Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Sacha Rivari

  • M’aimes-tu quand ça crie ?
    Je t’aime avec ma voix !
    Le verbe m’a terrassée.

    M’aimes-tu quand ça pleure ?
    Je t’aime plus encore !
    Les paupières m’ont cachées.

    M’aimes-tu quand nos corps se serrent ?
    Je t’aime avec ma peau !
    Mon ventre m’a essoufflée,
    L’air échangé l’avait atrophié.

    M’aimes-tu par le rythme de nos deux pas unis ?
    Il m’apaise de son jeu si gai !
    Notre marche m’a égratignée
    Je n’aime vraiment, je crois, que la lande seule à seule.

    M’aimes-tu quand la pluie bât fort à nos fenêtres ?
    Elle me rend si confiant !
    La pluie qui ruisselle sur ma peau m’a enchantée.

    M’aimes-tu avec ma folie ?
    Je ne peux que l’aimer !
    Les pierres et les planètes m’ont confié leur secret. Je le préserverai !

    M’aimes-tu avec ma folie ?
    Bien plus qu’avec leur santé !
    Ils m’ont lacérée la bouche et les yeux ; et tant de choses encore que je ne saurais les nommer.

    M’aimes-tu pour la tendresse de mes yeux ?
    Leur couleur brune m’a sauvé!
    Et lorsqu’ils se voilent ?
    Ils me sauvent de même !

    M’aimes-tu quand ça n’essaie plus ?
    Je ne pourrais me résigner !
    Ta force m’a renversée,
    Portée vers un ailleurs perdu 
    Plus clément que ce monde 
    Que je ne comprends pas !

    M’aimes-tu sans raison ?
    Tes mains m’ont toujours recréées !
    Tes mains ont toujours su me regarder.

  • Elle est apparue comme un mirage, un jour de février… L’été et le soleil brûlant ne pouvaient pourtant pas troubler nos vues.

    Elle m’a émue de sa présence et j’ai lancé mes bras vers elle pour la bercer.

    Elle est apparue sept ans après moi ; Comme un radeau dans la tempête ; Comme une chance à ne pas lâcher…

    Elle était belle et je pressentais qu’elle ferait de grandes choses ;  par notre amour portée ; Par l’audace qui émanait d’elle à chaque instant ; Son rayonnement.

    Elle apprît le violon, la guitare, le piano; le théâtre aussi…Mais surtout le savoir d’être au monde; sûre mais sans prétention , à l’écoute et tellement gaie!

    De mon côté, j’appris moi aussi bien des choses : la harpe, le dessin, un peu de chant; l’art d’écrire…Mais je me sentais malhabile; dans une bulle protectrice mais une bulle de fer hermétique au monde.

    Cette sœur adorée ; enviée, jalousée parfois – l’esprit se fait souvent mesquin – je l’ai choyée comme je pouvais ! Je l’ai surprise par de petits présents ! J’ai tenté de l’aimer malgré l’absence, en somme. Je crois que j’y suis parvenue…

    Puis, le départ d’un père, qui fend la terre plus sûrement qu’un séisme, nous a pour un temps séparées. J’aurais aimé, ma toute petite, t’épauler. Mais murée dans mon propre deuil, je n’ai pu que t’abandonner à l’âge singulier de l’adolescence.

    Adultes, réunies, nos liens se sont resserrés et la petite s’est muée souvent en protectrice telle une grande sœur. Les liens changent parfois ; j’essaie de l’accepter ; L’esprit est souvent orgueilleux !

    Ma sœur est devenue, mon adorée, plasticienne ; Créatrice d’œuvres apaisantes qui nous suspendent hors du temps ! Je suis un peu fière d’avoir pressenti cette force en elle!

    Il me reste à aimer mes propres œuvres pour mieux encore vivre les liens que nous avons, beau temps et mauvais temps, su préserver.

  • Elle était
    Apparue
    Sept ans après moi.
    Radeau inespéré dans la tempête !

