je suis venue du bout du rien
sans carte ni boussole
juste la chair et ce qu’elle porte
: l’énigme d’exister au féminin

on m’a parlé d’essence de rôle
de sourires à maintenir
de colères à cacher sous la nappe

j’ai préféré le nu
j’ai rasé la table pas les poils

il n’y a pas de nature à retrouver
ni d’origine à sanctifier
il y a des pas —
les miens les tiens les siens les nôtres
sœurs —
dans une forêt d’impostures

j’avance entre les choses

viens
les mots qu’on nous a donnés nous tombent
des poches
(cailloux trop lourds)

viens
inventons-en d’autres

des mots qui s’ouvrent
qui ne tiennent à rien
qu’à ce tremblement
d’être là
sans armure

j’habite l’écart
le doute fertile
le refus délicat
l’éclat dans l’œil qui regarde
autrement

viens
vivre la germination lente
qui pousse dans les chairs
dépliées déployées déliées

viens avec moi
on dira
: je suis tu es nous sommes
somme sans devoir plaire
sans devoir prouver
sans devoir

viens
juste voir
juste être —

dans notre lumière terriblement indocile
que rien ne peut dissiper