Je sais le chagrin d’un enfant
Et pourtant
Et pourtant
je respire les embruns de ses tempêtes de mer agitée
Je tente de stopper l’avalanche au bord du ravin
je compte les pierres lourdes dans son sac à dos
je pleure ses douleurs chargées
dans les veines de chaque aube naissante
je suis impuissante
Je sais le chagrin d’un enfant
Et pourtant
Et pourtant
je vois son regard tourné vers une fenêtre murée
j’entends ses trémolos de sanglots dans la gorge
je lèche ses larmes de sel au bord des cils
elles me cherchent fermée sous mes paupières
il me guette sur le seuil
j’entends ses cris d’abandon et le deuil
je sais le chagrin d’un enfant
il met sa peine dans sa cave
il met sa haine derrière des barbelés
il met sa peur dans ses poches
il met ses pleurs dans le silence
il met des fleurs sur ma tombe
et ça me fait l’effet d’une bombe
Je sais le chagrin d’un enfant
Et pourtant
Et pourtant
je suis partie
oh ! je reste sans mot dire
l’amour peut trahir
je ne suis plus que souvenirs
je sais le chagrin d’un enfant
il me croit toute puissante
je suis impuissante
oh oui ! je sais le chagrin d’un enfant
Catégorie / Béatrice Planchais
Je suis dans un drôle d’état
je pourrais dire épuisée comme la terre privée d’eau
le corps se fissure
la chair écorchée à fleur de peau ne se laisse pas toucher
le feu à surface de nerfs
c’est comme un tremblement de corps
les membres détachés du tronc des racines affrontent le sombre saturé
le dard de l’immense fatigue envoie un poison
capte l’énergie d’un mauvais œil
dans la tête les idées crucifiées lacérées par les éclairs noirs
le corps mou -la tête tellement pleine qu’elle en est vide
une fatigue à se mettre en pénitence
à genoux
à terre
cloitrée
sur les ruines visibles d’une vie en sursis
vient la colère
mâchoire crispée
côtes resserrées sans filet d’air
il y a les mots
il y a le corps
les yeux pleurent les paroles impossibles
la langue déglutit les mots violents sans tendresse
pour que vagues de tempête ne noient pas ce qui est trop sec
le sang bouillonne aussi rouge que le soleil voilé est pâle
les digues craquent
la colère déverse sa crue de mots
gueuler fait du bien
calme les tambours des humeurs
piétine de rage la boue de la sombritude
je chercher une oasis
un retrait du monde
une rencontre avec la fleur de ma solitude
son rose tendre, sa douceur vert amande
sortir mon âme malade de l’ombre
me dorer de soleil
à l’équilibre des jours et des nuits
marcher à l’amble sur des chemins sans cailloux
regarder à voir venir ce que biens-faits
Au poignet je porte des incantations
des tremblements de mirage
la langue des villes de sable
des reflets d’argent en rétroviseur
d’une vision nostalgique
une manchette de poésie portative
en corde d’argent tressée de pâturages fertiles
estampée d’effets protecteurs
ce disque solaire stoppe les hémorragies de mon âme
écarte la foudre
c’est ma seule fortune
une identité en carte bijou au poignet
reçu le jour où je suis devenue femme par le sang qui s’écoule
*
Tout le jour tu me conférences
ta jeunesse fabuleuse en héritage
que je porte dans mes transhumances
comme une amulette
une rose des sables dans mon herbier de turbulences
ta brillance en joie est une porte d’entrée à chaque matin
une lettre aux images de dentelles
je ne sais pourquoi c’est comme un trousseau de clefs
un mode d’emploi de réconciliation
un remède pour que chaque jour dessine
une mise au monde pour chaque demain
tes cliquetis en tribale potion pour les situations d’urgence
dans tes filigranes se tresse ta bénédiction
coule dans mes veines radiales ton énergie métallique
cisèle sur mon corps des souhaits de barakah
N’entre pas dans ces nuages. La bouche s’y virgule. Les corps agrafés. Les murmures s’étouffent. En écho ? entre le vide ?
Le bleu d’acier regarde la boue. Les ombres se noient dans les motifs.
Et les feuillages ?
La lumière s’enroule sur les barbelés. Voyez-vous cette douceur rose ? Une nuit éteinte…
Un coude replié. Un dos courbé. Une figure bleue en rondeurs. Des ongles s’accrochent tout autour d’un buste. Un tissu de laine. Le visage froid. Une figure humaine …est tombée.
Disloquée
(Sous les secousses).
– Le regard à l’envers
– Dans une flaque d’eau
Se réverbèrent des idées… peut- être. Une possible pellicule du ciel – un film ?
(vous n’y êtes pas du tout)
La nuit est salée. Papiers froissés. Identités bafouées. Mégots et vestes piétinés.
Des gisants dans une carapace vareuse. Des chaussures orphelines.
Cela pose question ces mains en relève. Tendues en prières. Le « Je vous salue » d’un jour brûlant. Et les pantins se béquillent en Requiem. Les viscères dans la rage.
