Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Sacha Rivari

  • En ce premier Instant
    L’ Aube, le Couchant
    N’existent plus.

    À l’ heure où tu t’Endors
    En ton cœur Ralenti…

    Au mien qui bât Plus Fort ;
    Inversement Proportionnel !

    En cet Instant de Fer
    Où mes vers malhabiles
    Se mêlent, Psalmodiés,
    À ceux que tu m’avais laissé.

    En cet Instant de Feu
    – Étrange, mes mains ne 
    Tremblent pas –
    J’y parsème
    – Incertaine –
    Mes expirations.

    Elles ravivent
    La Matière
    Qui s’était Embrasée…
    Elles nous Embrasseront.

    Mais je sais bien
    Pourtant
    – Que lâche ou Prisonnière-
    Je garderai secrets
    Ces Amoncellements!

    En cet Instant Perché
    Au bord de l’Iréel,
    Nos pulsations Liées
    Frôlent jusqu’à tes lèvres;
    Tes yeux Abandonnés;

    De Gainsbourg à Cendrars;
    De Cendrars à Ferré…

    En cet instant Précis,
    Je me sens Expulsée,
    Par-delà les fenêtres,
    Aux Cimes des Marronniers…

    En ce premier Instant
    Nos veines en Kilomètres
    – Imprudentes-
    Se souviennent.

    Comment les honorer?

  • Le temps
    Est un kaléidoscope
    Avide de signes indéchiffrables
    En tourbillons ;
    De ses fragments en vitraux
    Me parvient ta voix désirée…

    Mon territoire aride,
    Ton territoire perdu,
    Dans le dédale de l’oubli
    Ne font plus qu’un;
    Ils peuvent se toucher…

    Tout comme 
    Au temps de notre intimité
    Que l’on croyait
    Acquise et due…
    Ses contours déformés
    Me sauvent de la morsure.

    Le grain
    De ta voix
    Ne désertera pas mes tympans :
    Bande-son intarissable
    Où je frissonne de plaisir
    Et de larmes…

    Et ce grain
    Prend corps ;
    Il envahit mon corps ;
    Et je bénis ce doux dialogue.

    Fantôme,
    Pardonne-m’en,
    Je ne saurai 
    Te laisser te reposer !
    J’aspire trop à tes cendres;
    Je les respire
    Comme
    Le parfum de ta chevelure
    Qui appelle au toucher !

    Les photographies
    Ne me sont
    D’aucun secours ;
    Vides de tes vibrations !

    Seules me reviennent
    Les couleurs
    Dont tu aimais te parer;
    Elles s’ancrent dans mes rétines,
    Derrière mes paupières closes…

    Notre passé est 
    Une extension de mon corps
    Plus naturelle
    Que la rotation de la terre 
    Sur elle-même :
    Cela ne m’est pas douloureux.

  • Je ne suis pas
    Une terre docile
    Ou germent
    Les mythes des aïeux…

    Les sédiments qui me façonnent
    Ne sont pas
    Immobiles.

    Je ne suis pas de ceux
    Qui se contentent
    De l’eau calme des lacs
    Où s’enlise
    La parole qui libère…

    Je ne suis pas de ceux
    Qui refusent
    De gravir les monts rocailleux.

    Désormais
    Le passé
    Demeurera le passé 
    Je le désarmerai…

    Désormais
    J’ouvrirai
    Mes sens aux éléments ;
    Je ne serai des impatients
    Aveugles
    Aux beautés.

    Désormais
    J’accepterai tes bras
    Loin
    De leur leg désavoué.

    Désormais ; Désormais
    Je prends
    Les chemins ouverts ;
    Mes pas moins hésitants,
    Je délaisse
    Les sans-issus…

    Désormais ; Désormais
    La colère, le pardon
    Ne m’appartiennent plus; 
    Forte de ta naissance,
    Mes plaies
    Se cicatrisent ;
    Perdent de leur puissance…

    Désormais ; Désormais,
    Je suis moi
    Lentement ;
    Je suis moi 
    Simplement.
    Et je deviens notre boussole.

