ce sera un soir
mes ongles crisseront
sur le bois ou le gravier
les oiseaux dormiront
au creux de haies drues
qu’on aura enfin décider
de laisser fleurir
sauvages
vous ne m’attendrez pas
car vous aurez cessé
de m’attendre
j’ouvrirai la porte
les mains tordues
séchées par l’oubli
et je vous regarderai
droit dans
la langue
ce sera l’heure du café
vos dents marrons ou trouées
ouvriront des mondes
enterrés sous la surface
vous n’aurez rien à crier
et tout à pardonner
de vos bras pendus
au ciel d’acier trempé
vous me montrerez
nos terres englouties
par l’aigreur des nuages
et le long de nos trachées
le silence sortira brut
de son nid
gangrené
ce sera un matin
mes jambes écorcées
aux racines arrachées
longeront fiévreuses
vos îles-talus
vous me parlerez d’un temps
où je n’étais pas née
quand vos champs
brillants
buvaient encore
la lumière
et vous donnaient
de quoi manger
vous reconnaîtrez
enfin les brulures
et les trous creusés
à même la chaire
argileuse en surface
granitique en profondeur
ce sera l’heure du vin
vos mains de grés
que j’ai tant cherché
à ensevelir
trouveront
dans le vent d’avril
un chemin jusqu’à
la mousse trouble
de mes bajoues
nous ne porterons plus
la honte
d’avoir détruit l’envers
et l’endroit de nos vies
nous existerons
pour de bon
en marécages