Éternel

Toujours au début elle bouge très peu, de gauche à droite, toujours, toujours au début elle regarde la mousse qui pousse sur le vent. Toujours au début elle fixe son image pétrifiée, toujours au début elle suspend l’éternité qui s’écoule dans les fissures de ses lèvres que 2428000000000 secondes ont sculptées, toujours au début elle frôle la pluie elle mâche l’air toujours au début son regard est lent et creuse l’invisible, toujours les rides sur sur visage coulent sur la pierre grise et froide, tombent et toujours dans les veines du marbre courent sa peine, toujours sa robe rose bonbon habille le jour qui s’éteint et toujours un ange suce les fibres acidulées, toujours au début ses doigts effacent le bruit d’une photo qui passe, effleurent une main qui écarte l’air, toujours elle sait que toujours sera toujours et toujours elle pense que ce qu’elle dit dans sa tête traverse le mur, traverse le ciel et vient toucher le coeur blanc surtout la nuit car le ciel écoute mieux la lumière qui jaillit de la boule dans la gorge quand il fait sombre. Toujours après le début elle oscille plus fort, toujours après le début ses vieux os se cognent aux Ramones ou aux Stooges qui gueulent enfermés dans ses oreilles  et toujours après le début elle se noie dans les fosses que leurs pieds creusaient elle lui quand les épaules et les têtes jetées, aimantées se bousculaient allumaient les désirs écorchés, toujours jouir en Larsen. Et toujours après le début après vibrent ses vieilles Doc Martens frappant l’air solide comme le couteau strident d’un marteau piqueur ou d’une perceuse qui fraise l’oreille. Toujours après le début après elle met son casque contre le tympan du marbre et coule le beat rapide et les distorsions des guitares vers le rivage profond et toujours interdit, toujours interdit au coeur qui pulse ses 144 bpm, toujours interdit à son ombre. Toujours elle croit qu’il danse aussi, que la terre bouge et danse aussi et s’ouvre aussi, que les vers qui le rongent se convulsent dans des Pogos moites et violents où résonnent le sexe, vomissent son coeur vomissent ses os vomissent sa mémoire et remontent pour griffer sa peau à elle, douce et flasque, et coup sec tirer la peau, arracher la vie, l’appeler, convoquer aux rivages de glaises noires où les empreintes de pas fondent sous la fièvre pour se joindre au vide. Toujours après, elle danse plus vite vite vite et elle crache sur les morts et elle saigne sur l’armée de pierres lisses, inertes et grises et elle hurle au vent qui meurt et toujours une armée de juges noirs et tristes autour d’elle convoitent et s’effraient de son bonheur illicite, de sa foi d’être.Toujours à la fin, elle danse nu, tremblante, le corps frappé de vie, spectre d’étoile qui prend feu, toujours à la fin elle voudrait le baiser fort comme toujours avant et toujours à la fin boire l’élixir d’infini, éructer le silence sombre et toujours à la fin le ciel rit et pleure sur sa peau creusée de sillons profonds comme la peine du monde qui fait naitre des rivières que la terre avale et toujours à la fin ces fleuves glissent le rejoindre, lui, et toujours à la fin une mer vient à être et toujours à la fin les vagues disent des mots nacrés, des lignes de mots d’écumes lumineuses qui la transportent vers les rivages obscurs où il l’attend.

