque déplacement
Ceux des mille-pattes
Ceux des mille membres 
Sur une toute petite beauté qui monte qui monte

Par les eaux souterraines

Par les cavités rocheuses

Par les tissus de la peau 

Par les plaines vallonnées

Par les extrémités des plumes 
Des retombées lentes de l’usage de la vitesse 

C’est un corps d’ocre sur les bords de l’infini
Qui donne des frappes dans le vide
Qui déplace les vents et les balbutiements
Comme une rythmique au ralenti 
Dans des souffles profonds
Parmi tous les volatiles et les lueurs des globes oculaires
C’est une toute petite beauté qui monte qui monte
Comme une éclosion feutrée
Dans des courbes qui serpentent
Qui se déroulent

Dans une danse organique
Au-delà du jour
Qui cisaille la nuit
Jusqu’aux origines de ses cellules

La joie a applaudi avec les dents
Je lui ai dit que ce n’était pas l’heure
Mon lit a monté les charges
Il est susceptible en ce moment
J’ai lavé les vitres à la hâte et à la vodka
Je n’ai pas fini ma thèse sur la cafetière
Et le soleil a encore ses règles
Mon voisin de palier refuse que les marches augmentent
Tic tac tic tac mon réveil va bientôt exploser
J’ai toujours rêvé d’être un palmier
Les déclarations d’impôt se font à la flûte stricto sensu
L’amour a mal aux pieds
Me recoucher est au-dessus de mes forces
J’aime ce que tu aimes parce que je t’aime.

Je range
Personne ne le voit
Je range
Ce désordre là
Ce n’est pas le mien
J’ai décidé de tirer au sort les jours de la semaine
Marre des impositions directes
Au réveil
Je pioche
Voilà on est mercredi
Dans le métro
Les gens s’écartent
Surtout ceux des lundis
Le mercredi je ne suis pas malade
Le mercredi je fais des choses qu’on ne peut pas mesurer
Je le fais exprès
Avant de me coucher
Je fais un vœu pour le lendemain
Dimanche j’aime pas
Y a du monde
Suffit pas de le penser
J’ouvre la fenêtre
Je gueule
On m’a fait des propositions en lettres minuscules
J’ai refusé signé là en bas de la page merci
Extension de décharge
De quoi
De tout
Pour la vie
J’ai coché oui.

tes bras
le sein de ma mère
le sein de toutes les mères
le soleil au zénith et où il voudra
la vodka dans ma gorge
mon sexe autour du tien
mon corps d’après le thermomètre
le café dans le creux de ma main
la tête de mon enfant qui dort
la pierre brûlante de Matera
le frottement des corps des cœurs dans des espaces clos sombres qui n’attendaient que cela
la carte postale d’un ami perdu de vue et du reste
la buée coupable dans la salle de bain dans ta fuego
le degré celsius de nos débats inférieur à celui de nos ébats
toi ici et vous aussi
la nuit
toutes les nuits
de toute la vie
Elle dort
dehors.

Reprendre ici.
Dévisager à la dérobée.
Considérer.
Reprendre. Nuit hurlante. Fermer, la parenthèse.
Dérouter les yeux. Ausculter la main, les deux.
Inexorable, partout. Seulement.
Redresser le regard, engager vite.
Engager sans conséquence. Insister, repousser, reculer. Dépeupler.
Dérisoire.
Être concis, con, si. Assumer, assurer.
Et reprendre.
Aimer vite, bien, proprement.
Aimé proprement.
Hurler, de loin en loin.
Sourire aux portes fermées. Soulever la jupe. Glisser, imposer, retirer, oublier.
Désir. Atavique.
Point. Au bout de la ligne.
Reprendre, inverser, serrer mal, serrer tendrement mais mal.
Secouer, déranger, arranger l’eau. L’eau et la vie.
Secouer l’amant, autrement.
Cracher le rictus, laver, laver, décaper la gorge.
Reprendre ici.
Caresser sans attention, retirer l’intention. Retirer, caresser, mordre le jour et l’amant.
Séparer les yeux et le regard.
Séparer l’amant, reprendre l’amant, glisser l’amant, imposer l’amant.
Électrochoquer.
Aimer.
Reprendre. Ici.

