L’angoisse me pousse au cul.
« Si tu meurs demain, tu crois que t’auras pas de regret ? Tu trouves que t’en fais assez ? T’as vu.e les autres ? Faut être plus efficace ma vieille. Y en a qui sont des machines.»
« Faut pas se reposer, t’as pas le temps. Toujours un ou deux coups d’avance, sinon tu vas être sous l’eau, has-been, dépassée. »
Bonne harceleuse, au réveil elle me parle, la journée toujours derrière moi, et maintenant même la nuit, jusque dans les rêves.
« Prendre de l’avance, prendre de l’avance, tenir le rythme, regarder en arrière pour mieux avancer c’est tout ! Allez ma vieille, plus beaucoup de temps ! »
Parfois elle s’énerve et me laisse exsangue.
« Trop tard. T’es pas assez bonne, tu rattraperas personne, t’es seule. Tes grands projets, c’est over. Tu seras jamais rien. »
Je l’écoutes, elle parle tellement tout le temps. Pas fort, juste là tout le temps. Et puis je m’effondres épuisée. Dans de rares moments, je relève la tête et me rappelle que le but de la vie, c’est de mourir. Alors tout s’apaise et pour quelques minutes, je vais rassurée, à l’écoute de mon cœur encore battant.
Catégorie / Gwen M
Ainsi
Qu’est-ce que l’effondrement ?
Est-ce que ça se danse ? J’ai déjà vu.e des pas s’effondrer goutte à goutte… Les points communs avec le labyrinthe sont-ils alors évidents ?
J’aimerais ne raconter que de belles histoires, à base d’aubier et de rhizome, que rien ne stagne ou soit fuyant, que la fin ruisselle grande et délicate.
J’aimerais t’écrire comme un baume, te baptiser à la gloire des bourrasques, que nos organes résonnent ensemble, pour toujours que tu me troubles.
J’aimerais entendre le plain-chant de chacune des graines souterraines, révéler le secret des arcanes fragiles, avoir l’acuité des rêves têtus qui jalousent l’architecture.
Pourtant les brèches lâchent, car chacun.e se toise. Peu de cœurs sont assez curieux pour découvrir le silence abrité par nos os. Les entrailles deviennent alors une bataille.
Mais je ne suis qu’une mouche.
Un fil
C’est moi qui ne te connais pas,
Qui te déplie et qui t’infuse
À la hauteur du mouvement à l’œuvre, dans l’ombre perpétuelle des limites
C’est toi qui ne m’embrasse pas,
Qui est dehors et sans repos
Plongé.e dans l’univers ciselé aux mille formes conjecturées
C’est moi qui cherche l’étendue artisane, c’est toi qui soutiens
Hommage à l’infinité qui scrute et qui raconte
C’est l’immense qui me touche, c’est la norme qui s’échappe,
Car nous ne connaissons pas nous-mêmes nos propres mesures
Tends-moi juste un fil et je saurais le dérouler, nous tisser dedans comme des soleils
Tends-moi juste un fil mon ami.e,
Tends-moi juste un fil.
L’entropie rêveuse
On se couche pour être allongé.e, tu t’assois pour être assise. Vous pouvez rester debout pour être debout. Puis la respiration est faite d’inspirs et d’expirs. Ou d’expirs et d’inspirs. Mais pas les deux en même temps.
Quand le rêve commence, j’oublie de respirer bien sûr. Pourtant je vis, à la fois tout et à la fois rien. Je m’exalte, me disperse, me caresse…me stigmate, me courbe et me plaque lorsque je m’oublie comme alliée.
Faut-iel une énième secousse pour que le mouvement rappelle la chair. Retour tantôt droite dans mes bottes, tantôt toujours bien à côté.