Si, et seulement si, Elisabeth

1/ Si je trouve une cuillère sous la table

soit je récolterai ton cœur avec

soit j’apprendrai à disparaître

2/ Si je récolte ton cœur avec

soit je ferai la manche avec

soit je ferai trois tours sur moi-même

3/ Si je fais la manche avec

soit je rencontrerai Isabelle

soit pas

4/ Si je ne rencontre pas Isabelle

soit c’est sans doute parce que j’ai rencontré Marc

soit c’est sans doute parce que le vent soufflait dans mon dos

5/ Si le vent soufflait dans mon dos

soit c’est parce que c’est une belle image

soit c’est parce que j’avais une vie avant

6/ Si c’est une belle image

soit je l’offrirai à Marc

soit ils oublieront leurs enfants

7/ S’ils oublient leurs enfants

soit ils veulent les remplacer par autre chose

soit ils oublient de me le dire

8/ S’ils oublient de me le dire

soit je n’accepterai pas

soit un avion s’écrasera à Toronto

9/ Si un avion s’écrase à Toronto

soit je rencontrerai Isabelle

soit ma mère m’étonnera trois fois

10/ Si ma mère m’étonne trois fois

soit c’est l’hiver

soit c’est le printemps

11/ Si c’est l’hiver

soit c’est parce qu’il s’est arrêté de neiger

soit c’est parce que ma haine est sans objet

12/ S’il s’est arrêté de neiger

soit ça tombe bien

soit tu n’imagines même pas à quel point il est impossible de concilier sa vie professionnelle avec sa vie animale

13/ Si ça tombe bien

soit ça tombe mal

soit ce sera un parfait alibi pour que ça tourne mal

14/ Si ça tourne mal

soit il nous faudra reconsidérer l’existence d’autres êtres vivants et pensants sur une planète lointaine

soit je clignerai des yeux deux fois

15/ Si nous reconsidérons l’existence d’autres êtres vivants et pensants sur une autre planète

soit il nous faut maintenant défaire le carré

soit il nous faudra en payer le prix

16/ Si nous payons le prix

soit il est injustement démesuré

soit pas

17/ S’il n’est pas injustement démesuré

soit nous deviendrons liquides

soit solides

18/ Si solides

soit il n’y a clairement plus de calculs à faire

soit je te conseille d’ôter tes lunettes

19/ Si tu ôtes tes lunettes

soit je rencontrerai Isabelle

soit il s’est arrêté de neiger

20/ S’il s’est arrêté de neiger

soit ça tombe bien

soit c’est le printemps

Contrepoint

C’est le début et c’est le commencement
La fin qui se poursuit, l’épée qui gargouille

J’ai envie de dire et je meurs de dire

Ma bouche un pot d’échappement
Mon nez un pot d’échappement

Du rien terminé au presque prête

Porter un regard sur le système
Fermer une fleur sur le cylindre

C’est Mozart qui hurle comme ça ?

J’aimerais vous acheter ce dragon
J’aimerais vous rencontrer

Il se fait tard, ne rentre pas aujourd’hui
Notre besoin d’érotisme surplombe
Notre besoin d’enracinement

C’est Wagner qui pleure comme ça ?

C’est le début et c’est l’ironie du tout

Chaque grain de beauté a son lot d’information
Si tu achètes ces dragées ta fortune double
Si tu vends ton hameçons ton oubli sera exubérant
Chaque lune a son lot de d’incompréhension

Je ne comprends pas trop le gens
Je ne comprends pas ce que tu dis

Il se fait tôt, jouons en équipe

La sincérité d’une flèche

J’ai une amie qui n’écrit pas.

Cette amie existe, mais elle n’écrit pas.

Toute son existence est auréolée de

marxisme et d’élégants dialogues.

Avec elle jamais je ne trouve l’ennui.

Il y a toujours beaucoup de souplesse et de

rebondissements.

La sincérité d’une flèche.

Je dois dire que, cette amie, est en

perpétuel équilibre sur le cercle sur

des ronds de fumée qu’elle sort de sa

bouche.

Car jamais ne tarit sa fumée intérieure.

De dedans elle invente des mots, des

royaumes.

Elle s’écrit, de dedans.

Je suis presque sûr qu’elle en est à son

troisième roman.

Ou même à son cent unième car ses romans

sont sans doute très courts

ou sans doute même ne garde-t-elle

que les titres :

« Vingt kilomètres d’ambiance »

« Would you be my carpat ? »

« La folle histoire de Bouche-Cousue »

« On n’entend une mouche approcher »

« Les flocons prudents »

« La licorne gémit trois froids »

Cette existence effacée échappée

dissimule ses déclics

climats dérobés

aux tissages Damassés.

Il ne faudrait pas jalouser un tel esprit

qui perle d’éclats.

Sa tendance décoratrice

à se positionner face au monde

qui pour lui n’est qu’une énorme fiction

une énorme blague complexante

prise dans l’étau du réel

de la lutte des classes

de la crèche au lycée.

