Faire le premier pas sans avancer, un pas devant l’autre, revenir en arrière, un pas après l’autre, avancer à reculons, ne pas oser, être dévorée par l’envie, l’envie de dire sans dire, l’envie de se taire en parlant, parce que trop de choses à dire, ou pas assez, ou tellement trop que finalement plus rien. Rien ne sort, ne sort plus, aucun son ici ne se fait entendre et pourtant.
Avoir envie de s’excuser, mais s’excuser de ne pas le faire. Avoir envie d’être écoutée, mais ne pas écouter soi-même, ne pas s’écouter soi-même, parce que manque de confiance, honte, timidité, recroquevillée dans le fond la pièce, à observer sans regarder vraiment, à voir avec des yeux de non voyant, suivre le chemin de l’intention du cœur et se dire que peut-être tout à l’heure, un regard, un échange, une parole, un mot, un regard qui change une parole en mot, un regard qui s’échange, pas de rôle, juste, maux contre mots. Honte, d’avoir osé émettre l’idée que le théâtre ne faisait pas partie de ta vie, honte, le théâtre faisait partie de ta vie, honteuse de l’avoir dit. Recroquevillée au fond de la pièce, à attendre que tu te diriges vers moi, que tu ne viennes pas, que tu viennes mais sans venir, que tu viennes quand même, devoir le dire, sans parler, devoir le dire sans parler, que j’ai appris à te connaître sans te connaître vraiment. Que j’ai appris sans apprendre car apprendre quelqu’un ça ne s’apprend pas, mais juste t’apprendre un peu, savoir ce que tu aimes, ce que tu n’aimes pas tout en aimant ce que tu n’aimes pas vraiment, comme le théâtre peut-être, peut-être pas… la honte, la honte d’être fière, être fière d’avoir à ne pas avoir honte, ne plus savoir tout en sachant ce que je veux dire, dire pour ne pas dire, dire, ce que je veux dire c’est :
Apprécier, je t’apprécie, précisément, comme aimer, aimer bien, je t’aime bien, beaucoup, un peu, sans savoir aimer, comment ne pas savoir aimer, en croyant que tu n’as jamais fait de théâtre, comment ne pas croire que tu en ais déjà fait. Croire sans voir, ne pas croire en ayant vu, finalement s’excuser d’avoir cru sans voir que tu avais vu que je n’avais pas vu. Ne pas voir, en voyant. Suivre le chemin du cœur, qui me dit de dire, sans dire, excuse-moi, sans excuses, car qui sait si ces excuses se verront sans s’excuser de s’excuser. Prêter attention, apprécier, aimer, avancer puis reculer, ne pas savoir tout en sachant ce que tu vas me dire. Un mot, sans mot, avec un regard, regard vague peut être, ou pas, discuter sans le faire mais tout en le faisant. Agiles des mots, mais pas des mots oraux, des mots zéro , des mots uns, des mots écrits, des maux et cris qui ne crient pas, mais qui parlent aux cœurs des gens, sans leur parler. Parler, pas parler, parler ou écrire ? Vas-tu parler ou écrire ? Dire ou ne pas dire ? Que vas-tu faire ? Ne pas faire ? Vas-tu défaire ou refaire ? Perdre ton cœur, décider de le suivre ton cœur ?
A cœur d’auteures, à hauteur de cœurs.
Dis, que vas-tu ? sans aller.

Bien sûr qu’elle veut se soigner. Elle a peur du résultat. Elle ira, comment va t’elle trouver le courage ? Elle pense savoir ce qui l’attend, elle ne veut pas l’imaginer, elle acquiesce.  Sa tête refuse d’y penser, elle rumine, elle rejette. La chose prend de l’ampleur, elle pleure, elle fait sa valise, ne veut pas penser aux illusoirs détails. Elle y met un peu de confort, elle sait qu’il n’y en aura pas. Elle déroule puis refoule. C’est certain il faut y aller, raisonner devient impossible, s’aligner. Annuler, reporter ? Non c’est indispensable. Elle y va, elle y est. Démence qu’elle pense !

Neige en été

Quand elle le voit, elle l’embrasse pas. 

Elle fait ce hug un peu timide, les joues ne se touchent pas. 

Juste le parfum.

En soirée, elle fait ses trucs à droite, à gauche. Mais elle garde un œil sur lui. Même sans le regarder, c’est comme si, son esprit savait. Une boussole avec l’aiguille qui indique : Lui.

Comment l’expliquer. C’est comme vouloir de la neige en été. Elle est là, sur une serviette de plage, sous le soleil, avec un bon livre. Les enfants jouent dans le sable, elle a un peu de musique dans les oreilles. Juste assez pour ne pas couvrir le bruit des vagues. Et d’un coup, elle voudrait être dans ce canapé – deux places confortables, au coin d’une cheminée crépitante, blottie sous un plaid, pendant que le monde devient blanc. Ce sentiment-là.

Avec lui mais sans lui. 

Parfois elle lui écrit un message. Qu’elle efface. Puis recommence avec d’autres mots. Qu’elle efface à nouveau. La conversation a déjà eu lieu. Ou alors elle est en train d’exister. Dans sa tête. Mais elle se dit qu’il sait. 

Non, elle sait qu’il sait.

De toute façon, elle ne l’aime pas vraiment. 

Par contre elle l’adore.