À nu

Il regarde la mer immobile 
Il l’écoute
il ne la quitte pas des oreilles
Il est géant parmi les géants
Il est l’homme le plus vaste  
Tenu par le vent 
459 mètres de cailloux érigés à l’aube de la terre soutiennent son mètre quatre vingt
La falaise est son trône
Avec le ciel à conquérir
Il règne depuis le belvédère de Titou Ninou massif de Marseilleveyre
Il prend le cailloux entre ses mains rugueuses, longues et fines, 
il regarde le cailloux, parle au cailloux, demande à haute voix au caillou de conter l’histoire de l’homme
Il repose le cailloux, submergé de silence
Mais il ne devient pas le silence qui est tout
Lui ne se sent rien
Un euphémisme qui voudrait voler
Il s’est oublié
Il se pense être une émanation perdue
Évadée de son coeur 
évadé des coeurs de toutes et de tous
enlève sa chemise qu’il plie consciencieusement et pose sur le rocher blanc, enlève son pantalon qu’il plie consciencieusement et pose sur le rocher blanc, enlève son boxer qu’il plie consciencieusement et pose sur le rocher blanc, enlève sa chaussettes droite qu’il plie consciencieusement et pose sur le rocher blanc, enlève sa chaussette gauche qu’il plie consciencieusement et pose sur le rocher blanc, enlève sa peau pâle qu’il plie consciencieusement et pose sur le rocher blanc, enlève son coeur qu’il plie consciencieusement et pose sur le rocher blanc
Son coeur est bien mieux sur le rocher blanc
Son coeur attend un autre corps
L’homme est nu
Il écarte les bras
S’offre à l’oubli
Offre ses chairs offre ses nerfs, offre ses os, offre sa moelle, offre sa lymphe
Offre ses cheveux 
Au vent
Au vide
Un à un ses cheveux s’envolent et cherchent d’autres têtes
Des têtes qui cherchent
Des têtes avec des coeurs qui cherchent
Un sacrifice d’amour
Ses cheveux partent raconter son histoire
Les cheveux sont là pour dire sa vie
Les cheveux ne meurent jamais
Les cheveux vivent encore lorsque nous sommes
Mort
Ses yeux respirent l’infinie noyée dans les flots 
Le soleil est bas, et glacé et c’est l’hiver
Il lève la jambe droite, celle qui déjà mord le vide
Il la repose
Ses pieds s’ancrent au sol puis s’enfoncent, rencontrent le mouvement, l’aura des défunts
qui lui tirent les chevilles et gémissent
Il ne veut pas rester
Il veut voler
Il remonte un à un ses genoux vers les nuages
se débarrasser des pinces d’anges mort
Et d’un pas voler se fondre aux anges de lumière
Un soupir de basculer, 
Etreindre le néant
Il pense un soupir, résonance de l’absence
Veut-il voir derrière l’air?
Veut-il rejoindre les rides qui sillonnent l’étendue irisée de froid?
Veut il plonger dans ces sillons embrasés, sculptés par les larmes? 
Sombrer aux confins de cette boule de feu qui percute l’horizon? 
Veut-il sombrer au mystère avec élégance?
Couper le vide pour voir l’inconnu?
Est ce que le parfum de cette petite fleur violette peut le rappeler?
Sait-il que des abysses viennent des milliards de bouches? 
Des dents jaunes et noires tatouées de sang et de larmes séchées?
Les marins maudits oubliés?
Sait-il que ces bouches dévoreront sa mémoire pour qu’il n’existe plus rien de lui?
Que ni ses habits joliment pliés sur le rocher blanc ni la fleur violette, ni le vent, ni le nuage, ni les bouches édentées,
ni le ciel, ni sa pourriture mélangée au sel et à l’eau diront de lui?
Ne diront pas ces instants comme moi je les dis?
Sait-il que son histoire sera effacée?
Sait-il que je ne ferais rien pour empêcher?
Sait-il que je vais juste regarder, sentir et entendre?
Sait-il que je suis peut être un des lui?
un de ses moi? 
Qui hésite entre  
le pousser?
le retenir?
Sait-il que ce qu’il voit, ce qu’il sent, ce qu’il touche, ce qu’il goûte est peut être?
Et peut être pas?
Sait il que j’observe le vide?
Sait il que je suis le vide?

La densité du silence

J’ai pris
La densité du silence
Entre mes mains 
Laissant glisser le vide 
Entre mes doigts noirs
Sculptés par l’encre de vie
Je m’allonge dans la densité du silence
Et flotte sur les mots 
Muets
Les mots qui se désirent
Que seuls deux silences peuvent 
Dire
Et crier
Et chavirent
Deux silences ivres
De vie
Deux silences qui
Absorbent le monde
Allument le néant
Deux silences devenus
Sombres
Deux silences séparés
Un silence s’est tue
Quand un silence meurt il
Reste l’odeur de la tristesse
L’odeur du bruit que dit l’absence
Un silence muet
L’absence n’existe pas si
Tu voles l’aura d’une présence
Avant que son silence ne meurt
Tu aurais du couper notre silence en deux
Ouvrir la mémoire de ce silence
Entendre la sueur de nos draps
Au matin blanc
Entendre nos iris se mêler
Entendre la profondeur du goût
Entendre nos veines se nouer
Entendre les lianes de sang 
Se croiser
Se décroiser se croiser
Monter écrire le ciel
Peindre la rosée
Étreindre la résonance 
De l’absence

