le matin était venu.
plus rien ne pouvait me retenir
me faire revenir
sur l’idée de cette rencontre ;
comment la restituer à présent ?
c’est l’intime qui palpite en moi.
je me souviens de tout mais la limite
est le langage.
le soleil se levait à peine dans les gris des nuages
les rayons perçaient et me fendaient les yeux
je roulai en continue ne m’arrêtant jamais
sentai la transpiration rouler sous mes aisselles
j’étais nerveuse
je ne savais pas où j’allais
je ne savais plus sur quel fil marcher
pour rester en équilibre.
précaire ;
il y avait au bout du chemin
de la si longue route
la palpitation du nouveau, la beauté de l’inattendu
le printemps du destin
ou bien rien
rien qu’une mascarade

un faux espoir
un fantasme de plus dans cette vie nauséeuse
et intranquille
intranquille
oui, je me sentais intranquille
j’étais un vers de pessoa une pensée baudelairienne
et j’avançai toujours sur le fil sur les rails sur les routes
qui mènent au destin que l’on pense se choisir
je bravais l’aventure j’allais vers la vie.
l’instant arrivé je sentis mon cœur devenir
un tableau de jérôme bosch
le réel prit le pas sur le mien
il me fallait bien dire un mot
j’ai dit bonjour puis j’ai laissé les fils de la toile
se faire se défaire se refaire
j’ai laissé
pénélope revoir ulysse

Parenthèse

La déformation spectaculaire est arrivée. Cette sphère se met à onduler. Une vague déferlante de secousses incontrôlables. C’est la magie des éléments qui opère. Le tsunami inarrêtable tant attendu atteint son paroxysme.

Bientôt là.

L »angoisse attrape les tripes. Déjà je regrette les incantations pour précipiter ta venue. Je n’avais plus de sagesse face à cet isolement militaire. J’étais ta prison mais tu étais mon geôlier. Nous étions engagés volontaires, des légionnaires effrontés.

Tu devais arriver il y 5 jours déjà.

Tu es en retard.

Je t’attends.

Ma vie entre parenthèses. Mon Je est une autre. Je est entre Parenthèses. (Je)

Je te veux et appréhende cet instant où nous ne serons plus nous.

Ton je est un autre.

Mon Je est une autre. Une Autre. Sexe féminin. Sexe masculin. Je te prête mon corps, et je porte en moi ton sexe. Sexe masculin. Mâle ancré Femelle.

Les néons m’assomment. Il faut te délivrer. Me délivrer du Mâle. Des lésions étrangères ont déjà marqué ma peau, les stries blanches dont l’écume est le reflet d’un nouvel être qui s’annonce. Je hais ces néons. Leur vérité me fracasse, je est une Autre. Une Anonyme, a no name. Une femme à l’instinct grégaire qui ferait tout pour qu’on cesse de lui arracher les entrailles. Simple mortelle qui s’est éprise à jouer la part de Dieu, et prise à jouer la part du Diable. A procréer, à enfanter et prie. Cri. 

Parent

Thèse 

Parents

Taisent

Parenthèse.

La magie, l’inconnu, la rencontre, enfin. Un ouragan dans une vie. Un cyclone de chamboulements. Inattendu. On se connaissait. On se reconnaît.

La rencontre reconquête. JE redevient Moi. JE devient MER OCÉAN. Je redeviens moi et une autre. Ouranos. Femme Monde. J’ai enfanté la vie. Je suis nous.

Tu étais Moi.

Tu deviens toit.

Toi de mon monde.

Toit de mon Univers.

Le vieil homme et la jeunesse

Et toi vieil homme, poursuivie la folle jeunesse, que crois-tu boire ? Que veux-tu boire ? Il faut que tu boives pourtant. Il le faut. Pense à bien t’hydrater par ces temps de sécheresse collective. L’eau d’ici n’est pas bonne pourtant, et au-delà de ce que tu devrais absorber, l’odyssée infinie des liquides qu’il te serait agréable de goûter reste en suspens dans les verres fragiles pourtant si féconds. Il faudrait que tu t’imbibes des ces précieux nectars. Le sais-tu ? Les fleurs ont ces parfums enivrants qui te permettront de rester lucide dans toutes tes ivresses. Te rappelleras-tu de cela ?

Les frigos nourrissent les corps, certes, et les salières salent les corps morts afin de les conserver. Pour t’accompagner sache que les cendriers préservent les erreurs volatiles du passé. Les fenêtres ouvertes laisseront entrer ce vent du nord qui redonne la soif. Les mouchoirs dépliés garderont secrètement les rires assassins du temps qui s’écoule sur le bord de tes lèvres ridées. Les versets poétiques seront capables de te réchauffer quand ces alcools meurtriers te feront trembler. Les bourses arides auront toujours quelque menue monnaie afin que tu sois ivre même dans l’eau plate.

Le vieil homme pleurait à gorge bien serrée et la jeunesse s’essoufflant ordonna :

Oui ! Bois ces larmes que tu ignores être celles du bonheur. Bois ! Ne te retourne pas et fuis ces verbes qui ne savent pas. Juger, savoir, être, avoir. Réponds liquide au solide. Toujours. Hurle cette souplesse qui ne demande qu’à s’adapter aux contenants de toutes sortes. Et surtout, avale cul sec! Quoi qu’il en coûte, couleuvres comme mets indélicats. Puis ensuite, savoure ce délicieux vin de serpent, ainsi que ce fin dessert raffiné. Rappelle-toi bien du prix de la consigne. Cela te sera utile les jours de vaches maigres. Mais après tout, vieil homme, tout cela tu devrais déjà le savoir…

Puis telle une fuite qu’on ne peut étancher la jeunesse alors s’en alla boire ailleurs avec d’autres vieux fous. Sans se retourner sur la solitude, elle pris la direction d’un aller sans retour.