Il m’arrive de mettre du sel sur mes plaies
La salaison reste une étape pour sublimer les goûts
Brulure par le sel, la cicatrise sèche, le temps de laisser croûter
Cuisson lente pour le cuir véritable

Tu sais la fois où la couture était à vif

Il m’arrive d’assaisonner mes plaies
Le plaisir de plaire, le cuir épais
La saison d’hiver pour chercher le réconfort
Le gras et le chaud pour réchauffer un intérieur à température négative
Il m’arrive de faire tomber de l’encre sur ma peau
Le tatouage invisible à l’œil nu, l’invincible douleur
Marqué par le plomb juste sous la peau
Souvenir en croûte, pour ne pas y penser tous les jours

Tu sais la fois où la morsure seule, te calmait

Il m’arrive de me taire, la bouche exigeante
La parole n’existe plus, le temps de l’écoute
Pour comprendre l’autre, le temps, puis la chute
Nous ne sommes pas les seuls à avoir des plaies d’encre sur nos dermes salés.

Une façon de poétiser

D’abord il faut s’assoir
D’abord il faut observer
Ensuite il faut du temps
De l’écoute

Le monde des gens de la gare
La tristesse et la joie
Des départs et des retours
De l’importance

Il faut se nourrir
Des échos du monde
Des livres et des mots
De l’intention

D’abord il faut vivre
D’abord il faut écrire
L’ordre peu importe
La fin peut-être

La chapelle est une maison
Pour les amoureux en besoin de prière
La chapelle a été construite sur la montagne
Pour que sa visite ressemble à un pèlerinage
La chapelle n’a pas de clé
Pas de vitraux et pas d’autel

Pourquoi faut-il des randonnées pour se rapprocher des cieux ?
Pourquoi les pierres sont si patientes ?
Pourquoi les montagnes n’ont jamais tort ?
Pourquoi faut-il des chapelles pour les cœurs amoureux ?

Pour vivre sans pourquoi, il faut faire de nos maisons des chapelles sur la montagne
Pour vivre sans pourquoi, il faut savoir plonger dans les paysages du monde