Le chemin du serpent

Certains d’entre nous sont réveillés par un chat à deux têtes ou un chien muet

J’ai un serpent qui vit lové sur mon épaule, me chuchote des mots doux quand le vie se réveille. Parfois mon oeil s’ouvre avant lui et je l’observe. 

L’encre bleue bouge d’abord, lentement, puis l’encre rouge s’étire jusqu’au triceps et l’avant bras.

Il baille et je découvre deux crocs ornés de têtes de morts qui me sourient. 

Je peux voir sur ces crânes des pensées surgir des crevasses d’os, les pensées des morts, tous les morts de ma famille. Des morts de dix mille ans.

Ces pensées d’os n’ont pas une ride j’ai remarqué. 

Le serpent qui vit immobile sur mon biceps ne s’est pas réveillé par hasard je crois que je l’ai convoqué je crois. 

C’était un matin de décembre, il faisait noir et blanc 

Il faisait de l’air mouillé de chagrin d’hiver, je me suis levé surpris d’être en vie au milieu d’un ciel de papier peint infini où parfois une étoile filante emmenait mourir un voeu de moi enfant. 

J’avais volé sur la tablette de la salle de bains les lentilles de contact d’Anastasia. 

Je les ai collées avec de la peine salée sur l’iris triste droit et l’iris gauche un peu moins triste

Je les mettais toujours en cachette quand elle dormait encore, allongée dans ses rêves. 

Quand elles étaient sur mes yeux je voyais ce qu’elle avait vu. 

Les lentilles ont la mémoire de celles et ceux qui les portent. 

Les lentilles ont la mémoire fidèle ou la mémoire infidèle. Ça dépend du regard qui les porte . 

Je vois par exemple qu’Anastasia voit les ombres des gens, pas les gens. 

Je vois par exemple qu’Anastasia me voit grand et beau avec de longs cheveux blonds bouclés de surfeur qu’il ne faut pas regarder sinon tu deviens statue de sable ou de sel. 

Mais je ne suis pas. 

Je ne suis rien.

Je cherche encore.

Parfois je suis ce que je vois.

Anastasia me dit qu’Anastasia se prononce avec deux S

Je prononce Anastasia avec deux S 

Je prononce Anastasia avec trois S 

Je prononce Anastasia avec quatre S 

J’ai convoqué ainsi le serpent qui git sur mon épaule. 

En général, le serpent vient dans ma bouche quand je prononce Anastasia avec trois S. 

En général, le serpent entre en moi par la bouche et vient en rampant dans ma gorge mordre mon coeur pour que je ne pense plus à Anastasia dont il ne reste que la mémoire de sa forme et la mémoire de son odeur qui gisent sur le matelas depuis qu’elle est partie pour toujours. 

Le serpent à deux crochets qui ressemblent aux aiguilles d’une montre, crachent les souvenirs venimeux où je suis et où tu hais Anastasia. 

Tu haïssais le serpent Anastasia

Le venin du temps est toujours mortel.

Le serpent chemine sous ma peau vers ma mémoire. 

Je vois ces anneaux déformer mes veines

Ecraser mes nerfs 

Gonfler mon épiderme. 

Je vois son chemin qui vient vers le tiroir des souvenirs. 

C’est difficile pour le serpent car nous sommes au printemps et derrière mes yeux, à l’orée de ma mémoire à poussé un bouquet de fleurs des champs. 

Les couleurs sur les fleurs sont apparues après une pluie de larmes

Un arc en ciel de pétales de vie qui sentent l’herbe fraîche

Des roses vertes et des marguerites aux cheveux blancs. 

Le serpent est arrivé au cortex drogué de vie de printemps 

Au départ le serpent était perdu car ma mémoire m’a oublié

Ensuite le serpent qui adore les rats s’est dit que les rats m’avaient dévoré la mémoire 

Alors le serpent a cherché le rat caché: « Le rat est la viande des souvenirs » a dit le serpent ce qui est une pensée sournoise même pour un serpent. 

