Neige en été

Quand elle le voit, elle l’embrasse pas. 

Elle fait ce hug un peu timide, les joues ne se touchent pas. 

Juste le parfum.

En soirée, elle fait ses trucs à droite, à gauche. Mais elle garde un œil sur lui. Même sans le regarder, c’est comme si, son esprit savait. Une boussole avec l’aiguille qui indique : Lui.

Comment l’expliquer. C’est comme vouloir de la neige en été. Elle est là, sur une serviette de plage, sous le soleil, avec un bon livre. Les enfants jouent dans le sable, elle a un peu de musique dans les oreilles. Juste assez pour ne pas couvrir le bruit des vagues. Et d’un coup, elle voudrait être dans ce canapé – deux places confortables, au coin d’une cheminée crépitante, blottie sous un plaid, pendant que le monde devient blanc. Ce sentiment-là.

Avec lui mais sans lui. 

Parfois elle lui écrit un message. Qu’elle efface. Puis recommence avec d’autres mots. Qu’elle efface à nouveau. La conversation a déjà eu lieu. Ou alors elle est en train d’exister. Dans sa tête. Mais elle se dit qu’il sait. 

Non, elle sait qu’il sait.

De toute façon, elle ne l’aime pas vraiment. 

Par contre elle l’adore.

Henri

Ton frère ne m’a pas raconté beaucoup de toi.

Juste, tu étais artiste. Et rêveur. Il y a toujours ce petit tableau peint par toi au mur de ma chambre.

Juste, tu n’as jamais travaillé, pas comme on l’entend. Tu te levais le matin et tu peignais. Autant que possible. Tes peintures te permettaient à peine de manger. Tes parents te donnaient un peu d’argent, quand ils pouvaient.

Juste, tu étais fragile, même avant de tomber malade. Tu étais la tristesse de la famille.

Tu as toujours été maigre.

Juste une photo en noir et blanc, c’est vrai que tu étais maigre. Et ce tableau peint de ta main, accroché au mur, face à moi.

Il est minuscule et plein de couleur. C’est la place d’un village de montagne où des gens passent.

Juste, tu peignais derrière la vitre.

La tuberculose te faisait craindre le froid.

Juste avant trente ans, tu es mort.

puisqu’il n’y a pas million de choses qui repose sur les genoux du monde ou les épaules de Darwin nous étions sommes ou seront ces animaux sauvages en mémoire nous rappelle que rien ni personne ne décide rien ni personne ne gouverne aucune frontière aucun mur aucun pays rien d’autre que la tendresse mais nous préférons ne pas la voir n’est ce pas nous préférons croire en la puissance d’un être sur un autre alors sur quels genoux reposer maintenant