Je ne vois plus le soleil
L’autre est nocturne
L’âme taciturne

Je ne vois plus le soleil
Imperceptible grisaille
Brume ma flamme

Je ne vois plus le soleil
L’espoir inattendu
La lueur d’un printemps

Je ne vois plus le soleil
Le temps qui passe
Le bleu du ciel

Je ne vois plus le soleil
Les oiseaux virevoltants
Le souffle du vent

Je ne vois plus le soleil
L’appétence de vie
L’immensité des nuits

Je ne vois plus le soleil
Le fruit rouge d’amour
L’aube qui s’éveille

Je ne vois plus le soleil
La force silencieuse
La clarté de ce monde

Je ne vois plus le soleil
La constellation des étoiles
Le chemin de nos pas

Si j’étais le temps,
J’allongerais nos jours
Et les ferais pluriel,
Ralentirais nos nuits
Pour les rendre plus belles.

Je cadencerais nos pas
Et battrais la mesure
Métronome harmonique
De nos soupirs
De nos danses, évidences,
Fulgurance de nos silences.

Si j’étais le temps,
Je courrais après toi
Pour te « Portée »


Le « Fa »
Le « Sol »
Le « Si »
Le « Do »
Le « Mi »
Le « Ré »
Le « La »


Juste pour t’enlacer,
Te murmurer avant la chute « pardonne moi »
De n’avoir su te garder près de moi
Te dire je t’aimais tant
Tant qu’il était temps.

Mais le temps a passé,
Les flocons ont tournoyé,
Un voile s’est déposé
Sur la clarté du jour
Et l’ombre de la nuit.
Et j’attends quelque chose
Qui n’arrive pas,
Que quelque chose vienne,
Quelque chose du fond de moi.


Si j’étais le temps …

Lorsque tombe le « chien loup » et que la lumière fait place aux nuances d’ombre crépusculaire mais que flottent, encore, éparses et tendres, dans le ciel, quelques nuages roses suspendus dans l’immensité du néant, tandis que peu à peu s’éteint la cacophonie du monde pour faire place à la quiétude de la nuit qui revêt son habit de velours, et qu’à l’autre bout de la France, se ferme la porte de ce bureau, que tu déposes ton habit d’apparat, ton smartphone dans la poche de ton pantalon, que tu caresses, en dépit de tout entendement du bout de tes doigts, au moment où tu montes dans ta voiture pour prendre cette route, tant de fois empruntée, qui te mène à ta vie de famille qui t’attend sagement comme chaque soir, quand au-dehors s’évaporent les couleurs et parfums du printemps qui vient d’éclore donnant un semblant de vie à ce décor de mort, le temps s’est figé depuis un an déjà. Tandis que glissent mes vêtements sur le sol, que mon pied effleure l’eau tiède et insipide de ce bain aux senteurs vanillées, et que doucement, en apesanteur, mon corps exsangue et tangue, nue et blanche chair, qui se fond doucement dans la moiteur de cette pièce, pendant que l’obscur s’étend à perte de vue et que la nuit finit par engloutir le jour, lorsque la douceur de mes pensées volubile jusque toi, que la route défile sous tes yeux à la vitesse de l’éclair, quand tu touches encore inlassablement de tes mains ce petit écran de verre qui nous sépare, posé sur le siège à coté de toi, alors surgit de nulle part ce camion aux phares blancs et aveuglants, qui vient couper ta route dans un bruit de frein violent qui fracasse l’écosphère en deux.
Il ne reste soudain que ce terrifiant silence qui hante à jamais mes nuits.

Éblouie, aveuglée par cette lumière blanche qui émane de la voûte céleste, je ne le vois pas mais j’entends et hume le vent qui fait frissonner ses feuilles qui tardent à s’ouvrir, encore assoupies et engourdies par le froid de l’hiver. Majestueux, au milieu du champ des possibles, il est debout face à moi et je voudrais l’enlacer, puis me gorger de sa sève , plonger dans ses racines jusqu’au plus profond du sol, mon ADN au sien accolé, goûter la terre-mère nourricière et grimper jusqu’au ciel, sentir l’illusion du vertige, suspendue dans le vide, et me balancer, légère, à son rythme, docile et cadencé, bercés et embrassés tous deux par les nuages floconneux qui laissent place à la douceur du soleil qui réchauffe nos écorces diaphanes et ternes et ravive nos sangs mêlés, m’emmêler à ses branches ancestrales dans un corps à corps, un pas de deux, une danse sensuelle et animale qui rallume nos flammes et animent nos âmes végétales pour ne faire plus qu’une seule et même entité : l’Arbre de Vie.