J’ai besoin de toi. J’ai besoin que tu sois forte. J’ai besoin de ton sourire, de tes dents blanches de tes lèvres rouges de tes yeux qui pétillent de ta voix chaude de tes silences de ton souffle chaud de tes doigts nerveux. J’ai besoin que tu sois là même quand tu n’es pas là. Être là, sur terre, c’est pas ce que t’imaginais, tu pensais sauter de brin d’herbe en brin d’herbe et que l’on t’oublie. Non. Ce n’est vraiment pas comme ça que ça se passe. Les attaches arrivent, vite, elles se font et rarement, elles se défont. Tu crois que l’heure de te détacher est arrivée ? mais la vie c’est pas comme une balançoire, avec des hauteurs de bonheur réglables au bout des doigts et une planche qu’on change quand elle est abîmée. N’empêche. J’ai besoin de toi.

Ce « j’ai besoin de toi » s’adresse à elle. Ça deviendrait une phrase souple et implorante, une phrase dorée et vibrante, une phrase comme un miroir offert à ses identités. Ce « besoin de moi » fait que je peux « avoir besoin de toi« , l’autre, l’alter, l’être côte-à-côte, la personne à côté que je ne connais pas, que je ne sais pas, dont j’ignore même qu’elle existe. Les cheveux du vent balaient son visage quand elle se promène le long des berges orange, elle court, elle court, elle marche au retour. Elle n’a jamais connu l’entrain dans son enfance, ni l’entraînement. Elle pose sa tête au bord du chemin. Elle voudrait parfois détacher sa tête de son corps. Pour vivre pleinement. C’est un puzzle sans fin, une existence. Le cœur, la tête, les jambes, les bras, les fesses, les mains, les pieds, le dos et les épaules, tout se remet ensemble dans la vibration d’une seconde, d’une minute, d’un jour.