Je passe la porte vitrée du magasin. Je prends une lente et profonde inspiration. Et tandis que j’avance au milieu des allées sous les néons et les promotions, mes yeux voient tout ça, tous ces objets pour tous ces gens. Toutes ces choses dont on n’a pas besoin et qui deviennent attractives. On les veut pour soi. Et alors

je me demande qu’est-ce qu’ils nous vendront
quand tout sera plein
toutes les maisons
tous les appartements
de tous les français
les salons, remplis
les tiroirs, bouchés
tout tout sera plein
le sol on le verra plus
ma bouche sera pleine
ta bouche sera pleine aussi et vomit dans la mienne
tout tout sera plein
les placards déborderont et on chiera des objets
une fourchette
un canapé dernier cri
je décore ta maison de merdes en plastique
tout tout sera plein
et on mangera du papier d’emballage et des sacs compostables

Une puissante alarme déchire ma pensée. Je me tourne et observe la vitrine brisée par la violence de l’impact. Des gens se sont énervés. C’est dangereux de laisser croire au désir illimité d’objets. Des gens qui ne pouvaient pas les acheter et des gens qui ne voulaient pas les vouloir. Ils se sont énervés, ils ont tout cassé. Je cours au milieu du verre brisé.