Entre-deux

Vous vous êtes égarée
L’épreuve était trop grande
Vous vous êtes retirée
Sans la moindre demande

Pas même des voyants rouges
Ni de l’alarme sans fin
Pas une seul membre ne bouge
Vous n’aviez peur de rien

L’espace de quelques heures
Vous vous êtes détachée
Du Bonheur, du malheur
Vers une île enchantée

Pour reprendre votre souffle
Respirer hors du temps
Là où personne ne souffre
Ni passé, ni présent

Pour vous sentir légère
Dans ces voiles incertains
A vous-même étrangère
Spectre dans le lointain

Mais percevant l’appel
Tout au fond de votre âme
D’un petit être frêle
Qui, sans cesse, vous réclame

Soudain, vous revenez
De l’extrême solitude
Vers cette vie humaine
Vierge de certitude

De vous-même n’êtes plus l’ombre
Comme vous le croyiez
Car sur ce moment sombre
Le soleil a brillé

Lors de mes promenades, là où mes pas m’emmènent,
Je m’éveille chaque fois un peu plus à moi-même,
Ces pas, irrésistiblement, vers la Loire aboutissent,
Et ses courants, et ses remous d’un seul coup m’engloutissent.


Ils me ramènent d’abord aux histoires marines de mon lointain aïeul,
Elles défilent une à une tout au fond de mon œil,
Je revois dans le sien, la joie de raconter les histoires anciennes,
Les détails de pêche, de poissons gigantesques, d’épopées ligériennes,


Un courant me rapporte des bulles de vacances,
Souvenirs de grève, où avec peine j’avance,
Parcourant de la Loire, les longs cheveux de sable,
Et toutes leurs nuances de blondeur admirable.

Mais le vent de galerne souffle soudain en moi,
Me rappelle la Sauvage et provoque l’effroi,
Ses courants emportant mes joies et mes chagrins,
Le sourire d’une maman et des yeux enfantins.

Les courants changent alors tout comme mon futur,
Je leur confie mes doutes en indicibles murmures,
Espérant que la Loire, ses remous, ses courants,
M’aident à y voir plus clair dans ces sables mouvants.

L’Odyssée des murs de la cité

Quand j’ai envie de m’échapper, voyager, partir au loin, je rejoins la cité. A peine franchie la première rue piétonne, mes yeux se posent sur les murs de la ville, sur ses parois de béton monotones, sur leurs ancêtres de schiste et de pierre et leur enchevêtrement de gouttières … Au détour d’un regard, c’est un fabuleux Vif d’or en mosaïque qui m’attire et me fait signe de le suivre, déambulant à son aise dans les airs de ces rues qui lui semblent si familières. Il m’embarque alors pour une Odysée citadine, qui nous conduit d’abord à la rencontre d’un espiègle éléphant gris, posé là, près du grand théâtre, par les mains habiles d’un mosaïste. Cet adorable nous invite à écouter sa poésie accrochée juste à côté de lui, qu’il déclame, tel un comédien, avec tant d’adresse. Ses mots nous transportent, moi et mon compagnon ailé. Bientôt, nous apercevons, sur la place principale grouillant de monde, un paisible panda, dans son costume à carreaux noir et blanc. Il nous saute au cou tellement il est heureux. Il nous raconte la Chine, ses montagnes, ses fleuves et ses forêts de bambous.

Mais, le Vif d’Or s’impatiente déjà. Il a tant à me faire découvrir : la magie des contes, là juste au coin de la rue, en bas. Je ne vois rien pourtant, seulement des paillettes, tombant en pluie comme par enchantement. Je lève les yeux et découvre le facétieux : le petit soldat de plomb jetant sa poudre d’étoiles au passage pour attirer notre attention. C’est en hauteur qu’il a trouvé sa place, pour essayer d’apercevoir sa danseuse dans la foule des samedis de folie. Qu’il est resplendissant : noir, rouge, jaune, rose, bleu ! … Les tesselles de couleurs, agencées par les doigts minutieux de l’artiste, sur fond de mur gris m’éblouissent …

Mais, je n’ai rien vu encore, me confie alors le Vif d’Or … En effet, poursuivant notre merveilleux périple, je m’immobilise, à quelques encablures de là, devant une œuvre abstraite … Des carrés et des rectangles de couleurs s’animent sur leur mur comme sur la toile d’un Mondrian. Dans ce musée citadin à ciel ouvert me parviennent tout à coup de douces notes. Comme celles du joueur de flûte de Hamelin, elles m’attirent irrésistiblement. D’un seul coup, je plonge dans l’univers aérien de l’Oiseau de printemps et puis du Pélican. Les bruits du quotidien soudain se taisent. Ils laissent place aux becs mélodieux, à leurs échos infinis, à la musique du vent jouant sa symphonie aux multiples variations, celle des bouleaux, des magnolias ou des sakuras et au murmure de quelques feuilles éparses, roulant de temps à autre, selon la partition.

Mes yeux sont ébahis par tous ces oiseaux colorés qui tournoient au-dessus de ma tête. Ils m’offrent une aire de repos migratoire sur laquelle je me pose, à l’abri des passants. Et, bientôt, Pélican m’invite à monter sur son dos, m’emmène vers le phare, où j’arrive à bon port. Magnifiquement posé près d’une tour ancestrale de la ville, il arbore ses couleurs vives et veille sur elle, sur ses habitants, ses visiteurs d’un jour. Je l’admire dans les moindres détails, il me demande une caresse. J’effleure chaque tesselle, passant mes doigts, un à un, sur ce phare protecteur. Je me laisse à mon tour caresser par l’harmonie de ses couleurs. Puis, peu à peu, l’odeur pénétrante de l’océan se répand et m’apaise. Le large m’appelle, m’envahit et ma paix intérieure se fait encore plus belle. Flottant sur l’océan de mon rêve, je m’aperçois soudain que le Vif d’Or a disparu.

Mes yeux partent alors à sa recherche sur le vieux mur de pierre… Il est là. Il a rejoint sa place … Enfin, un rai de lumière, filtrant dans la ruelle, éclaire mon visage. Mon Odyssée s’achève. Je quitte alors ce monde des mosaïques et l’art de la street. Dépaysée, régénérée, je m’en retourne apaisée, ramenant tout au fond de mes yeux, les trésors des rencontres, des murs de la cité.