    Désormais ; Désormais,
    J’observe notre évidence
    D’être 
    Entières
    L’une à l’autre:
    Étonnement sans fin

  • Au premier instant de la première nuit
    Elle avait veillé le nourrisson. Le nourrisson tout juste né en silence…
    En silence il lui avait sourit et tout s’était éclairé.

    Éclairé d’une lumière forte qui suspendait le temps. Le temps contre lequel il lui avait toujours semblé lutter; 
    Lutter, douce, fébrile, désespérée ;
    Désespérée dans son enfance inversée…

    Inversée à veiller sur les autres, comme mue par une contagion! Contagion à laquelle elle cédait ; Dont il faudrait bien se délester…

    Se délester pour que l’enfant quitte la fusion; Quitte la fusion pour devenir une et plusieurs !

    Une et plusieurs au grée de la terre en mouvement ; Mouvement qui toujours l’avait effrayée : orage assourdissant !

    Assourdissant en ses nuits fondatrices où elle avait vogué au bord du gouffre !

    Gouffre dont l’esprit et le coeur ne se défont qu’au prix d’un lent voyage !

    Voyage intérieur, discret, qui cette première nuit s’ était clos.

    S’était clos alors qu’elle avait pensé. 

    Pensé et crier comme une nouvelle certitude; Certitude subite :  » Je suis quelqu’un de bien ! » 

    Quelqu’un de bien et la honte s’était éloignée : vaincue enfin.

    Vaincue alors qu’elle lui donnait son nom auquel le nouveau né lui répondit dans un souffle d’instinct!

    Un souffle d’instinct qui scella le plus secret serment; Serment d’amour muet; Muet. Muet et évident.

  • Je crois
    que je n’ai jamais aimé
    L’été…

    Enfant,
    Il m’était
    Solitaire.

    Il m’engourdissait le corps et  l’esprit.

    Juin, Juillet, Août
    me volaient
    le langage
    Et j’arrivais muette aux amis retrouvés !

    Je n’oublierai
    Jamais
    Cette
    violence saisonnière
    Et le souvenir
    D’une naissance estivale
    Prometteuse
    De peurs intimes.

    Je ne pourrais affirmer
    Que l’automne
    Me portait
    En félicité
    Mais il me délivrait
    d’une écrasante retraite
    Et me promettait

    L’hiver
    Réconfortant !

    Je reste
    un être
    Des saisons
    Rudes :

    J’y retrouve le goût de marcher ;
    De lire ;
    D’écrire ;
    De parler au matin
    Et d’observer une nature en contrastes!

    L’été me vole
    Mes rythmes
    Rituels :


    Les longues soirées de discussions
    Ne m’égaient pas !

    Je préfère
    Me coucher
    À l’heure de l’astre d’or
    où je peux
    Guetter
    les rumeurs de la maison
    Qui me bercent jusqu’au sommeil…

    Au réveil d’été,
    Le soleil me précède
    Et dévore mon plus pur plaisir :
    Mes insomnies,
    A moi seule
    Dédiées…
    les heures lentes de pénombre
    où le mystère
    Et le danger
    Sont moins des craintes que des alliés !

    Le délire sur lequel je vogue sans m’inquiéter !
    Il me permet
    souvent
    De remplir
    Mes carnets !

    Peut-être un jour
    Aimerais-je l’été ;
    Comme certains créent
    Leur premier  noël !
    Pour être heureux faut-il d’abord l’imaginer ?
    Encore faut-il vraiment
    Le désirer.

  • M’aimes-tu quand ça crie ?
    Je t’aime avec ma voix !
    Le verbe m’a terrassée.

    M’aimes-tu quand ça pleure ?
    Je t’aime plus encore !
    Les paupières m’ont cachées.

    M’aimes-tu quand nos corps se serrent ?
    Je t’aime avec ma peau !
    Mon ventre m’a essoufflée,
    L’air échangé l’avait atrophié.

    M’aimes-tu par le rythme de nos deux pas unis ?
    Il m’apaise de son jeu si gai !
    Notre marche m’a égratignée
    Je n’aime vraiment, je crois, que la lande seule à seule.

    M’aimes-tu quand la pluie bât fort à nos fenêtres ?
    Elle me rend si confiant !
    La pluie qui ruisselle sur ma peau m’a enchantée.

