Cent millions de personnes transitent par cette gare chaque année. Cent millions de fourmis qui creusent des galeries imaginaires dans les tunnels de la gare. Cent millions d’hommes de femmes de filles de fils de pères de mères de vieux de vielles de salariés de chômeurs de retraités d’étudiants de fonctionnaires. Cent millions de fourmis apprêtées assignées à leurs tâches quotidiennes. Deux cent soixante-treize mille personnes grouillent sur le parvis de la gare chaque jour. Deux cent soixante-treize mille fourmis attirées par l’odeur du sucre du gras de l’essence de la moiteur du métro de la profondeur des tunnels sous la terre. Deux cent soixante-treize mille fourmis qui grouillent avancent reculent montent descendent cours marchent entrent sortent. La gare dégueule dans les rues deux cent soixante-treize mille fourmis chaque jour qui vont viennent remontent la rue slaloment se pressent. Un pour cent d’entre elles n’ont pas les yeux rivés au sol. Un pour cent d’entre elles regardent devant autour les gens les lumières le plafond de verre l’horloge centrale la texture de l’asphalte les joints des carreaux du métro. Un pour cent d’entre elles regardent le ciel en sortant. Deux cent soixante-treize mille fourmis humaines grouillent sur le sol dallé de la gare, grouillent du bout de leurs antennes sur les rampes d’escalator, grouillent les entrées et sorties, grouillent le café à emporter, le sac sur le côté, grouillent le menton rentré, grouillent leur respiration par saccade. Je regarde les un pour cent de personnes qui regardent le ciel. Je regarde le ciel. Puis je rentre dans le tunnel putride. Je me fourmis.