En dents

Tu as été cette enfant avec un trou à la place d’une dent de devant. Tu as pleuré, mais pas longtemps. Tu passais ta langue sur ta gencive, c’était doux, un peu bizarre ce trou. Tu étais fière, grande, ils allaient voir à l’école.


Tu es devenue cette femme qui encadre de rouge le blanc de ses dents définitives. Tu marques mon col, peins mon cou de tes lèvres, mais ça c’est un secret. Tu souris beaucoup, il faut arrêter. Ça me donne envie de t’embrasser, de devenir à ta bouche moi aussi définitif.

Vague et rivage

J’ai été l’eau tranquille coulant paisiblement comme celle de la fontaine, se perdant sur le sol quand personne n’avait soif. Gouttes sans importance que nul n’osait goûter. Un jour, tu as eu soif et tu t’es arrêté là juste devant moi. Tu as bu
de mon eau.

Alors, je suis devenue vague découvrant son rivage, je venais caresser par les jours magnifiques, le grain de ton corps sage ; tu défaisais le mien, voyais mes paysages. Je venais t’embrasser tout au bord de tes yeux. Par les jours de pluie, de gros temps, de tempête, je lêchais toutes tes larmes, mêlais les miennes avec.


Fou, tu prenais mes baisers comme des milliers d’embruns. Tu t’es même perdu dans mes cheveux épars. Arabesques, étincelles t’entourant tout entier.

Flux, reflux. Vague et rivage infiniment s’enlacent. Ensemble, nous sommes devenus ce mouvement éternel.