Lutter avec classe contre

l’énormité.

L’énorme noyau de sauterelles.

Non. A contrario de la jalousie nous devrions préférer

l’imitation.

Noircir les pages de nos cerveaux

de titres et autres

histoires courtes.

L’énorme monde irait sans doute mieux

si nous étions tous

des non-écrivains.

Planète

Planète ! oh mon éclatante planète,

toi tu bouges, nous on est planté là.

On ne bouge pas.

Dans les yeux de ta femme, deux belles planètes, deux belles soucoupes, deux

beaux nombrils, planètes.

Plante-moi un autre cœur dans mon cœur, planète.

Promis, en échange,

je planterai une autre planète dans ta planète.

Planète ?

Mange-moi, planète.

Moi je range les livres-planètes, les flirts-planètes, les planètes-lunettes.

Je songe en rêve à t’offrir mes seins, t’offrir mes ongles, t’offrir ma voix, planète.

Planante, ma respiration plane, ronge, rogne mon frein, planète plate, planète.

Orange est la nette plane planète qui relie tous les Hommes plantés-là.

Pas le temps de bouger, plus le temps de bouger.

Le siècle de la vitesse, c’est révolu, terminé,

le siècle des livres vendus avant qu’ils soient écrits, terminé.

Le siècle des voyages vécus avant qu’ils soient Grives, terminé.

Le siècle des lumières éteintes avant qu’elles soient allumées, terminé.

La boucle est bouclée, la boule doublée,

on a perdu la boule,

on a perdu la boule,

on a perdu la boule,

Attends !

Le

la boule dans la gorge,

la boucle dans la tête,

la boule dans le vent.

Tout ça, c’est du vent.

La planète tremble mais toi tu ne cilles pas.

Criblé de balles, de bombes, d’espoirs,

tu veux arrondir les angles de ta planète.

Alors bouge,

trouve le bouge,

trouve le bouge,

trouve le bouge,

bonbon.

Caresse le trouble,

pas évident, encore, pas d’évidence planète.

Planète ?

Fais de ton mieux.

Vis de ton pire.

Pire encore.

Plus bas,

encore ! Plus bas encore,

scroll encore,

voilà.

Te voilà au centre

au cœur de ma

décente planète.

Lorsque tu déserteras mes habitudes

Lorsque mon cerveau sera dans ma bouche,

lorsque ma bouche sera badigeonnée d’arcs,

lorsque depuis les arcs j’entendrai venir le soir,

lorsque le soir arrivera tôt,

lorsque le tôt rectifiera le tir,

lorsque le tir conjuguera mes hantises,

lorsque mes hantises prendront le large au sud d’une île déserte,

lorsque tu déserteras mes habitudes,

lorsque habiter une fenêtre sera déplacé,

lorsque se déplacer sur un serpent,

lorsque serpenter comme parchemin,

lorsque s’échinent les effondrements,

lorsque s’effondrer ne sera plus une qualification,

lorsque décalquer le ciel fera pleuvoir des illusions,

lorsque l’illusion parfumera la chambre du bas,

lorsque le bas devinera sur quelle échelle se reposer,

lorsque le repos sera synonyme d’élégance,

lorsque les gants géants franchiront la frontière entre le rêvé et l’oublié,

lorsque l’oubli dilatera l’indice,

lorsque l’indicible oubliera de laisser les clefs sous le paillasson,

lorsque sur le paillasson sera écrit « jamais »,

lorsqu’au cœur d’une mante religieuse ne se trouvera plus jamais ton cœur,

alors, ton aveu viendra.

Ce poème n’est pas une ode

Nos maladies nous réussissent

nous réunissent

Dans l’effroi le plus terrible

Dans l’oubli le plus parfait

Dans la destruction la plus totale, accomplie                 

Il y a la beauté

La froide beauté d’un corps nu, ouvert

utopique

Au fond, ce n’est pas dans un poème qu’elle se loge,

se love

Tu auras beau la chercher, elle n’est pas d’ici

Désolé

Dans un paysage ravalé ravagé, désolant désolé

Tu auras beau chercher

Ici-bas, pas de beauté

Elle s’éclipse

Elle est écrite par toi qui me lis

Elle est prolongée par les gestes de ton esprit

Elle n’a pas l’apnée suffisante pour

survivre

Elle est la survivance même

Ce poème n’est pas une ode

C’est une tentative de traverser sans trop trébucher

C’est une écharde dans l’œil blanc de ton téléphone

C’est une parenthèse fermée ouverte fermée

L’imagination ferme fertile

Fuyant l’horizon

Tu entends cette sonnerie ?