Dégouté de ne rien trouver le serpent est parti de l’intérieur de moi pour se lover sur l’épaule et me dire à l’oreille: 

« A ta mort nous ferons sécher tes amours perdus dans le vent du temps, nous glisserons ces amours dans une bouteille d’eau de vie avec un brin de myrte pour donner du goût, nous rangerons la bouteille dans le placard qui sent le bois vernis d’arbres aux racines si grandes qu’elles vivent au plus profond des terres, plus loin que les morts plus loin que les fantômes de tes démons. » 

Et tu verras dit le serpent avant de s’endormir lové au creux de mon épaule: 

« Un jour quelqu’un ouvrira la porte du placard, débouchera la bouteille et se saoulera d’amour pour te ressusciter. »

Une ancre qui dérive encore

Qui est la cicatrice de toi ?
Je suture ton histoire
L’aiguille répare tes chairs 
L’aiguille sait l’histoire de ta blessure. 
L’aiguille boit le sang de ton l’histoire.
L’aiguille me pique pour qu’un peu de toi vienne en moi. 
L’aiguille raconte l’histoire de tous les cœurs qu’elle recoud 
Les cicatrices sont des tableaux. 
Les cicatrices sont des œuvres d’art crées à partir de nos démons. Les cicatrices sont des fêlures recousues.
Ce matin gît une cicatrice sur mon oreiller. 
Un rêve s’est brisé. 
Encore s’est 

Qui pousse entre deux pavés ?
Une rose pleine de griffes
Habite dans ta rue
Écorche le diamant au fond de ton cœur
Met ton amour à vif

Quand va t’on divorcer ?
Je parle à mon ombre
Ça fait trop longtemps que nous sommes en couple je lui dis
Je suis tombé amoureux d’une autre ombre je dis
Amoureux de l’ombre d’un ange je dis 
Tu me suis depuis trop longtemps à mon ombre je dis
Tu m’imites depuis trop longtemps à mon ombre je dis
Quand je plaisante tu ris à mon ombre je dis
J’en ai assez de ta présence je dis
Tu me répètes trop je répète
J’ouvre le tiroir de mes secrets 
Je prends 
Je fume mon ombre au 9 mm
Mon ombre plein de trous
S’échappe le pus de mes névroses
Mon ombre tombe raide dans la rue 
Se cogne à l’invisible de mon existence

Pourquoi l’essentiel se cache où résonne l’inconnu ? 
Mes yeux ne me racontent pas tout
Mes yeux ne voient pas ce qui est caché derrière les orbites
Des choses font mal à penser
Le son d’un talon aiguille qui marche sur mon cœur  

Existe-t-il un cimetière pour les spermatozoïdes ?
Leurs prénoms écrits sur des pierres tombales 
Quelqu’un grave des épitaphes
« Ici gît l’embryon d’un fantôme »

L’air peut-il voir ce que nous sommes ?
Dans un bar, je bois
Je ne bois jamais un verre sans passer entre les tables 
J’inspire l’air expirer. 
Savoir à qui j’ai affaire

Combien de bouches vais-je embrasser en portant ce verre à mes lèvres ?
J’embrasse les lèvres de Gene
J’embrasse les lèvres de Fabienne
J’embrasse les lèvres de Bénédicte
J’embrasse les lèvres de Patricia
J’embrasse les lèvres de Julia
J’embrasse les lèvres de Serena
J’embrasse les lèvres d’Helena
Je mémorise un alphabet de lèvres inconnues
Je goûte aux lèvres roses
Je goûte à de vieilles lèvres
Je goûte des lèvres antiques
Je goûte des lèvres muettes
Je goûte des lèvres tremblantes
Je goûte des lèvres lèvre
Je vole le verre avec les lèvres 
Je l’enterre au fond de mon jardin derrière dans la tombe 
Gisent les histoires d’amour que je n’ai pas eu.