    Elle était
    Apparue comme un mirage un jour de février!
    L’été
    Et son soleil brûlant
    Ne pouvaient pourtant pas
    Troubler nos vues.

    Elle était
    Belle
    Et je sentais
    Qu’elle ferait de grandes choses !

    L’audace émanait
    D’elle
    À chaque instant !
    Elle rayonnait.

    J’aurais aimé
    Souvent
    La serrer contre moi !
    L’âme et le cœur savent se censurer.

    Nous reçûmes le meilleur :
    À elle les cordes de la guitare et du piano !
    A moi celles de la harpe… Et une plume.
    L’avenir se joue pourtant des illusions;
    Nos routes se firent parallèles…

    Elle eut
    Le savoir
    D’être aux autres :
    Sûre mais sans prétention;
    À l’écoute :
    Et tellement gaie!
    Pour cette sœur fascinée
    – Enviée et jalousée –
    j’ai tenté par l’amour de déjouer l’absence!

    L’esprit est paradoxe !
    Moi
    Je me sentais malhabile…
    Prise dans une
    Bulle de fer ;
    Et je défiais quiconque de la transpercer.

    Après
    Bien des écarts
    Je me suis faite poétesse ;
    L’esprit sait si bien se piéger!
    Ma soeur est
    Créatrice
    D’oeuvres monumentales,
    Qui nous mènent hors du temps
    Et de l’espace
    En des lieux inaccessibles et apaisants.

    Adulte,
    Nos liens
    Se sont réinventés.
    Mon adorée
    S’est soudain muée
    En protectrice…
    J’essaie de l’accepter.
    L’esprit sait bien se perdre en arrogance !

    Il me reste pour préserver
    Ces deux soeurs
    Qui s’aiment
    Retenues
    De fils insaisis
    D’éclater cette bulle geolière
    De par ma force et mon désir !

    Et nous pourrons,
    Enfin,
    Sensiblement,
    Nous rencontrer.

  • Le bars – le barde, le troubadour – avait bâti des villes, peint cent visages, mille paysages !

    Albert avait taillé le marbre et le granit et fondé un foyer dont j’étais – Charlotte – le dernier enfant.

    J’ai cru en ce troubadour et en la lignée ; Au liens qui unissent la terre aux hommes et les fantômes aux vivants! J’ai cru au désir et à l’espoir ; Aux chemins à parcourir. Ainsi mon enfant s’est appelée Albertine. La foi est un passager clandestin.

    Charlotte Le Bars, j’avais – enfant bardesse – pour porter ma voix les vibrations de ma harpe. Mais elle est devenue totem à qui tout sacrifier. Je ne pouvais lui rester fidèle.

    Pour devenir troubadouresse, Charlotte est devenue Sacha : femme forte, femme protectrice et femme enfantée du chaos; Poétesse synesthésique.

    Mais l’encre du destin sur le papier de nos peaux passagères ne m’appartenait pas ! Je ne pouvais que l’emprunter pour une prière d’écrivaine qui se passe d’église.

    Je ne suis pas une prophétesse; Je ne porte que l’émotion de mes bribes de vie afin qu’elle deviennent votre le temps d’un récit que je ne saurais clore. Je n’en ai pas la clé; L’écriture me l’a dérobée.

  • Elle me cloue au sol en des heures sans fin;
    Et les jours sont semblables et les calendriers n’ont plus de sens
    Si ce n’est de lier les jours inavouables 
    De son départ et de ton départ !

    Les orphelins sont-ils toujours aussi honteux ?

    Connais-tu ma tristesse ?

    Elle que je suis partout et qui me suit partout.

    Connais-tu ma tristesse ?

    Elle a le son du silence qui gronde en mon immobilité. Rien d’autre n’est au monde,
    Ni mon souffle, ni celui de l’enfant d’hier,
    Ni vos deux voix devenues si tôt indéfinies !

    Connais-tu la tristesse ?

    Fraternité damnée !
    L’absence, amie en la chair scellée !
    Et la joie incertaine,
    Compagne de haute lutte,
    Devenue seule dignité.
    Et l’espoir plaie ouverte !
    Comment le déserter quand le sourire des 
    Ombres au cœur s’enchaîne ?

