Grandes eaux

Cette journée ne tourne qu’autour d’un seul axe
délavé, à force d’être reporté.
Il faut que je me lave, voilà le détail de ma journée.

Je préfère laisser ma tristesse
sur son sol, lui aussi à quoi bon le nettoyer
il ne me sert qu’à emprunter le chemin du canapé au frigo, du canapé au lit.
Des allers-retours sans conséquence ni substance,
peu de risque qu’il soit salit,
à part peut-être par une traînée de plis
repliés sur eux mêmes.

Il faudrait labourer sur mon passage,
déplier les maux et les exposer
à la lueur de mes volets fermés.

Il faudrait retourner le sol pour l’aérer
que quelque chose puisse y pousser,
des mots peut-être 
ou des fleurs fanées.

Strier sa surface pourrait être une idée,
créer de la matière,
donner de la consistance à mes pas.

Et pourquoi pas extraire les cailloux qui plombent
mon moral, les ramasser et les disperser
derrière moi pour que je trouve un autre chemin,
une autre journée lavée d’aujourd’hui
prête à être suspendue à son fil
et séchée à la lumière de
demain.

Je suis né d’une idée, sorti de terre,

érigé dans un ensemble.

Ma base reposait sur six pieds

qui ont foulé mon sol au quotidien.

J’étais l’arche de Noé de mes 6 pieds

et de leurs invités.

On chantait en moi, on dansait en moi,

on ne laissait pas le temps à la vie

de claquer ma porte,

on poussait mes murs pour faire de la place

à la légèreté,

on ouvrait mes fenêtres pour laisser

éclater les rires dégustés en entremets.

Aujourd’hui il ne reste que deux mains,

lestées d’un cœur lourd,

pour porter mon passé

dans des cartons, trier les poussières

de vie amassées en souvenir lointain.

Ne pleure pas, j’ai bien vécu,

je peux être et avoir été.

Je suis appartement témoin,

du temps jadis et de demain.