la fulgurance et la perte

J’étais un pirate sur une mer infernale et je tentais d’attraper dans mes filets les presque morts qui me demandaient juste de sourire. Je suis à présent la presqu’île, le demi-mot qui a trop ri pour convenir et l’océan fendu m’a retourné trois fois. J’étais l’étendue et la confiance tranquille, je suis le trou noir, j’engloutis. J’étais ce que l’on me demandait d’être, je suis l’excès de mes propres souhaits. J’étais douceur, lactée, bleutée, sucrée, algue dansante, souple et solaire, je suis la vase noire, odorante et stagnante, s’accroche à tous les pieds qui voudraient bien s’approcher. Je me retire lentement à chaque vague habitée de coquilles vides, de coraux blancs.
Je suis le fond de la lumière, la fin de la vitesse, la fulgurance et la perte.

Les paniers ont effleuré nos bagues
Les greniers se sont vidés sur nos têtes
Les vidéos ont inventé des seconds rôles


je t’aime dans la tristesse du cœur et la morsure du chien que tu soignes
je t’aime dans les après-midis qui s’embrassent à regarder la lumière sur les murs
je t’aime dans la musique et les feux rouges des grandes allées que l’on connaît


Depuis je n’ai pratiquement rien mangé, une fleur de bourrache et du café.


Est ce qu’on est compagnons?
Est-ce-que tu m’accompagnes ?
Es-tu accompagné ?
Jusqu’où veux-tu m’accompagner ?
Est-ce-qu’on aurait pu vivre à la campagne ?
Et en rester là ? Est ce que tu te sens « là », là où tu es ?
Est ce qu’à l’intérieur de toi c’est encore la campagne ?
Est ce que je serai ta compagnonne ?

Le cœur tordu

Tu voudrais fuir
dans la neutralité la plus totale
des espaces noirs ou blancs ou rien en s’est encore passé
Retrouver ou ne rien retrouver
Exactement là se trouve l’ambivalence ambiguë
Tout effacer pour voir recommencer
une infime probabilité
d’attente de vie de passé retenti ressenti dépéri
Explorer un gouffre qui n’a pas d’odeur
Tous les souvenirs encerclés dans un filet
sont mélangés et je ne sais comment déjà
la chance et le hasard, toutes les corrélations
c’est une foire en tourbillon de visages et de cris
des couleurs diluées qui décortiquent
un cœur, nos cœurs, le cœur, tordu.

Parce que les cigarettes me fatiguent
Parce que nos frères nous trahissent
Parce qu’on décide de s’enfermer
Parce qu’on ne sait pas ce qui est le mieux
Parce qu’on voudrait ne plus seulement imaginer
Parce que tout me traverse
Parce que je m’enthousiasme et m’émeut dès que je le peux
Parce que c’est l’inconnu
Parce que je ne me sens comblée que quand je suis dans la mer
Parce que Papa et Maman sont de plus en plus loin
Parce que je suis la méchante, c’est comme ça
Parce que je suis une petite fille
Parce que je suis une grande reine
Parce que je propage la lumière et la joie
Parce que j’aurai toujours la tristesse au fond de moi
Parce que je bois trop
Parce que tout le monde boit tout le temps.