Sais-tu que le vent entre en nous par le nez ?
Le vent entre par la bouche 
Le vent entre par les oreilles 
Le vent entre par les yeux 
Le vent entre par l’anus 
Le vent entre par le prépuce 
Le vent entre par la peau 
Le vent entre par nos cicatrices 
Le vent à l’intérieur bouscule tout 
Le vent à l’intérieur mélange tout 
On ne se retrouve plus 
On se cherche longtemps 
On ne se trouve pas 
Tout est mélangé
Je vais naitre un être nouveau 
Libre comme l’air


T’es-tu déjà coupé le doigt avec une feuille ?
A l’automne des feuilles tombent 
Les feuilles coupent la tête des gens
Coupent en deux. 
On regarde à l’intérieur de leur tête 
On regarde qui ils sont 
On regarde ce qu’ils pensent 
On regarde leurs histoires essayer de s’enfuir. 
Avec deux doigts en pince de crabe je touche leurs souvenirs 
Je touche leurs idées sombres
Recolle leurs rêves avec de la glue jaune poisseuse
Nettoie leur tristesse avec une éponge neuve

Pourquoi enfoncer dans sa bouche un tuyau d’aspirateur ?
Aspirer tout
Devenir être 
Vide

Le jour la nuit se cache-t-elle au fond de mes os ?
Dans ma moelle je sens l’odeur d’une étoile 
Une étoile filante un trou noir où se perdent mes illusions

Dans cette flaque d’eau me vois tu ?
Moi, je ne me vois pas 
La flaque d’eau refuse de me refléter
La flaque d’eau réfute mon existence 
Je ne vis pas dans son regard
Même je ris 
Même je pleure 
Même je cris 
Même je fais semblant de mourir

Peut-on recueillir les larmes du monde entier ?
Je creuse un grand trou quelque part
Je verse toutes les larmes du monde entier
Je me baigne 
Je nage 
Je plonge jusqu’aux abysses de la tristesse 
Je trouve une étincelle

Où est Jeannette ?
Les dents du renard tuent la poule noire
Ce n’est pas la faute des dents
C’est leur nature de tuer les poules
Le chat a tout vu
Il se cache derrière le bidon sale où Brigitte fait la sauce tomate.

Est-ce que les miroirs mentent ?
Je n’ai jamais vu cet homme-là.
Je le regarde. 
Il me ressemble mais ce n’est pas moi. 
Je reste des heures à le regarder me regarder
On observe nos différences 
J’aimerais être toi le miroir me dit. 
Je veux te ressembler le miroir me dit 
Je suis jaloux de toi mais je ne vais pas te tuer au miroir je dis
Je vais plutôt t’oublier 

Je demandé à la neige : Je m’appelle comment ?
La neige ne répond pas 
La neige n’a pas de bouche, 
La neige n’a pas de cordes vocales 
La neige s’échappe d’un nuage chien 
Un nuage chien me pisse dessus.
Un nuage chien pisse blanc et laiteux et doux et léger
Un flocon du nuage chien se suicide à minuit pile sur ma main 

As-tu déjà envoyé des textos au hasard ?
Je le fais
Tout le temps je le fais
Plusieurs fois par jour je le fais
On me demande toujours qui je suis
Je réponds je ne sais pas encore

Est-ce que ma grand-mère ma manque ?
Me manque sa peau
Me manque sa peau lisse lavande 
Me manque sa peau douce sa peau si fine que mes lèvres pouvaient sentir le gout de ses os 
Me manque sa peau si transparente que je pouvais voir courir des globules blanches et rouges des globules qui avaient tout vu des globules qui avaient vu des gens mourir des globules qui ne pouvaient rien dire des cellules muettes du sang muet un vieux cœur muet de tant de vies perdues dans l’hippocampe
Un vieux cœur muet d’amours oubliés

Absenté

Et là, tout s’est absenté

L’éclair avant l’impact traverse, allume le possible,

Un cri remontant le courant

La douille brèche l’imagination, lentement, siamois de métal, tente de surgir…flamme en flash…puis disparition, visage, fish eye…dents sales…poussière mordue

Synapse en apnée, machine molle, bouge, rampe, laiteux, vitreux, grouille visqueux…soufflé au vent, tout se remplit vide…absence instantanée…javel sur visages sur décor sur sensation javel sur odeur javel sur ouïe : Blanc total et bruit blanc …origine inconue vient le larsen…vrille…cercle en spirale…depuis le centre un signe apparait…nuage griffe déchire le ciel…puis noir : fragments stroboscopiques à 180 bpm : Nausée.