    Connais-tu la tristesse ?

    Houle vive conquérante où se noient les étrangers à la peine. Les esquifs du réconfort tour à tour s’y brisent.

    Connais-tu la tristesse ?

    Pour elle, on promet tout et par elle, tout advient.

    Pour elle, de lui j’ai tout refusé .
    Il ne pouvait demeurer que le vide.

    Pour elle, de toi j’ai tout accepté, jusqu’au parfum que tu aimais, que je dépose sur ma nuque aujourd’hui.

    Connais-tu ma tristesse ?

    Ne l’ais-je criée à chaque ligne ? Puisses-tu me l’accorder encore un peu !

    Connais-tu mon amour ?

    Je l’avais ensevelie au plus profond de ma colère. Je n’ai pas su l’exhumer à temps !

    Connais-tu mon amour ?

    Il ressurgit aux cendres littorales alors qu’il se fait tard. Toi seule peut l’accepter, comme le peuvent les mères. Je le sens en mon âme à présent.

    Connais-tu mon amour ?
    Connais-tu ma tristesse ?
    Connais-tu ma tristesse ?

  • Les années passent 

    Un village terne
    Un arrêt de bus imprécis 
    Des étreintes folles 
    De rendez-vous en imprévus

    Une maison austère 
    Murs blancs
    Façades blanches 

    Au dehors un noyer 
    Des mûres et des framboises 
    Un banc pour déjeuner 
    Au son d’une radio 

    Personne n’y vient jamais 
    Le temps y passe lent
    Et nous aimons cela

    En d’autre temps 

    Les années passent 

    Une façade de vigne-vierge 

    Un clair-obscur à travers les vitraux 
    Plume d’or à l’encre turquoise 
    Sous-main de cuir brun
    Que j’aime et qui m’effraie 

    Des horloges à rebours 
    Confinent aux aïeux 
    On y cherche le jour 
    Les jeux sont pétrifiés 

    Devant la vigne-vierge 
    On dessine une marelles 
    À quoi bon la terre et le ciel
    Quand on lance seul le galet 

    Les papiers peints trop sombres 
    Me guettent en insomnies
    Et me mènent en rêve 
    vers une autre maison

    Une toute petite
    Aux chambres mansardées 
    Les lits à même le sol
    De livres parsemés 

    Au rez-de-chaussée 
    Un vaisselier chinois antique
    Une télévision obsolète 
    Des cigarettes consumées 

    Un café à partager
    Pour des amis 
    venus se réchauffer 
    Au foyer des conversations 

    Les années passent

    Derrière les façades blanches 
    Chacun a pris sa place
    Toi le domaine des toiles immenses 
    Moi l’étendue des cordes qui résonnent 

    Peu de mots échangés 
    Dans l’absolue complicité

  • Aube ne s’expliquait pas son prénom ; Aussi doux qu’Aimée ou Désirée; Ou même Étoile !

    Elle aurait adoré se prénommer Étoile mais nul n’aurait ainsi nommé son enfant, du moins pas dans le monde où elle était née…

    « Ma mère ne me dis jamais je t’aime; Ne me cajole pas plus; Ne m’offre pas ses bras. Ils me sont refusés tout simplement. Elle ne m’aime pas. Peut-être le tient-elle de la guerre qui l’aurait abîmée ; peut-être le tient-elle d’un père parti trop tôt…A-t-elle seulement aimé son ventre rond ? Peu m’importe. Seuls comptent le présent, la survie, et l’avenir un peu aussi. »

    Cette rengaine battait les oreilles d’Aube; Tout comme les mesquineries, si peu masquées, dont tous étaient les témoins résignés! 

