Je sais le chagrin d’un enfant
Et pourtant
Et pourtant
je respire les embruns de ses tempêtes de mer agitée
Je tente de stopper l’avalanche au bord du ravin
je compte les pierres lourdes dans son sac à dos
je pleure ses douleurs chargées
dans les veines de chaque aube naissante
je suis impuissante
Je sais le chagrin d’un enfant
Et pourtant
Et pourtant
je vois son regard tourné vers une fenêtre murée
j’entends ses trémolos de sanglots dans la gorge
je lèche ses larmes de sel au bord des cils
elles me cherchent fermée sous mes paupières
il me guette sur le seuil
j’entends ses cris d’abandon et le deuil
je sais le chagrin d’un enfant
il met sa peine dans sa cave
il met sa haine derrière des barbelés
il met sa peur dans ses poches
il met ses pleurs dans le silence
il met des fleurs sur ma tombe
et ça me fait l’effet d’une bombe
Je sais le chagrin d’un enfant
Et pourtant
Et pourtant
je suis partie
oh ! je reste sans mot dire
l’amour peut trahir
je ne suis plus que souvenirs
je sais le chagrin d’un enfant
il me croit toute puissante
je suis impuissante
oh oui ! je sais le chagrin d’un enfant
Tag / Blues avec Le Roi Jones et Else Lasker-Schüler
J’ai creusé la terre, j’ai creusé
la terre riche d’ici les plantations
ont donné de quoi nourrir ma famille
la terre trouée déchirée en friches
au ventre ni chou ni refuge
il a fallu replanter
J’ai élevé des bêtes, j’ai élevé
poules, lapins, cochons, bovins
tous menés à l’abattoir
bocage bêlant sa peur et sa mort
la terre en sang perdue percée
il a fallu hypothéquer
J’ai plié nos souvenirs, j’ai plié
dans le bas de l’armoire
le linge ancien, les lins épais
les souvenirs cousus aux champs
sa valeur divisée et la mémoire rompue
il a fallu vendre
Il a fallu vider la ferme et le ventre
il a fallu replier nos grondements
de colère et notre désespoir
nos voix sous la peau qu’il a fallu taire
il a fallu vider et éparpiller
des souvenirs de famille
et le hameau devenu village
est un visage perdu