Ressentir, sentir, vide qui plein …qui s’enfuit d’un arrosoir percé…vide qui se vide…

L’image arrive de loin…se rapproche, grandit…passe à droite du regard…marcher pied nu…Le sable est froid ce que ressent la peau…marcher sur le sable avec le silice qui mange les pieds…suivre les rails qui chantent,… dansent ? Pourquoi ce chemin fume ? Pourquoi ces pierres s’embrassent ? S’embrasent il y a cinq milliards d’années ? Qui fut ici ? Errance de l’hippocampe…perdu aux abysses de l’univers, instant originel…

Les neurones se mêlent, s’emmêlent se mélangent, liquides, liquidés, partouze de néant, orgie des trous noirs

Erasé de toute base.

Renaitre sans avoir été

L’étau se resserre, vient écraser…

Parenthèse, prologue de pages blanches, ?????????????????????? 

Depuis…vers l’infini

L’oubli est survie

Les mots courent

J’ai posé ma tête contre sa poitrine et entendu la mémoire du cœur où le souvenir de nous palpitait encore.

Caresser l’air que tu expires, m’inspirer d’un peu de toi, m’asphyxier de bribes de tes rêves

J’enferme dans cette boite la fleur que tu as regardée et j’emporte au monde ton regard au printemps 

Ma langue lèche tes larmes de bas en haut et je remonte aux origines de ta tristesse

Avec mon index scroller la mer jusqu’aux abysses des temps

Sur le sable, mes pas s’enfoncent dans ceux d’une inconnue, je l’entends être je deviens elle

As-tu déjà giflé un nuage pour voir le soleil ?

En colère je marche, mes pieds sont tolérants, ils me supportent.

Mon œil droit dit à mon œil gauche mais ça ne me regarde pas

Sous mes pas, les vieux os du parquet craquent 

Tourner les potards à fond et laisser le larsen remplir le chaos

Je zappe sur les chaines d’infos où un sperme porté disparu tourne en boucle

J’ouvre mon cœur avec cette plume 

Je marche en moi sur des veines noires

Je dessine un arc en ciel et une flèche pour tuer le soleil. Je suis un assassin d’ombres

Dans cette maison je suis entré, j’ai senti l’odeur du temps

Je voudrais léviter sur ce chemin au lieu d’écraser des familles entières

Les rochers qui prennent la forme que je dessine sur le vent

Un bar. Sur les murs des toilettes j’écris le nom d’une femme que je ne connais pas encore

Je t’écris cette phrase que je ne finirais jamais

Tu me griffes et je rougis. Ma peau est-elle timide ?

J’arrose la mer morte pour qu’il pousse des poissons

Hier au Louvre tu as tiré au 357 magnum sur la Joconde et ses yeux se sont fermées

Dans la maison de la vieille dame morte, j’ai retrouvé cassé par terre son chat en porcelaine. Suicidé. Je l’ai enterré au fond du jardin.

Toujours connaître un visage les yeux fermés

J’ai léché ta lettre pour gouter tes maux.

Enfoncer mes yeux loin derrière mes orbites et voir l’usurpateur qui se cache dans les recoins oubliés de mon cerveau

Mon sang passe par mon cœur mais l’analyse ne dit rien des ténèbres

J’évite de remplacer les vieux joints de la fenêtre. Ils laissent passer du dehors un peu de réalité

On devrait accrocher un fil aux pieds de chaque nouveau-né et voir à notre mort le chemin parcouru

