Regarde les martinets manoeuvrer entre les murs de la ville,
Regarde la mort dans le ciel se pencher pour tendre son électric feel

Attention à la pluie car les murs sont sans rebord
que l’eau qui coule, coule dans nos fenêtres

Attention à la famine et à sa courroie de pétrole
à l’air qui intensifie sa haine de l’humain
au navire unique, à l’appel du vide
aux portraits et aux traits qu’ils figent
à l’estampe qu’on lègue comme un souvenir

Regarde. Regarde les martinets.

Attention car « quand le bourreau s’ennuie, il devient dangereux »
comme un calme devant la tempête

Regarde comme les chèvres au bec d’asphalte se repaissent
de foudre et de magma,
le feu qui grille dans leurs yeux

Attention au zèbre qui se cache parmi les loups
car il n’existe pas.

Regarde. Regarde maintenant. Les martinets.

La partie s’achève sur le cache-cache d’un phasme et d’un météore,

Sombral, je n’ai connu du deuil que le regard des autres,

Je vise une vitrine BNP en chasuble fluo,

J’en reçois une rouste et un ticket resto.

Justice se couple à plus de deux vitesses.

J’ai donc mélangé les dés,

J’ai visité des lits d’une rivière qu’on appelle le Styx :

J’y ai trouvé des parkings et des faveurs dont je ne me souviens plus du prix.

En cherchant, qu’est-ce que j’aurais trouvé ?

J’aurais préféré perdre, lâche comme un adulte dans un jeu d’enfant.

Tu comprends ? 

Morituri te salutame

Jusqu’à ce qu’on se sorte de la cuisse de Jupiter.

J’ai assez pour wallou,

J’ai vérifié et je n’aurais pas dû me soucier de la fin du mois.

Je jauge le temps qu’il me faut pour essuyer toute trace de dignité.

Tiens ! Chez cette actrice subsiste une trace du père,

Une trace du père et des montagnes

Une grange et de la paille ne feront jamais l’abondance de la Corne

Parce que, remplie, l’assiette est une épouse de bien meilleures recettes.

De beauté il n’est rien

Le monde est un camion sans bande d’arrêt d’urgence

Une distinction, un éclat et c’est la nuit en évidence

Les règles sont plus claires lorsqu’on ne les voit plus

Des montagnes, tu verras la jungle,

Des anacondas manger des tigres rubis sur l’ongle

La terre est une mère absente

Son père, une allumette

Je me sens, en tant qu’humain, un twist :

Glisser par la fenêtre le temps des sakura

Prendre un Aérius

Dans l’eau du canon, on a la chair, la poudre 

La noirceur de la suie, et la déréliction

Les poissons ne sont qu’à une lettre de la toxicité

les mots, à une intonation de la fureur

le ciel, à un extrême de la sangre

La mort, ça c’est quelque chose

Les sueurs à l’usine se charge des mêmes poussières que celles de la peur

Celle de l’amante des mêmes odeurs que celle de l’amante

L’odeur, ça c’est autre chose

Le plus beau pari, en tout cas le plus fou, est le plus cru.

On veut se défouler sur une porte, l’ouvrir

Et voir le sapiens qui en sort :

son rythme, sa contingence, ses chaussures

Sa carte d’assurance maladie

La peine surgira d’un soleil

Bas et lourd. Suivra un cumulus.

Les bâches seront tendues, les passe-pieds désherbés.

Les grenades, cette année, seront acides.

Comme les pluies.

Pas de chevrotines pour le gibier.

Nous verrons les vulcains oublier de migrer.

J’espère que tu aimes le ciel car c’est la seule chose qu’ils laisseront derrière eux.

L’unique surface où poser tes vieux os.

L’herbe n’a pas suffi à la pluie

Maintenant les portiques à angles droits se referment mal

On entend que la rouille se multiplie

Sous le flash de la torche d’un portable

L’essence dans l’eau a pris feu

Au loin, les gyros et la fuite.

Après la détonation, les cheveux, à l’eau mêlés, se déplient

Les platanes reçoivent la chute d’un père,

Baron d’oseille, 

Un reflet sort d’une flaque mais sans plus

Moi, je n’y décèle que le kebab d’à côté

Un nouveau chat blanc s’intéresse aux pompiers

Une petite fille sur le trottoir d’en face fait ses premières courses

Le monde des adulte est l’étagère de la fêta, trop haute.

Nos lits sont des continents différents ;

Le parquet, des mers jointes. 

Maintes mains de pieuvres nous séparent

Le slam d’une sirène nous éloigne

Des visages – dans la marine, on se charge de visages.

Les portes n’ont pas d’autel

On s’arrête jouir dans des hôtels.

J’assume sans hâte les échecs,

Les trahisons, je les paye par chèque.

Je défie des ports trop blindés

Je me défais les lèvres basses

Incapables de retenir les nerfs qui lâchent.

Je jacte sur des flancs

Le flot blanc recouvre presque la coque

La nuit nous apporte son front d’étoiles

La nuit porte à son front des voiles

Tandis que les doigts cerclés continuent d’alanguir

D’épuiser, de guérir

J’ai puisé dans l’eau l’amer et le salé

Je l’ai tamisé dans une salière

Pour sortir, j’ai remis le pull sale d’hier

J’écoutais à l’onde gonflée et déjà lourde

Les calanques se frotter

Nos lits n’ont pas bougé:

Tout près, nos continents.