Le matin fait de tous les tissus humides
Qui me suivent sur les pavés
Ça a des formes de nuages
Ça a des formes de choses connues
Le café pas trop tard
Pas trop tot
Pas trop fort « on sera pas énervés »
Les miettes de speculos
Et la crasse entassés sous les
Grilles-passoires du quai


La journée apprendre les
Petites échardes dans les doigts et
à faire et defaire les nœuds
Apprendre à se cacher dans le velour noir bleu
Et très lourd et pas très causant
Apprendre les petites échardes et
Le son de la lame de métal
Le tout bientôt réglé
Et on est presque millimétrés


Après c’est presque les fins de journée
Beaucoup de bulles dans le verre
Et des restes de peinture mat
Sous les ongles laisse les pousser
C’est les mêmes casquettes au dessus
Des barbes camaïeux de gris

J’attends qu’il soit midi de la nuit

Je garde en tête
Le table, le contre plaqué blanc avec
Les matières comme au bord de la mer
Ce qu’on a laissé couler
Du verre dépoli
Des écritures comme une autre langue
Des bribes de goût
Et celui de tes lèvres
La table qui raconte
La veille anticipée et
Les basses c’est pas un peu fort?
Qui essayaient de cacher le coin
De tes mots


J’ai encore en tête
La ceinture de tes pupilles, j’essaye
Y’a comme une rivière qui passe
Dedans et pas si loin
Des tâches de couleurs,
Comme celles sur mon écran
Comme les fautes que je lis
Elles sont faites avec
De l’encre hyper épaisse
Elles font plisser le coin
De mes paupières


J’ai dans ma tête
Des jardins ocres


J’ai des reflets au bout des doigts
Est-ce que je veux les partager?

Mes cheveux-chanvre
Des doigts comme des bides à bière
J’ai les mains qui craquèlent
Elles sont aussi roses-pointe-de-sang
Que tes pommettes
Aussi crocodiles que les autres hivers
Et quand ce sera pâle et tout blanc
Et quand ce sera comme de la cire
Et quand tu auras des larmes
Qui feront des tâches sur le goudron
Qui feront des trous dans la neige
Des trous de pattes de chat
Des trous comme les petits trous
À la surface de la peau
Les petits trous que j’imagine
À la surface de la lune
Quand le soir tu me regarderas
Avec la lampe presque bougie
La lampe qui fait comme
Des coulures
Comme celles sur nos joues
Qui viennent saler
Le bout de ma langue
Quand le poivre
C’est le froid dans le creux
De mes mains qui craquèlent
Alors je m’endormirai.