Le visage versatile du père devint dur et froid, sombre comme un nuage en forêt nous jète dans l’obscurité.
Un mécanisme qu’on connaissait trop bien allait s’enclencher.
Dans un temps lent, volontairement étiré, il retirerait ses lunettes, les yeux fixes, perçants, retenant toute la violence qu’il allait bientôt nous balancer.
Il déboutonnerait ses manches, les retrousserait une à une jusqu’aux coudes. Il dégraferait sa montre et la poserait bien à plat sur la table pour ne pas l’abîmer.
D’une voix quasi sifflée, il lâcherait un « viens ici » donnant fin à la scène suspendue.
Nous irons prendre notre raclée comme des chiens. 

bone neuye/eco ti*
les yeux fermés
la vigilance s’apaise 
bone neuye/eco ti 
le frère raconte 
la lumière la Lune 
bone neuye/eco ti
dans l’oreille 
résonne le souhait
bone neuye/eco ti
veille sur la nuit
le jour viendra 
bone neuye/eco ti
toute une lignée 
plus grande plus forte 
bone neuye/eco ti 
rien ne peut s’abattre sur nous
bone neuye/eco ti 
jusqu’à demain 
rien ne protège le jour

* bone neuye/eco ti : bonne nuit/toi aussi, patois vosgien