Je suis le rêve de ton téléphone

La caresse sur ton crâne

Pas d’âme qui vive, pas d’animal

La beauté ne s’encercle pas, ne se dompte

Un verre d’eau glacée au bord d’une table

Une vieille dame qui attend le bus

Le chant d’une voix grave, sortant du sable

Des mots derrière d’autres

Une langue étrangère dans la bouche d’une

Tu auras beau chercher

La beauté malade n’est pas d’ici

Parfois trouvée, donnée

Pas d’ici

Dans l’oubli le plus parfaitement reconnu

Trois soleils

Trois soleils (es-tu un triangle ?)

Quitter le reflet (changer d’axe)

Le doigt dans ma tête semblait tout savoir sur toi (tes observations me modifient)

Ta maison est toujours plus grande que ce que tu crois (maison vague ?)

La parole grande ouverte (LA PAROLE GRANDE OUVERTE)

Tranche la question (La beauté est dans celui qui ferme les yeux pour)

Ton visage dans le miroir (« est-ce que tu t’aimes suffisamment ? »)

Pourquoi ce squelette voulait-il un ami ? (« n’arrêtez pas le chemin qui tourne »)

On ne peut pas être dedans et dehors à la fois (je suis dedans et dehors à la fois)

Ton âme s’échappe par la plante des pieds (faire le tour de soi-même et faire disparaître son double)

Il y a mille mots derrière un mot (peut-il exister autrement ?)

Anne Carson promène SchrummSchrumm (d’où vient la pratique et d’où vient l’extase)

Je ne lirai pas ton journal pour y trouver la suite (logique mise à l’épreuve)

Le rocher au bord, brille de sa chute (tomber n’est pas se relever)

Les apparences jetées telles un véhicule (jouer de la cicatrice)

Tourne autour du pot

Tourne autour du pot

La peau tourne autour du pot

La peau se retourne dans ton dos

Trop tôt pour faire se tourner l’eau

Tournera l’eau autour du sceau

Tourne les sots autour du pot

Tournent autour du pot

Le dos tourne dans ton dos

Le beau tourne dans ta peau

Tournedos à la fraise pour de faux

Pour de vrais faux dans tes maux

Pour de vrais mots dans le pot

Peaux cassées pas de pot

Peaux neuves filer sfumato

Peaux gonflées boivent un mot

Poteaux tournent la plage au bédo

Dodeline le dodo frite sauce mayo

Effriter l’eau à t’en rendre barjo

Sous le seau trouve le sexto

Tourne le sexe fruit prix de gros

Ronfle mise en bière blonde rococo

Poursuit le rêve guêpe grosse sanglot

Cherche l’eau vitrée pipeau kimono

Trouve la peau ronde et sitôt

Tourne autour du pot

Manchette

Savoir si Jimmy compte me rendre mon ballon rouge.

Je suis heureuse quand le facteur passe et m’offre une lettre d’amour. Quand il pleut dehors et que maman me laisse sortir danser.

Le mercredi, jour des crêpes, j’ai de la chance.

Le dimanche soir, très triste, très triste.

Mon ballon rouge, rouge, rouge.

Est-ce qu’il y a quelque chose de plus important que l’amour ?

Papa dit qu’il faut être fidèle à ses rêves.

Les masques ! J’aime voir les dents des gens.

Ça veut dire quoi « dire merci aux événements » ?

J’ai de l’influence sur les draps de mon lit.

Ce qui va bien c’est la musique dans les rues, les gens qui disent oui avec la tête ou avec les yeux.

Ce qui va mal c’est la discontinuité des émotions.

Quand j’étais petite, mon père disait toujours qu’il faut tourner sept fois sa liberté dans sa bouche avant de ne pas aller voter.

Un pilote Russe,

un sourcil Cubain,

une mandarine Chinoise

ou une tasse Suédoise.

Je risquerais ma vie pour retrouver celle qui, à mes 20ans, a embrassé ma bouche comme nulle autre.

Je risquerais ma vie pour connaître l’heure de ma mort.

Je me sens libre d’exhausser une volonté qui n’est pas mienne.

Il me semble important de bien loger son âme dans un corps tiède, avoir des amis imaginatifs, exercer une profession qui n’existe pas, avoir beaucoup de lointains désirs, trop se préoccuper des autres, être divorcé des autres, avoir une voiture numérique, être seul seulement quand nos enfants le désirent, voyager dans le corps des autres, pouvoir continuer. Autre chose ?

Oui, mon facteur stimule les progrès humains.

Les hommes politiques ? (larges feuilles arrondies flottantes)

 Les hommes de science ? (poils très serrés)

Les militaires ? (base de piment rouge)

Les prêtres ? (pièce de literie)

Les économistes ? (soluble dans l’eau)

Les artistes ? (petite étendue de couleur)

Les éducateurs ? (instrument de musique)

Les enseignants ? (eau qui tombe en goutte)

À mon avis la crise constitue une raison d’espérer être inquiet.

Le bilan des événements est positivement négatif (mais pas l’inverse).

Dans l’idéal, ma raison de vivre sera irraisonnée, irraisonnable et irrésolue.

Croyez-vous que votre génération puisse être autre chose que l’identique copie de celle de vos parents ?