Au bout du jour – demain

Au bout du jour demain
sans vraiment se taire
sans vraiment se dire
sans savoir
à la lumière du jour
du silence froissé
dans l’éclat du rien
embrouillage de soi
je chercherais
à chorégraphier
ton silence
ton instant à venir
ou le mien
espace du côté
intervalle possible

Au bout du jour demain
je penserais
encore
à cette
tentation
voix multiple
tentation du texte
qui ne dit rien
improbabilité du son
rythmé de l’inachevable
désir
sans jamais
s’approcher
viens
on prendra le temps

Au bout du jour, demain,
dans l’insolence du fragmenté
jusqu’à son surgissement
achromate

j’essayerai de julien Gracqué
en bobinant du Creusot
en rugissant du Pirotte
L’exil qui boite
j’impulserai ce que j’ai
à écrire
à aimer
à oublier
profonde simplicité
alléger nos vies
comme vous
ou un peu moins

D’un côté, moi-même,
Rien que moi
Les ombres en reliefs
De l’enfance
Insulaire.
De l’autre,
La vie,
Rien que la vie
Donné à elle-même,
Dans sa réalité
Fragmentée
Et cabossée
En monoton.

Qui nous a donc retournés de la sorte, pour que quoique nous fassions,
tous nos gestes ne soient plus que séparations…

Rainer Maria Rilke

Je ne pourrais, jamais,
De mon enfance,
Concilier le son
Et les couleurs
Je ne pourrais, jamais
Imprégner du fin fond du ciel,
Dans cette immensité, innommable,
De cet existant
Sans cesse renouvelé depuis,
Chorégraphier les absences,
Les silences,
Matérialiser la beauté
(Re)fermer les gouffres d’inquiétudes
Entendre les étoiles
De mes nuits noires.
Ni guide du passé
Ni annales
De ces reliefs
Je ne pourrais, jamais
Consteller
Les ensorcelantes, surgissantes.
Déplacer
L’absence du monde
Théâtre du vide.

Désormais,
À la vie elle-même,
Je ne serai plus
Qu’émotion,
Saut lyrique,
Je volerai
Sans attaches,
Désormais
D’improvisations
Le néant,
Loin des fissures,
Dans l’écriture
Dans la grâce insolite
Dans ce silence présence-audible
Dans ce son
Continu
Libéré
Désormais
De ces accords retrouvés
Je ferai naître
Le non-être,
Je ferai naître
Le rivage
Du ciel,
Je remonterai
Les fleuves,
Et, dans les clairières
Intimes.
Et quelques plis.
Je serai vent.

Arriva une fin de journée d’école,
Et le lendemain,
Le premier jour des vacances.
Les anges n’étaient pas présents
De ce côté du jour,
D’ailleurs non plus de l’autre côté de la rue.
Tu étais Goldorak, et moi Spirou
Tu ne dessinais comme personne
Le prince Actarus,
Ce jour-là, des ombres
Se rassemblèrent,
Étrangement dans la cour d’hier,
Étrangement sans lumière,
Ta perruque
A été couché par le vent
Par le vent de mes mains
Je sais bien,
Ce n’était pas exprès,
Mais ce jour-là,
La lumière avait décidé
D’attendre dehors,
De l’autre côté
Avec la bêtise
Existante.

J’ai ri,
En cette fin d’après-midi
De cette perruque
À terre.
Ce jour m’a assez appris,
Je crois,
Je vais vers la nuit.

Le monde
Me ramena à l’existence
Lorsqu’en passant
Devant le cimetière,
L’éternité comme évidence
Tes parents,
Aucun miracle.

Je compris,
Ce jour-là
Que toutes les prières
Ne pourraient
Calmer, le noir,
Le noir de mon geste
De la non-douceur des feuilles
Tombées,
Non accueillantes pour l’éternité.

J’ai épluché des rayons de soleil,
Sans aucune lumière,
Sans aucune musique,
Plus de mélodies,
J’ai rêvé ; sans aucune étoile
Alors, regarder la blessure,
Et affronter l’entaille
De cette journée de retour de vacances
Nous avions 8, peut-être 9 ans
Nous étions en CE2,
Les anges, dans l’urgence
De ce côté du jour,
En apesanteur
Tentent de réconcilier
Actarus ne retrouvera plus
Sa planète
Et Spirou
Orphelin
Loin du bonheur et de l’amitié
Perdu,
Aux bords de l’infini,

Le bonheur est toujours un travail en cours

Début du jour,
Sons pensés
Siffloteurs
Rien,
État de mon âme
D’une journée
De chants de l’aube
Acharnés
Entre hier
Mal accordés
Moments de demain
Résonnant
Les silences déplacés
Outre tons
Bleu du ciel
Je murmure
Je poétise,
Je sons,
J’art,
Je rêve,
Je larmes,
Je joie
Je désert
Je compose
Je recompose
Je décompose
J’étonne
J’étrange,
Je mouvement
Je style,
Je miroir
Je solitaire,
Je radical
Je dissone
Je déphase
Je sature
Je silence
Je mille-feuille
Je mille peuples
Je mille échos
Je jeu
Je scène
J’exil
Je haute Couture
Je nuage
Je pourchasse
Je sonore
Je gamme
Je brève
Je cache-nez
Je infinie,
Je source
J’improbable
Je rêve
De sons vers l’intemporel
Vers le bleu du ciel
Vers les sous-entendus
Qui refleurissent
Je poétise
Je jase


« Ne pas mourir au moins avant d’avoir allumé pour jamais un brasier de mots tellement clair et brûlant qu’il semble les choses mêmes ».
Alain Borne

Que voient les nuages
Lorsqu’ils rêvent éveillés
En Blue Monk ?