Si l’enfance c’est se réveiller du coma
et dire
ah j’ai bien dormi

maintenant j’ai les yeux qui piquent
j’ai trop regardé la terre
qui autrefois était encore nue de nos découvertes
avec nos oreilles et nos bouches
nos yeux et nos doigts
maintenant plus bien sûre de ce que voulaient dire les comptines
si c’était des prophéties de vautours
avec nos oreilles et nos bouches
Gloussement pépiement croassement
entêtement

maintenant j’ai les yeux tous noirs
décillés
on se demandait c’est quoi le plus dégueulasse
privés de dessert ou d’amour
c’est quoi le moins collant
qui aime bien châtie dans tous les cas
et quoi qu’on dise
avec les bras les mains les poings
avec les jambes pourquoi pas
Aboiement hennissement ahanement
acharnement

maintenant j’ai les yeux tout secs
comme brûlés par le temps
celui qui tiendrait le plus longtemps en équilibre
était forcément celui qui allait gagner à la vie?
ô ciel de la marelle
pendant que nous on resterait arrimés sur la terre
avec quelques touffes de pelouse et l’espoir chevillé
les derniers ou les premiers
c’lui qui dit qui l’est
Jasement bêlement blatèrement
amèrement

Lumière blanche

c’est toujours très cérémonieux
de soulever un rideau pervenche
laisse entrer mystère laiteux
s’échappe laisse trainée blanche

La matrone installe la lumière – d’abord et avant tout
Celle qui traque, pour qu’on puisse
Combler
Epaissir
Recourber
Affiner
Peindre son propre visage
puis la tiédir un peu quand vient le temps de
s’allonger
déshabiller
manipuler
se mettre à dos

Ensuite on invoque la noirceur
et toute cette mécanique ondulatoire
Qui fait abdiquer, sans
Dessus
Ni dessous
Se pâmer en cadence
Baratiner – épaissir le plaisir
Le blanchâtre des yeux est un peu avide et grumeleux
il convulsionne
Ne pas perdre de vue qu’il faut
Tirer et soutirer
Surtout les pis
Surtout les poches

On ne peut pas imaginer
s’imaginer même
Les matins qui suffoquent
Le lait croupi
La sueur feinte

C’est la lumière de l’aube qui vient endormir
Les corps savants

Pour qu’elle puisse se concentrer sur l’oubli

Et lentement, languissants, rabattus
Le cul
Sa crémière
Attendent
la pauvre retraite