Tu veux dire dans l’orage ?
L’arbre est toujours là.
et les oiseaux… ?
Ne pars pas
ne t’envole pas
tes sœurs tombées
ne sont pas encore mortes
pas tout à fait pourrissantes
dans leur manteau d’hiver
pose devant ma fenêtre
unique survivante
tu tiens par un fil de compagnie
tu ne fais pas de bruit
tu me diffuses des images en couleurs
le givre te dessine des contours de rosée glacée
le soleil joue la transparence de ton or
danseuse le vent te souffle son haleine
et puis si
va-t’en !
je sais que tu ne peux résister
aux éléments des frimas
aux appels de celles qui s’enterrent peu à peu
feuilles d’automnes en tapis d’écus d’or
pour donner naissance à de fragiles violettes
devant la fenêtre
ton ombre sur ma page blanche
se balance comme poésie
reflet de ton visage
les prochains abricots d’argent
ne sont pas en sommeil
sous l’écorce craquèlent les soupirs
des bourgeons bilobés tout nus
laisse toi tomber
ne sera pas un manque
dans ma solitude ton absence
me dicte en signes invisibles
pas à pas
une écriture
dans une langue que je ne parle pas encore
alphabet de l’humus
Subversif me dit-il
Je n’aimais pas les lois
Je n’aimais pas les patrons
Les villes cages
Je voulais vivre seul
La montagne
Mener la vie
Accepter la solitude
Liberté garantie
Je n’aimais pas les vestes militaires
Je n’avais pas de famille
Pas de travail fixe
Pas de télévision
Ni voiture
Ni crédit à la banque
Ni internet
Je ne figurais pas dans
Les études de marchés
Les sondages
Je m’étais construit
Dans les marges
Existence subversive
Dans mon époque
On n’écoute pas mes causes
Me regarde de travers
Là-haut
L’espace qu’il me faut
Bloc erratique
Mélèze séculaire
Sous le soleil
Dans le vent
Subversif vraiment ?
Combien chaque absence dessine le vide sans rien en retour
les mots rentrés dans les fantômes des pensées
le non-dit prend ses chemins sinueux
s’en va pour rien
accrocher le cœur en douce
abolir le non-lieu /non-lien des macros blancs
…
le dire rien me salue
dépose un léger d’existence
avance dans les faux semblants s’échappe /touche l’envers du décor
une question se pose : un lieu d’être rien peut être
en embuscade tapi dans l’heure de la nuit
je n’ai pas lieu d’être ?
…
le manque d’un vrai dire et comment je ne deviens rien
j’entre dans le rien dire comme mes pieds nus dans le sable encore froid issu de la nuit
j’entre dans le rien dire – le rien qui dit le manque
dévaste-résiste-s ’emmêle en douce au-delà de l’écho d’exil
…
apprivoiser le rien et
s’ouvre une révolution par l’effraction du vide et
s’entendre soi même dire rien
je m’offre nue à moi-même vide de désespoir
…
immobiles les paupières baissées
perdue dans le placard des absents
tomber dans le silences des cachettes fermées
faire apparaître ces riens qui n’existent pas
un rien vide -rien dire – rien faire
voir moins que rien – rien d’importance – rien vu de tel
quoique ce soit pas du tout sûr – un petit rien du tout – un petit peu comme avant
pas envie – pas grave
déjà le non vu de demain ne vaut rien
ne rien produire- le rien vrai non bâti – faux rien non construit
ne rien fabriquer – œuvre absente
ne rien ajouter
coincer sa bulle de vide – berdeller – glandouiller
explorer le vide à la recherche de non-objet
rien à ajouter – ne rien retirer
rien de connu
rien à voir
le non objet est rêve, temps arrêté parsemé d’intime
nourri de l’indifférence
le blanc des murs reflète silence et vide
et aussi la liberté d’être au monde
les vides ont leur mémoire
le silence prolonge le rien
le vide dit le plein invisible de tous ces riens
La voix se trouble
La voix se trouble
Un temps d’oralité
Le tempo trouble
Car le sombre touche
Le trouble d’une voix
Les photos sont traces de voix
La voix trace le corps
Etendre la voix à des traces du corps
Trace des photos sur le corps
Le corps verbalise les traces
Appelle mes cheveux
Car ils sont ma voix
Sois touchée par mon appel
Sois touchée par mes cheveux
Car toucher existe
Toucher deux territoires du corps
Fait exister l’appel de la voix
Car la voix est territoire
Elle touche les touches d’appels
Et tout le territoire existe
La voix se graine
Les corps sont graines
Car voix et corps s’engrainent
Dans l’intimité du corps
La radio s’écoute
La radio intime l’écoute
Ecouter l’intimité
D’une radio intime
On est dans une écoute écoutée
Les voix ne veulent pas se séparer
Les tympans veulent graver la voix
Graver les disparus
Graver ces êtres dans nos tympans
Graver certaines voix disparues
Jamais séparés
Les fantômes existent
Les fantômes visitent les existences
Car les fantômes sont existence
L’existence se visite
L’existence est fantôme