Metapoème

Les mots dégorgent

Ils dégorgent sur des papiers de sons
Des antennes de sens 
Les odeurs plein les trous des pages

Racines montantes
Mes yeux s’accrochent entre deux lignes
Les barres d’espace en lecture

Simple et pur mystère que ce canevas 

Qu’est-ce qui les tient les mots,
qui les tient ensemble ?
Quel lien sommaire, invisible et coriace ?

Je vois la phrase comme un chapelet
Un chapelets d’œufs à naître 
Petits grains noirs
Posés sur une flaque blanche

Pacte tacite, indéfectible 

Puzzle noué 

Les mots ne se délitent que sous nos pupilles ouvertes 
Monde silencieux qui se met à parler
Dans le noir des pupilles
Les miennes aussi se diffractent
Cherchent les interstices plus que les pavés 

Je les observe bien grand, ces mots
Entre deux lames
Je vois la vie qui circule

Poèmes mis en culture 
Dans nos boîtes de pétri

Une vie grouillante et sage
Pleine de ces mots alignés 

Eux, ils frissonnent d’être lus
– Jambes d’impatience –
Mais se tiennent là, toujours, droits 
Unis dans la page
Fidèles à leur fonction

Microcosme mystérieux et babile
Immobile

Et si l’écriture n’étaient que ces liens « entre »

Ces petits fils de rien

Ces vides à nourrir

Les mots fonctionnels 
Comme des briques utiles

Et l’écriture, les ellipses 

La phrase, une ligne d’eau 

Entre deux mots
Deux nœuds 
Ce câble qui sauve de la noyade
Puissant

Seulement le squelette de l’écrit 
Plus que ça 
Le câblage 
La trame essentielle et incomplète 

Pour le reste, nos respirations 

Les vivantes courbures