Chair, chair, fleur

Ton corps est étendu,
Nu,
Sur le canapé défoncé.
Tes muscles sont tendus sous ta peau,
Mes lèvres s’entrouvrent.
Affamées.

La carcasse gronde,
Désossée,
Sur le plan de travail ensanglanté.
Chanson des faims passées.
Mes lèvres s’entrouvrent.
Dégoûtées.

Les fleurs meurent,
Ensanglantées,
Dans le vase renversé à tes pieds.
Ses pétales tombent sur tes orteils aux ongles sales.
Mes lèvres s’entrouvrent.
Désirées.

Miroir de feu

Nous y voilà.
Dans ce palais des splendeurs.
Où je mène ma danse tel un miroir en feu.
Mon corps plane, chante, exulte sous les reflets chandeliers de ton désir.
Tu me contemples, tu me déshabilles en douceur, tu m’éclaires.
Je m’élève.
Regarde-moi voler.
La masse festive ne peut m’isoler.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes.
Je veux embrasser tes rêves.
Je veux que ton cœur m’aime.
Comme on aime un fantaisie, un poème, un ange qui chute.
Tu avances. Tu me regardes tomber du ciel.
Je t’offre un sourire.
Je me tire dans le silence de la nuit.

Nous y voilà à nouveau.
Dans le club des splendeurs.
Où je mène ma danse tel un miroir en feu.
Mon corps tangue, chante, se pâme sous les reflets chandelier de ton désir.
Tu me mates, tu me désapes, tu m’éblouis.
J’essaye de m’élever.
Aide-moi à voler.
La masse festive est prête à m’isoler.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes (pourquoi ne viens-tu pas ?).
Je veux baiser tes rêves.

J’exige que ton cœur m’aime.
Comme on aime un fantasme, une prière, un ange déchu.
Tu arrives. Tu me regardes tomber du ciel.
Je te donne un sourire.
Je caresse le silence de la nui
Nous y voilà encore.
Dans le taudis des splendeurs passées.
Où je traîne ma danse tel un miroir en cendres.
Mon corps brise, gronde, se repaît des reflets chandeliers de ton désir.
Tu me mates, tu m’arraches la peau, tu m’obscurcis.
Je ne peux pas. M’élever.
Laisse-moi voler.
La masse me séquestre dans la fête.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes.
Je violerai tes rêves.
J’exige que ton cœur me vénère.
Comme on vénère Dieu.
Tu es là. On me regarde tomber du ciel.
Je te donne tout.
J’avale le silence de la nuit.

Tout se déchire lorsque tu ne dors plus.
A la seconde où tu récupères ton corps pour dire,
Jamais plus.

On a imprimé le silence sur ta peau,
Cousues tes lèvres,
Etranglé ton cœur, ébranlé ton âme,
Utilisé tes os en guise de sex-toys.

Tu dormais et tes yeux clos peignaient les feux de mon visage.

Moi, je vais là où chantent les incendies.
Là où le ciel s’écroule et se fond dans les barbelés.
Là où les disques se rayent,
Là où les anges se font laminer la gueule.
Là où la chance est une raclure et là où sont nichées les zones endormies,
Couvertes de suie.

Briser les non-dits,
Crier les amours,

Broder les rages.
Tu rêves ces verbes et lorsque tu ne dors plus,
Que tout se déchire,
Je me fonds dans tes pupilles et tu

Tombes

Tombes.

Tombes.

Dans le précipice des possibles.

Ecoute ces chemins pavés de gloire :

Tu saigneras les poètes maudits,
Tu désenchanteras les contribuables,
Tu soulèveras les palais pour les muer en forêts,
Tu effaceras le silence incrusté sous tes ongles,
Tu reconfigureras ton ossature pour l’écrire chimérique, songeuse, terrifiante,
Et tu vomiras des litres de sang sur les toits d’or et d’argent.
Et puis, une fois que tu auras vécus tous ces possibles,
Tu oublieras le sommeil.
Le sommeil sur tes lèvres.
Tu habiteras près de la mer,
Tu enquilleras les heures creuses avec le sourire.
Un sourire qu’on répètera comme un conte,
Comme une légende,
Comme une chanson.
Impossible à oublier,
Refusant de s’étioler,
Dans la rumeur des corps fracassés.

Mon homme, mon amour,
Qui pille et qui viole,
Qui crache et qui gronde,
Tes mains serrent le cou des brebis apeurées,
Tes dents dévorent la chair innocente,
Jamais tout à fait innocente.

Mon homme, mon amour,
Qui donne et qui aime,
Qui nettoie et qui chante,
Tes mains caressent l’amour docile,
Ta langue purifie les plaies accidentelles,
Jamais tout à fait accidentelles.

Mon homme, mon amour,
Tes mots, un poison ancien et impie.
Ton corps, une arme létale si fière de ses douleurs.
Tes muscles me broient contre le lit,
Ta queue me défigure de l’intérieur,
Et tu fais mine d’être aveugle aux larmes qui noient notre refuge.

Mon homme, mon amour,
Tes mots, la mélodie des rêves.
Ton corps, le territoire de mes désirs.
Tes muscles m’enveloppent et me réchauffent,
Ta queue me réconforte au milieu des nuits,

Et tu ouvres tes yeux larmoyants quand tu jouis.

Pendant que moi,
Mon homme, mon amour,
Moi entre deux feux,
Je tremble dans ma peau rongée par tes attentions,
Je hurle dans les caveaux putrides de mon identité,
Et je te dis que je t’aime, je t’aime, je t’aime, putain que je t’aime,
Tandis que l’horreur nous adore que les dieux détournent leur silence,
De ce refuge blanc et rouge,
Cendres et plumes de phénix,
Mort, mort, mort, mort,
Pour toujours et à jamais,
Mort.