    M’aimes-tu avec ma folie ?
    Je ne peux que l’aimer !
    Les pierres et les planètes m’ont confié leur secret. Je le préserverai !

    M’aimes-tu avec ma folie ?
    Bien plus qu’avec leur santé !
    Ils m’ont lacérée la bouche et les yeux ; et tant de choses encore que je ne saurais les nommer.

    M’aimes-tu pour la tendresse de mes yeux ?
    Leur couleur brune m’a sauvé!
    Et lorsqu’ils se voilent ?
    Ils me sauvent de même !

    M’aimes-tu quand ça n’essaie plus ?
    Je ne pourrais me résigner !
    Ta force m’a renversée,
    Portée vers un ailleurs perdu 
    Plus clément que ce monde 
    Que je ne comprends pas !

    M’aimes-tu sans raison ?
    Tes mains m’ont toujours recréées !
    Tes mains ont toujours su me regarder.

  • Elle est apparue comme un mirage, un jour de février… L’été et le soleil brûlant ne pouvaient pourtant pas troubler nos vues.

    Elle m’a émue de sa présence et j’ai lancé mes bras vers elle pour la bercer.

    Elle est apparue sept ans après moi ; Comme un radeau dans la tempête ; Comme une chance à ne pas lâcher…

    Elle était belle et je pressentais qu’elle ferait de grandes choses ;  par notre amour portée ; Par l’audace qui émanait d’elle à chaque instant ; Son rayonnement.

    Elle apprît le violon, la guitare, le piano; le théâtre aussi…Mais surtout le savoir d’être au monde; sûre mais sans prétention , à l’écoute et tellement gaie!

    De mon côté, j’appris moi aussi bien des choses : la harpe, le dessin, un peu de chant; l’art d’écrire…Mais je me sentais malhabile; dans une bulle protectrice mais une bulle de fer hermétique au monde.

    Cette sœur adorée ; enviée, jalousée parfois – l’esprit se fait souvent mesquin – je l’ai choyée comme je pouvais ! Je l’ai surprise par de petits présents ! J’ai tenté de l’aimer malgré l’absence, en somme. Je crois que j’y suis parvenue…

    Puis, le départ d’un père, qui fend la terre plus sûrement qu’un séisme, nous a pour un temps séparées. J’aurais aimé, ma toute petite, t’épauler. Mais murée dans mon propre deuil, je n’ai pu que t’abandonner à l’âge singulier de l’adolescence.

    Adultes, réunies, nos liens se sont resserrés et la petite s’est muée souvent en protectrice telle une grande sœur. Les liens changent parfois ; j’essaie de l’accepter ; L’esprit est souvent orgueilleux !

    Ma sœur est devenue, mon adorée, plasticienne ; Créatrice d’œuvres apaisantes qui nous suspendent hors du temps ! Je suis un peu fière d’avoir pressenti cette force en elle!

    Il me reste à aimer mes propres œuvres pour mieux encore vivre les liens que nous avons, beau temps et mauvais temps, su préserver.

  • Elle était
    Apparue
    Sept ans après moi.
    Radeau inespéré dans la tempête !

    Elle était
    Apparue comme un mirage un jour de février!
    L’été
    Et son soleil brûlant
    Ne pouvaient pourtant pas
    Troubler nos vues.

    Elle était
    Belle
    Et je sentais
    Qu’elle ferait de grandes choses !

    L’audace émanait
    D’elle
    À chaque instant !
    Elle rayonnait.

    J’aurais aimé
    Souvent
    La serrer contre moi !
    L’âme et le cœur savent se censurer.

    Nous reçûmes le meilleur :
    À elle les cordes de la guitare et du piano !
    A moi celles de la harpe… Et une plume.
    L’avenir se joue pourtant des illusions;
    Nos routes se firent parallèles…

    Elle eut
    Le savoir
    D’être aux autres :
    Sûre mais sans prétention;
    À l’écoute :
    Et tellement gaie!
    Pour cette sœur fascinée
    – Enviée et jalousée –
    j’ai tenté par l’amour de déjouer l’absence!

