Ode à la culotte menstruelle

La culotte menstruelle,
Tu l’enfiles
Et hop !
T’es partie pour la journée.
Simple.

Pas le plastique couleur de violette, senteur de mort et bruit de scotch.
Pas l’ogive de coton, celle, oubliée, qu’une médecin, spéléologue, est allée, pince à la main, chercher tout au fond de ta cavité.
Pas la pilule oubliée avec la régularité d’une horloge.
Pas le fil de plastique, gorgé d’hormones, coincé dans le col, parfait, s’il ne vous rend ni obèse ni dépressive.
Pas le calice, effet ventouse.
Non plus, la serviette éponge de ta mère, accrochée au fil à linge, dont l’absence informait les vieilles alentour d’une grossesse en cours.

Non,
La culotte menstruelle c’est
La disparition du flux dans l’épaisseur noire.

Et le moment venu c’est
La réapparition du flux,
Trop longtemps encagé dans la violette et l’ogive.

Non pas Lady Macbeth, frottant sans relâche, priant pour sa disparition.
Non, le contraire, plutôt.
Du tréfonds de l’épaisseur noire,
Le sang.

Les doigts dans le sang, retour à la vie.
Sous le jet, sortir les eaux rouges du noir.
Mouiller, tordre.
Regarder le rouge serpenter dans la bonde.
Encore.
Mouiller, tordre, rouge.
Mouiller, tordre, rouge.
Enfin, retour à l’eau claire.

Machine. 30°.

Et puis,
Quand le moment viendra,
Rejoindre,
Sous l’eau claire,
Orques, belugas, narvals et globicéphales.

Texte écrit avec le souvenir d’un poème de Danielle Collobert issu du recueil « Meurtre »

La première fois que j’ai rencontré la pâte, je ne l’ai pas reconnue, poussière filante entre mes doigts. Il fallut attendre encore un peu pour que l’humidité tant convoitée fasse son apparition. Parfois la pâte consistait en une boule si dense et si minuscule qu’on ne pouvait la travailler qu’entre les pulpes du pouce et du majeur, créant patiemment la forme entre les doigts, traçant de l’ongle des motifs délicats et complexes. Parfois la pâte envahissait la main, collante, suintante d’humidité, impossible à décoller des doigts, impossible à mettre en forme. La seule solution consistait alors à grimper en haute de la colline par jour de grand vent et à se tenir debout les bras écartés et tendus, les doigts des mains empâtées écartés au maximum et à attendre là, le temps nécessaire, que le vent fasse son œuvre et sèche à son rythme la pâte collante suintante jusqu’à ce quelle forme une croûte couleur brique pétrifiant doucement les doigts. Le temps venu, il suffisait alors de plier d’un seul coup tous les doigts pour que la gangue redevienne poussière. Parfois, la pâte travaillée se détachait de nos doigts et, devant nos yeux émerveillés, se mettait à gonfler drue emplissant la pièce se mouvant, se métamorphosant sous nos yeux comme le Golem des histoires anciennes, les beautés étranges se succédaient sous notre regard attentif jusqu’à ce que cela se termine comme toujours. Poussière. Souvent tes mains restaient désespérément sèches, vides de matière, alors tu te mettais à bouger les bras, les mains, les doigts en tous sens, t’agitant sans cesse pour rester en mouvement, pour rester en vie. Attendant le retour de la pâte dense, la pâte collante, la pâte gonflée, la pâte plate, la pâte soyeuse, la pâte crayeuse, la pâte soupe, la pâte marigot, la pâte aérienne, la pâte qui sera là à ce moment-là.

Instructions

Marcher tout droit,
Le mur.
Se retourner,
Le mur.
Marcher,
Le mur.
Quart de tour, le mur,
Quart de tour, le mur,
Quart de tout, le mur,
Quart de tour, le mur.

Se coller contre le mur, joue, torse, ventre, hanches, cuisses, et glisser, glisser contre le mur, se coller et glisser contre le mur, vite, de plus en plus vite, jusqu’à ce que les joues perlent de sang, jusqu’à emporter la pièce et la faire tourner, vite de plus en plus vite, et lorsque la pièce tourne seule, toupie, reculer de quelques pas, courir et sauter. Sauter sur le mur d’en face qui tourne, toupie, sauter, sauter, sauter, sauter jusqu’à faire basculer la pièce et la mettre à bas, la pièce, saut après saut, défoncer le placo, encore et encore, à coup de talon, à coup de genou, à coup de coude, à coup de poing.

Finir blanchi.e.s de plâtre, un goût de craie dans la bouche, avec les jambes, les genoux, les coudes, les poings écorchés.

Sourire aux lèvres.