J’ai boutonné ma veste, le menton bien baissé, tu as répété je ne sais pas comment faire, autrement et moi ça m’a désertée, j’ai hoché la tête comme une gamine qui fait semblant de comprendre, j’ai hoché et je suis sortie.
J’avançais d’un pas pointu. C’était violent, efficace, ça m’arrangeait ouais.
Hier j’ai eu la même conversation, avec un autre, il a dit un truc similaire l’amour en moins. Et j’ai senti juste entre mon coeur et tout le reste en-dessous un courant glacé, traduction non simultanée
de ce que tu voulais me dire
de ce que tu avais dit.
Donc superposition de violences
chaos enclenché.
Je t’aime ouais.

Tu fulminais dans mon dos et je continuais de fourrer mes livres dans le carton de déménagement. Plus tu t’emportais plus j’allais vite. J’essayais de me faire sourire en me disant que je n’avais jamais été aussi efficace, en te remerciant presque. Tu étais allongé dans le canapé, ton téléphone à la main me donnait quelques minutes de répit quand tu tombais sur un post qui t’absorbait subitement, et puis ça reprenait, tes injures. Ta revanche, au milieu des cartons. Je ne voyais pas que c’était une posture, que ton téléphone t’empêchait de couler, que tu m’offensais pour ne pas sombrer. J’essayais de ne pas t’écouter, je fredonnais dans ma tête des chansons douces, et je m’appliquais à la tâche.
Déplier un carton, scotcher, entasser mes livres. Je me disais Tiens bon ne craque pas tais-toi ne lui fais pas ce cadeau demain tu seras partie tout sera derrière toi ce type est fêlé tu as fais le bon choix te sauver. Je ne voulais pas voir la brutalité du choc. Ni l’ampleur de l’échec. Je ne comprenais pas qu’en me perdant tu perdais tout. Je ne voyais que la violence, elle avait pris ton visage. Je ne t’accordais aucun droit. C’était trop tard. C’était ta faute. Troisième carton, deux mains deux bras. Mécanique de survie. Ne pas flancher. Faire. Se taire. Et puis je craquais, trop c’était trop, il fallait que je te réponde. Je ne comprenais pas que tu ne voulais que ça. Me retenir par le bout de quelque chose, ne serait-ce qu’un mot, me rattraper au vol et qu’on reprenne la danse, que ça tournoie comme avant. Mais c’était fini, je ne voulais plus de tes filets, je voulais juste m’échapper, courir aussi loin que possible, ne plus te voir t’entendre m’étendre mais te fuir. J’étais en armure et tes flèches ricochaient sur moi, et même si à l’intérieur je tremblais comme une feuille, même si mes jambes ne me portaient plus, j’étais debout, en guerre, dos tourné, contre toi. J’entendais tout ce qu’il me fallait pour ne rien regretter. Tes attaques perfides. Je n’entendais que ça. Ta perfidie. Je n’entendais que la haine. Je n’entendais pas que tu pleurais sous les cris, ni ta peur, ni à quel point de folie tu m’aimais.
Ni combien c’était vrai.