    « Une souillon », entendaient les frères épargnés; « Une fille-garçon », les voisins bien indifférents…
    « Elle ne tient que de toi! », le père tout aussi méprisé, rudoyé que la jeune fille…

    « Dieux, que je voudrais la haïr ! Je manque d’imagination à ce jeu de la cruauté… ». Puis, pour un peu de réconfort : « Jamais, oh non jamais-je le jure !- je ne prononcerai ces mots maudits… Ils périront avec elle. »

  • Tu es le clandestin 
    Tu es l’aventurier 

    Le nomade-inventeur

    Toutes les rues
    De toutes les villes 
    Sont les tiennes 

    Tu en fais la lumière 
    Et les obscurités 

    Je garde les jardins ; J’en créerai les méandres invisibles !

    Dans tes empreintes, solitaire, je suis passée. Comme toi, j’ai senti le mouvement de la vie ! Je n’ai pas erré au hasard; J’ai aboli les lois dans ma traversée!

    Tu me disais 
    N’écoute 
    Ni les itinéraires 
    Ni les destinations 

    j’ai marché aussi longtemps que le corps l’exige ; Sans crainte de l’éprouver par la fatigue…Suis-je devenue ta compagne anonyme ?

    Flâneurs 
    Unis
    Universels
    Vagabonds le temps d’exister 
    Sommes nous des démunis 
    Ou 
    Est-ce le monde 
    Qui nous appartient un peu 
    Le temps de déambuler ?

  • Le bars- le barde, le troubadour – avait bâti des villes, peint cent visages, mille paysages!

    Albert avait taillé le marbre et le granit et fondé un foyer dont j’étais – Charlotte – le dernier enfant.

    J’ai cru en ce troubadour et en la lignée ; Au liens qui unissent la terre aux hommes et les fantômes aux vivants! J’ai cru au désir et à l’espoir ; Aux chemins à parcourir. Ainsi mon enfant s’est appelée Albertine. La foi est un passager clandestin.

    Charlotte Le Bars, j’avais – enfant bardesse- pour porter ma voix les vibrations de ma harpe. Mais elle est devenue totem à qui tout sacrifier. Je ne pouvais lui rester fidèle.

    Pour devenir troubadouresse, Charlotte est devenue Sacha : femme forte, femme protectrice et femme enfantée du chaos; Poétesse synesthésique.

    Mais l’encre du destin sur le papier de nos peaux passagères ne m’appartenait pas ! Je ne pouvais que l’emprunter pour une prière d’écrivaine qui se passe d’église.

    Je ne suis pas une prophétesse; Je ne porte que l’émotion de mes bribes de vie afin qu’elle deviennent votre le temps d’un récit que je ne saurais clore. Je n’en ai pas la clé; L’écriture me l’a dérobée.

  • On les adore 
    Leurs sensibles couleurs 
    Leurs poésies lisières en horizon 

    On les adore 
    Leurs sensibles musiques 
    Sans boussoles à l’assaut de la vie 

    On s’en revêt 
    On prétend les saisir 
    Drapés de 
    Dignité 
    Gangrenés 
    D’ignorance 

    Mais les nommer 

    Cueillir d’instinct la force 

    Mais s’emporter 

    Embrasser l’intranquille 
    Étreindre les distances 
    Et ne pas les livrer
    Au glas des forteresses 
    Citadelles 
    En nos marges
    Où se rompent les latitudes 

    Mais leur tendre la main 
    À ces voix étouffées 
    Mais leur tendre la main 
    Aux larmes qui explosent 
    Mais leur tendre la main 
    Elles sont 
    L’ultime 
    Armée 
    De la guerre que se livrent 
    Les captifs 
    De nos certitudes 

    Ouvrir nos bras
    Nous ne le ferons pas
    Ouvrir nos bras 
    Nous n’avons 
    Jamais su

    Aux chimères grandies 
    Hors sillons 
    Hors les âges 
    Asilées en oubli
    Nourries de leurs seuls 
    Rêves 

    Et ne plus fuir 
    Accueillir l’évidence 
    Et ne plus fuir 
    Que des désarçonnés 
    Foulés aux pieds de nos 
    Frontières 
    Et de nos miroirs clos
    Dépend 
    La puissante beauté 
    De notre humanité