VIDE
Ce ne serait pas un vide triste, ce serait juste un espace entre nous deux où nos sentiments pourraient faire leur vie sans que nos esprits les accrochent à l’espoir. Ce serait une possibilité permanente, un état dépourvu d’attente, un grand calme pour nos cœurs. Ce ne serait pas un creux ou un manque, ou une absence douloureuse, il n’y aurait pas de douleur. Il n’y aurait pas de température, ni de mouvement de l’air. On pourrait tout y inventer à partir de rien, et ce qu’on en ferait, on n’y serait pas attachés, on arriverait à en aimer, indéfiniment, le va-et-vient.
AVION
Chacun à tour de rôle on monterait dans la carcasse de notre futur, dont les ailes sont bien plus grandes, bien plus fortes que les nôtres, et chacun à tour de rôle on survolerait la moitié du monde pour retrouver la moitié de notre coeur ; car je serais la moitié de ton cœur et tu serais la moitié du mien, on aurait trouvé comment installer des parties de nous dans le cœur de l’autre tout en continuant à être entier.
J’atterrirais sur un sol sucé par les palmiers, toi sur un sol rongé par les saisons, on porterait toujours des bagages nouveaux à ouvrir devant l’autre pour lui montrer des morceaux de vie froissés par la solitude.
MARRE
Avec deux R oui, je ne parle ni des canards des étangs de Ville d’Avray que j’aimerai toujours ni de nature jolie ni de libellule ni même des cygnes du parc d’El Estero qui parfois me manque malgré le bruit des voiture, je ne chante pas mon amour d’enfant pour la nature, non, au contraire, je parle de toi oui, j’en ai marre marre marre de toi oui, je reprend cet air-là ce ton qui me plaît bien même si je ne suis pas sûre qu’il soit bien le mien mais en fait, je m’en fiche, car j’en ai marre oui, marre marre marre de toi, c’est le bon adverbe qui décrit bien ce que j’ai de toi, je n’ai plus peur ni mal ni faim, ça tombe bien, je ne me marre plus non plus, ce n’est plus drôle
et toi, tu te foutrais un peu de ma gueule ?
LAVANDE
Ce serait une douceur comme
Ce serait une douceur comme
Une douceur comme une force oui
Ce serait une douceur comme une force mauve, qui sent les grandes enjambées sur des paysages secs, et les petites chutes pas graves qui marquent un peu l’épiderme mais donnent à la vie ses recoins.
Ce serait une douceur comme le courage d’aplanir les reliefs de mon horizon, pour m’y reposer vraiment de façon confortable.
DEMAIN
Ce serait bien plus qu’aujourd’hui mais ce ne serait pas plus lourd, j’aurais enlevé plein de trucs encombrants, j’aurais effacé tous les clichés de mon écriture, j’aurais purifié mes vieilles pensées pour ne plus les confondre avec des sentiments, j’aurais trouvé une voie de poèmes pour y construire une route sur laquelle cheminer pour de bon, j’y aurais déposé de jolis pavés pas lourds et pas trop lisses pour ne pas glisser, j’y aurai construit des aires de repos sans culpabilité.
MENUISIER
C’est ce que je ferais en aménageant le petit refuge de terre crue au fond de mon cœur de monde, il y aurait des étagères irrégulières où se disposeraient parfaitement les restes variés de mes jours et les morceaux de celles que j’ai été, et tous les livres refermés mille fois, et des milliers de fleurs séchées auxquelles mes larmes redonneraient leurs couleurs, parfois..
Il y aurait une table immense jamais vide, toujours un peu encombrée de choses que personne ne comprendrait, des œuvres en devenir et des pots de trucs pour nourrir mon corps et mes pensées.
Il y aurait des boîtes sculptées dans des branches tombées d’arbres adorés, où je cacherais des rituels, un pour chaque poème, ça ferait beaucoup mais il n’y aurait personne pour se plaindre de mon bordel.