Je lève mon briquet et allume une étoile filante au-dessus de notre histoire

Je me suis quitté et mon miroir a pleuré

Chaque matin au réveil, je t’habille avec des mots nus

Sang d’ombre

Hier, je creusais le sable
Hier, je creusais pour faire venir la mer
Hier depuis le fond de la terre
Et trouvé un poignard 
Un poignard qui avait tué 
Un poignard peint aux larmes de peaux 
J’avais dit 
Dis
Poignard
Dis
Il avait dit
Avec des mots de poignard
Un verbe aiguisé
Pointu
Il avait dit
Le poignard ne ressentait aucune culpabilité
Aucune culpabilité 
A être
Il avait dit
Je ne sers
Qu’à tuer
Qu’à ça 
Tuer
Le poignard est un poignard
Il avait dit
Je voulais être nuage
Ou le vent
Mais il ne pouvait pas
Il ne pouvait
Qu’être 
Être un assassin
Je lui avais demandé de tuer 
Ma tristesse
Mais le poignard ne voulait pas
C’était un poignard snob
Le poignard préférait tuer des choses bien plus importante
Que ma tristesse
Il avait dit
Je suis 
Un 
Le 
Le poignard 
L’Élu
J’ai léché l’Élu
Gouté le sang de tous les passés

L’histoire voyage en moi
L’histoire se mêle en moi
L’histoire s’embrase dans ma bouche
L’histoire accélère dans mes veines
Je suis un plus un deux 
La résonance de un plus un deux
L’ombre de un plus un deux
C’est important une ombre
Sans ombre moi 
Moi par exemple
Sans ombre moi
Par exemple je n’existe pas
A midi chaque jour 
Je n’existe pas
Il faut être patient
Pour assassiner son ombre
On ne peut pas à midi
On ne peut pas les nuits sans lune où
L’ombre se cache
Le reste du temps qu’il reste
Le temps qu’il reste 
Reste 
Dans le sablier où
Il y a tout le sable de toutes les plages du monde
Et de Mars
Et de Jupiter
Et de l’ombre des trois
Le reste du temps qu’il reste
Je peux
Je peux avec le poignard Élu 
Je peux j’assassine je peux
J’assassine
J’assassine mon ombre
Je la plante 
Je la plante 
Au sol
Et elle reste-là
Morte
Pendant que moi je m’en vais
Sans ombre
Lumineux
Ombre par terre agonise
Ombre murmure des mots serrés dans le creux de sa main d’ombre
Le poignard coupe les mots
Le poignard coupe ombre 
Ombre est un plus un deux
Le poignard garde une moitié d’ombre
L’histoire de l’ombre la moitié le passé
La moitié d’ombre a un futur

La prochaine vague emportera l’autre
La moitié autre
La même en miroir
Même si à midi
Je ne vois pas 
La moitié d’ombre se refléter
Dans le miroir
Ni l’ombre du miroir 
Ni l’autre côté du miroir
La vague emporte je dirais
Dans les abysses du monde 
Elle donnera l’ombre à quelque chose qui n’en a pas
D’ombre
Un fantôme par exemple
Un fantôme de fantôme
L’ombre du fantôme d’un fantôme
Ce sera mon fantôme
L’ombre de mon fantôme
Le poignard ne me servira plus à rien
Mais à vous il servira peut-être donc
Donc à raconter
Donc à tuer
Donc le poignard restera dans le sable
Donc à tuer 
Alors
Je tuerai le poignard
Par précaution je le tuerai
Je l’enterrerai dans le sable
J’enterrerai l’assassin de mon ombre
Avec mon sang d’ombre dessus
Comme de l’encre pour écrire
L’éternité

L’ennui

L’ennui je l’aime parce qu’il me crée

– Assis toi et ferme les yeux
Laisse moi entrer
Ecoute toi
Rend faux ce qui est vrai
Absente toi
Sois présent au vertige
Explore toi
Depuis le néant
Découpe ce moustique en deux et comprend ce qu’il ressent en embrassant ton sang
Va dans les toilettes de ce palace, lèche les lavabos
Tu sauras la peine des êtres
Gouter aux larmes versées depuis des siècles te diront tout des histoires de celles et ceux qui les ont versées
Des vies anciennes en noir et blanc
Que tu scrolleras du bout de ta langue
Traverse cette rivière quand la nuit se lèvera
Marche sur l’écume  
Parle à l’eau qui te constitue
Ouvre le ciel en deux avec ton opinel
Danse sur les étoiles cachées
Il  y a là-bas un secret très ancien qui t’attend
Dessine sur les nuages
Avec ton doigt
Trace l’ombre du sombre
Faire aller au vent la douleur
Jouis du moment où je flirte sur ta peau
Le doux baiser du vide
Remplis toi de ce vide
Tu sens comme je te déplace ?