    L’esprit est paradoxe !
    Moi
    Je me sentais malhabile…
    Prise dans une
    Bulle de fer ;
    Et je défiais quiconque de la transpercer.

    Après
    Bien des écarts
    Je me suis faite poétesse ;
    L’esprit sait si bien se piéger!
    Ma soeur est
    Créatrice
    D’oeuvres monumentales,
    Qui nous mènent hors du temps
    Et de l’espace
    En des lieux inaccessibles et apaisants.

    Adulte,
    Nos liens
    Se sont réinventés.
    Mon adorée
    S’est soudain muée
    En protectrice…
    J’essaie de l’accepter.
    L’esprit sait bien se perdre en arrogance !

    Il me reste pour préserver
    Ces deux soeurs
    Qui s’aiment
    Retenues
    De fils insaisis
    D’éclater cette bulle geolière
    De par ma force et mon désir !

    Et nous pourrons,
    Enfin,
    Sensiblement,
    Nous rencontrer.

  • Sois vive oh ma fierté 
    Plus vive que ta peur 

    Facile sera la honte
    Compagne de l’immobile

    Sois vive oh ma fierté 
    Grandir  c’est traverser
    Montagnes et forêts 
    Le plus souvent sans guide
    Se perdre ou se blesser
    Et risquer la relève 

    Sois vive oh ma fierté 
    Tu n’es pas seule sur ce sentier 

    Sois vive oh ma fierté 
    De ces égratignures 
    Des chemins hors balises
    Des branches qui craquent sous tes pas
    Des monts trop hauts pour être gravis aujourd’hui 

    Sois vive oh ma fierté 
    D’avoir conquis seule ton visage relevé 
    Tel l’enfant placé dans un lit sans histoire 
    Dans un lit non bordé 
    Blotti dans les bras de la honte 
    Et non ceux des rêves souhaités 

    Sois vive oh ma fierté 
    De tout ce qui t’habite
    Tout l’amour qui t’habite
    De l’asphalte des cités arpentées 
    Des mots qui te préservent des cauchemars de ton labyrinthe insatiable 
    De ta famille bâtie 
    De longue haleine rêvée 
    Cette enfant farouchement portée 
    Et tendrement bercée
    De sa joie qui explose 
    Sa gaieté qui désarme 

    Sois vive oh ma fierté 

    Ne prends pas cette chance pour un miracle
    Ne t’en prive par habitudes 
    Tu peux te l’accorder
    Tu n’as rien à y perdre

    Sois vive oh ma fierté 
    Oublie d’être parfaite
    La quête serait vaincue
    Et nul ne te le souhaites !

  • Tandis que tout vacille 
    Tu chercheras la route
    Tu te perdras d’abord
    Comme un cri au dedans 

    Tandis que tout vacille 
    Il te faudra sourire
    Tenir le dos bien droit
    Tresser fort tes cheveux 
    Calligraphier sans ratures tes cahiers
    Récolter les bons points 
    Et mentir droit devant 

    Tandis que tout vacille 
    Tes mains ne devront pas les ensevelir 
    Rien ne t’y oblige 
    Elles ne les recouvriront pas de terre ou de fleurs 
    Sauf si ton corps te le demande 
    Tu ne leur portera pas d’hommage
    Tu ne leur dois ni ton chant ni ta voix

    Tandis que tout vacille 
    Depuis le liquide amniotique 
    Tu perdras l’illusion 
    De la toute puissance 
    À panser les plaies insondables 
    De leur naufrage 
    Le sextant de leur perte ne sera pas le tien
    Tes propres écumes seront ta survie
    Ton droit et ton devoir 

    Tandis que tout vacille 
    Il te faudra risquer 
    La chance facile à ignorer 
    Arracher l’épiderme 
    Des doutes forts ancrés 
    Et risquer la confiance
    De ton regard 
    Il te portera loin

    Tandis que tout vacille 
    Tandis que tout vacille 
    Tu n’auras plus besoin de mentir droit devant 
    Le temps en sera résolu 
    Tu n’auras plus peur de trembler 
    Ni d’accomplir ce qui te semble bon
    Le temps en sera résolu 
    Et tu iras en paix 
    Rien d’autre ne comptera