Tu es là
devant moi
dedans ton petit carré blanc
photographique

tu te regardes
dans la glace
dans ta robe blanche
conception immaculée

tu te prends en photo
selfie sepia de toi
tu t’immortalises
je ne vois que toi

et l’appareil photo
serré contre ta poitrine
le sein des seins
où bientôt je nicherai

ton corps blanc
ta taille violoncelle
je voudrais les entourer
de mes bras qui se forment

toucher ton étoffe
fine rugosité
et renifler ta peau
si peu maternelle

je sens ta beauté
elle me transperce
elle m’atteint
je m’y déploie

sous ta robe
j’envahis le terrain
je prends place
je te possède

je nais dans tes yeux
tu me vois dans la glace
tu me repousses
mais tu m’attends

mes cheveux dans ton reflet
mes yeux dans ton regard
mon corps dans le tien
je vais sortir

comme l’oiseau de l’appareil
perce le mensonge
transparent
où j’apparais

je suis à ta place
à présent
confondue
de ta disparition.

À la dérive

“Nos lits sont des continents différents”
Nos oreillers ont des sentiments inconscients
Nos vies sont de continuelles dérives
Nos draps ont l’air de vagues sur la rive

Nos vagues à l’âme sont des voyages
Nos émotions enfin ont pris le large 
Nos rêves sont épris d’aventure
Nos livres ont remplacé la couverture

Nos jambes sont entrelacées
Nos bras ont pourtant enlacés
Nos cœurs, et sont liés, heureux :
Nos amours ont fait ce vœu

Je suis l’orgasme
La vie
La fête en somme
A commencé sans moi
J’essaie de te joindre de te rejoindre
Je n’y arrive pas
Je m’en fous
J’ai le temps moi
Je suis l’orgasme
Si je débarque dans ta vie
Tu peux annuler tes projets
Remercier Éric et les autres
Te combler je sais faire


Je suis là
Ça va froisser
Les draps
La nuit
Tous les draps
Toutes tes nuits
Je suis l’orgasme
Je suis ce que l’on ne prouve pas
Je suis ce que l’on trouve
Ou pas.

Möbius

poème inspiré du spectacle éponyme de la cie XY

Une personne commence par 

respirer

et puis ouvre son menton

pour dire mon cou voit très loin, plus loin que vous.

Une personne s’avance, respire, pense

non, ne pense pas, est

une personne est, qui ne trébuche pas en marchant

et qui va droit où elle devait aller.

Une personne s’approche de la personne au cou qui voit plus loin que vous

de derrière, elle passe sa main

dans le creux entre le bras et le ventre

elle passe simplement sa main sur le ventre.

Une personne tombe et

une, deux et trois personnes

la rattrapent dans sa chute.

Une personne a un chemisier en soie

Une autre personne a un pantalon couleur taupe

Une autre personne encore, une veste de sport avec des bandes sur les épaules

des bandes jaunes.

Une personne plus grande que les autres 

qui sait que l’attention lui est portée

soulève 

une, deux puis trois personnes

et se rend anonyme en retournant à sa course initiale.

Une personne au fond

scrute et sent son cœur se rehausser

dans sa poitrine

en même temps que les personnes une deux et trois quittent et regagnent le sol.

Une personne ouvre son bras du coude aux doigts

en deux temps, le premier sec et le second développé

ça fait comme une éclosion,

elle pense à cette image quand elle fait le geste.

Une personne sent de petits mouvements

une légère oscillation

la parcourir,

remue un peu sur elle-même.

Alors une personne qui respire fort,

la gorge sèche,

perce de ses yeux le noir qui lui fait face

et s’adresse son propre regard.

Pour finir, une personne devant jamais

ne voudrait se détacher

de cette foule qui danse.