Souci d’étanchéité, la peur s’infiltre.
– Tu tapes des doigts trop vite, lâche-t-elle.
Tu fais défiler les lettres. Précipitées sur l’écran. À t’en crever les yeux. Tu te fais pitié. Ça ne t’arrête pas pour autant. Tu n’envisages pas la suite ; tu la connais. Tu vas plonger.
Les garde-fous sont déjà loin.
La folie c’est te sentir vivre ?
Une flèche au milieu de l’asile arrive. Je suis peut-être du mauvais côté du mur.
Je décide de m’éloigner. Mais c’est long.
Tag / Ecrire avec Bronka Nowicka & Jon Fosse
Dépêche-toi ma vieille
L’angoisse me pousse au cul.
« Si tu meurs demain, tu crois que t’auras pas de regret ? Tu trouves que t’en fais assez ? T’as vu.e les autres ? Faut être plus efficace ma vieille. Y en a qui sont des machines.»
« Faut pas se reposer, t’as pas le temps. Toujours un ou deux coups d’avance, sinon tu vas être sous l’eau, has-been, dépassée. »
Bonne harceleuse, au réveil elle me parle, la journée toujours derrière moi, et maintenant même la nuit, jusque dans les rêves.
« Prendre de l’avance, prendre de l’avance, tenir le rythme, regarder en arrière pour mieux avancer c’est tout ! Allez ma vieille, plus beaucoup de temps ! »
Parfois elle s’énerve et me laisse exsangue.
« Trop tard. T’es pas assez bonne, tu rattraperas personne, t’es seule. Tes grands projets, c’est over. Tu seras jamais rien. »
Je l’écoutes, elle parle tellement tout le temps. Pas fort, juste là tout le temps. Et puis je m’effondres épuisée. Dans de rares moments, je relève la tête et me rappelle que le but de la vie, c’est de mourir. Alors tout s’apaise et pour quelques minutes, je vais rassurée, à l’écoute de mon cœur encore battant.
La peur m’apprend que tout sert à presser du temps. « Quand tu es seule », dit-elle, « rappelle-toi de presser les minutes entre le mur de tes mains. Parce que, vois-tu, tes doigts tâtent les choses sans ton aide, et ta mâchoire se crispe toute seule. D’ailleurs, tu n’as même pas besoin de toi pour rajouter de la pression » En attendant je crispe mes doigts sur le volant et j’avance le siège, et je passe les vitesses. Quand je conduis, mes mains m’utilisent pour guider la machine autant qu’il le faut, mais moi je suis comme elle: un véhicule que quelque chose pilote. Je ne suis pas la maîtresse de cette peur, des accidents possibles. Je ne suis qu’un canal, un vaisseau, un transport: de sensations, des nerfs, des impacts, des tremblements, des vapeurs, des échecs. Peu importe que j’ai la sensation de contrôler ces allées et venues. L’attente derrière les autres dans la file au feu n’est qu’un prétexte pour me mettre face à des yeux qui me regardent dans le rétroviseur, qui me montrent ce qui est derrière, devant, selon que je regarde assez loin mais c’est à chaque fois différent selon que j’allume la radio ou non, ce qui me permet de m’échapper. Car j’ai peur d’être seule alors, responsable en cas d’accident. Et j’ai beau redoubler de prudence, la peur me dit » je ne te lâche pas tant que tu n’as pas compris qu’il ne sert à rien d’être tout le temps sur tes gardes ». Mais au cas où, quand même quelque chose de plus fort surgirait, les yeux m’utilisent pour palper le temps qui reste.
la joie est un feu sans auteur
les entre-gens ont fini de me gâter
j’ai soulevé une pierre et ses monumentales
j’ai œuvré la nuit quand tu bavais d’aurores
je te passe le flambeau
tête nue je sors et les mains versées de paume
sous un fusain bleu
j’écarte mes lèvres j’offre mon sourire aux eaux cathédrales
L’ennui
L’ennui je l’aime parce qu’il me crée
– Assis toi et ferme les yeux
Laisse moi entrer
Ecoute toi
Rend faux ce qui est vrai
Absente toi
Sois présent au vertige
Explore toi
Depuis le néant
Découpe ce moustique en deux et comprend ce qu’il ressent en embrassant ton sang
Va dans les toilettes de ce palace, lèche les lavabos
Tu sauras la peine des êtres
Gouter aux larmes versées depuis des siècles te diront tout des histoires de celles et ceux qui les ont versées
Des vies anciennes en noir et blanc
Que tu scrolleras du bout de ta langue
Traverse cette rivière quand la nuit se lèvera
Marche sur l’écume
Parle à l’eau qui te constitue
Ouvre le ciel en deux avec ton opinel
Danse sur les étoiles cachées
Il y a là-bas un secret très ancien qui t’attend
Dessine sur les nuages
Avec ton doigt
Trace l’ombre du sombre
Faire aller au vent la douleur
Jouis du moment où je flirte sur ta peau
Le doux baiser du vide
Remplis toi de ce vide
Tu sens comme je te déplace ?
Oui, je deviens quand tu me vides de moi
Un mouvement immobile qui me fait de nouveau
Je marche sur mes os
Un chemin de poussières d’anges
Un vent chaud dans mes veines
Pousse la vie vers le mystère
Un uppercut qui disjoncte tout déterminisme
Une droite de forain
Dans la face vérolée
De l’inné