Il fait nuit, tu n’as pas allumé la lumière. Il te manque, tu ne veux pas voir qu’il est absent.
Tu avances dans le couloir, à tâtons. Mur de droite sous la main droite comme une immense rampe plate que tu suis. Une palissade. Ta maison s’est muée en un labyrinthe. Tu cherches la faille, la sortie.
Là, tout à coup, sous ta main la trace d’une boursouflure, une cloque traversée d’une ligne accidentée. Tes doigts la détourent, s’interrogent, il n’y a rien de tel sur ton mur. L’angoisse. La mer qui monte dans ton gosier.
À cet instant, tu sais combien tu es fragile, vulnérable… seule. Tu as peur parce que tu es seule. Tu as peur parce que si le mur ouvre la bouche – c’est bien la bouche du mur cette boursouflure, cette plaie que tu sens s’animer sous tes doigts – si le mur ouvre la bouche, personne ne sera là pour le voir t’engloutir.
Tu fais le vide dans ta tête, tu dois te ressaisir. Tu inspires. Tu souffles. Tu inspires. Tu souffles. Tu dois te trouver à trois mètres de la porte de la salle de bain. Tu seras à la salle de bains dans trois mètres à peine. Tu pousseras la porte et là, par la fenêtre, la lune t’aidera à y voir plus clair. Tu ouvriras le robinet, te mouilleras le visage pour camoufler tes larmes… voilà, dans trois mètres à peine, ça ira.