Oui, je deviens quand tu me vides de moi
Un mouvement immobile qui me fait de nouveau
Je marche sur mes os
Un chemin de poussières d’anges
Un vent chaud dans mes veines
Pousse la vie vers le mystère
Un uppercut qui disjoncte tout déterminisme
Une droite de forain
Dans la face vérolée
De l’inné

Freloche

Je prends un arrosoir
J’arrose ma tête
Est ce que je peux faire pousser des souvenirs?
Des souvenirs qui n’existent pas encore?
Je me promène et j’arrose des gens au hasard
Faire pousser une mémoire où je serais
Surgir dans leur vie
Me créer en eux
Est-ce que je peux arroser leur cœur et faire pousser l’amour?
Est-ce que l’on peut effeuiller le cœur?
Sans amour le cœur s’assèche et devient pierre
Il sera pierre des millions d’années.
C’est comme ça
Immobile avec les autres pierres
Regarder le temps se pétrifier
Un jour, mon cœur m’a laissé tomber
Mais moi, si je laisse tomber mon cœur, est ce qu’il se casse?
Est-ce qu’il devient poussière?
Est-ce qu’il zone par terre avec les autres poussières?
Avec les sales élastiques de cheveux et les mouchoirs pleins d’amours qui dorment sous le canapé?
J’aimerais faire disparaitre mes poussières de coeur
Les poussières de mon cœur quand tu es partie
Les faire disparaitre avec mon balai et ma pelle
Faire disparaitre toute les tristesses de toutes les poussières de mon cœur
J’aimerais voir voler ce coeur abandonné
Accroché à un arbre au premier jour des vacances
J’aimerais que des yeux inconnus
Me murmurent des cris qui me touchent
Des voyelles qui me caressent
Des consonnes qui viennent en moi
Des mots qui se promènent dans mes veines
Et me constituent
J’aimerais prendre une gomme
Effacer ma peau
Voir ces mots se créer en phrases
Circuler sur mes nerfs
Me redonner la vie
J’aimerais prendre une scie et découper mon corps en deux
Chercher d’autres mots, trouver la lumière
Me recoller avec les larmes de toi
Parfois toutes ces histoires me mettent en colère.
Quand je suis en colère je prends mon aspirateur
2000 watts sans fil, la batterie chargée à bloc
Et je sors dans les rues
J’aspire les ombres
Toutes les ombres de toute la ville
Tôt le matin ou en fin d’après midi
Jamais à midi car c’est l’heure où les ombres se cachent
J’aspire l’ombre des immeubles
J’aspire l’ombre des chiens, l’ombre des enfants, l’ombre des voitures,
L’ombre des clochards, j’aspire l’ombre des lampadaires
Une ville sans ombre est une ville sans lumière
Je garde tout dans mon aspirateur
Je garde les sacs avec les ombres, avec la mélancolie,
Avec les peurs, les cris, les rires, les histoires, les fous
Je classe les sacs en heures, en jours, en années
J’archive ce que ma raison dépasse
Parfois j’ouvre un sac d’il y a 15 ans
Je le secoue en haut de la colline
Dos au vent, face aux lumières des réverbères
Je rends des ombres vieilles à la ville
Des ombres jeunes à leurs vieux propriétaires
Des ombres à ceux qui sont morts
On ne peut pas embrasser son ombre plus jeune 
C’est contre nature
J’ai ouvert un sac d’il y a longtemps avec son ombre à elle dedans
Une ombre d’elle que j’ai aspirée avant qu’un crabe ne la pince
Avant qu’elle ne soit nuage
Avant qu’elle ne soit ours, et lapin
J’ai découpée son ombre d’elle en six morceaux
J’ai rangé son ombre d’elle dans ma valise
Je peux emmener partout son ombre d’elle qui n’est plus
Parcourir le monde, lui parler, partager, vivre des trucs insensés
Fabriquer des souvenirs avec cette ombre d’elle rangée dans ma valise
J’ai un album photos de tous nos voyages
Sur l’une des photos, on nous voit attraper le bonheur
Avec un filet à papillon.