Il faut toujours qu’on nous empêche de rêver, mais moi, j’ai l’habitude de tout imaginer. On nous dit que pour intégrer le monde adulte, il faut être réaliste. Pour s’assurer une sécurité, pour s’assurer une vie toute tracée, pour s’assurer de rester bien intégré. C’est rond et délicat, c’est rond pour ne pas s’attirer trop de tracas, c’est rond, mais ce n’est pas pour moi.
L’enfance paraît donc avoir un autre goût. Non, il ne paraît pas, c’est sûr qu’il en a un plus savoureux, plus joyeux, plus heureux. Mais ce goût est différent, beaucoup plus clément, et la société a décidé que lorsque l’on devient adulte, on ne fait pas dans le même caractère. Plus austère, moins sincère. Sur le moment, on grandit, le temps passe et puis vient cet instant où tout devient las. Alors on cherche inlassablement cette histoire passée dans laquelle pour une fois, on ne s’est pas trop privé ou condamné.

Ses joues amaigries, elle les a écoutés. Elle reste couchée, ils l’ont laissée. A quoi bon vivre lorsqu’elle a été un modèle trop bien élevé, mais que maintenant la vieillesse l’a rattrapée. A quoi bon la regarder ? Mais avez-vous remarqué ses yeux ? Cette lueur qu’elle a perdue… Ils n’ont apparemment rien vu. Alors elle pense qu’elle ne vaut plus rien. Elle repense à son enfance et combien elle y était bien.

Craintifs et peureux on se demande : quand on sera vieux, pourra-t-on survivre à cette contorsion ?

Sur ce lit, tous ces souvenirs se mêlent et s’entremêlent, mais les plus jouissifs et heureux, sont ceux aux caractères d’enfants. Alors on se dit, que pour les revivre, on sera prêt à subir cette fameuse contorsion qui offrira finalement la libération.