Tu es un palais de cristal

Tu es un palais de cristal

Qui aveugle cellui qui le regarde

Nous n’étions pas seules, pourtant je sentais que tu ne t’adressais qu’à moi.

Tu es un manteau de neige perdu à l’horizon

Qui endort le corps de cellui qui s’y couche

L’album familial, perdu depuis, sur la table, tu le feuilletais avec une autre de tes filles,

Tu es le blizzard venu des Nords

Qui étouffe les poumons de cellui qui te respire

Lentement, assurément, sur une des photos, ta main droite s’est posée pour cacher la partie basse d’un visage inconnu,

Tu es un pain de glace

Qui brûle la langue qui le lèche

J’aurais aimé que mon souvenir s’arrête là.

Que je confonde à jamais la douceur de cette pièce, moi assise à terre t’admirant sur le divan marocain,

Beauté exotiquement blanche dans ce décor berbère,

Le vert et rouge du tissu, cette petite sœur, à la peau mate, assise à côté de toi qui te faisait mère,

Que tu étais belle, que cela me suffisait que tu le sois avec quelqu’un d’autre,

Tu es un célesta maudit

Qui perce les tympans de cellui qui l’écoute


« Tu vois, en fait tu ne me ressembles pas », en me pointant du doigt. « « Elle » me ressemble, on a les mêmes yeux. »

Était-ce « me » ou « nous » ? Honnêtement, je ne m’en souviens plus trop. Je me souviens juste qu’à ce moment, j’ai compris que je ne quitterais jamais le sol à tes yeux. Je ne serai jamais assise à tes côtés où que ce soit. Je ne serai jamais « ta » fille. Tu ne serais jamais « ma » mère, malgré l’apparente proximité de nos couleurs de peaux. As-tu essayé de me sauver d’une malédiction ? L’effet aura été tout Autre, évidement. Cela n’a fait qu’attiser le besoin de comprendre…et pour cela, j’utilise la même mesure, probablement un héritage du non-dit, une espèce de paradoxe de Zénon inversé, où la distance est multipliée à chaque fois que le centre brûle d’être trouvé. Achille parviendra-t-ille à ne plus courir pour se cacher de la tortue… ?