Je ne suis pas
Une terre docile
Ou germent
Les mythes des aïeux…

Les sédiments qui me façonnent
Ne sont pas
Immobiles.

Je ne suis pas de ceux
Qui se contentent
De l’eau calme des lacs
Où s’enlise
La parole qui libère…

Je ne suis pas de ceux
Qui refusent
De gravir les monts rocailleux.

Désormais
Le passé
Demeurera le passé 
Je le désarmerai…

Désormais
J’ouvrirai
Mes sens aux éléments ;
Je ne serai des impatients
Aveugles
Aux beautés.

Désormais
J’accepterai tes bras
Loin
De leur leg désavoué.

Désormais ; Désormais
Je prends
Les chemins ouverts ;
Mes pas moins hésitants,
Je délaisse
Les sans-issus…

Désormais ; Désormais
La colère, le pardon
Ne m’appartiennent plus; 
Forte de ta naissance,
Mes plaies
Se cicatrisent ;
Perdent de leur puissance…

Désormais ; Désormais,
Je suis moi
Lentement ;
Je suis moi 
Simplement.
Et je deviens notre boussole.

Désormais ; Désormais,
J’observe notre évidence
D’être 
Entières
L’une à l’autre:
Étonnement sans fin

Neige

Neige dehors neige dedans neige dans mon cerveau neige de mots sur ma page blanche neige sur mon écran neige de souvenirs verglacés neige ardente dans la fourrure de ton corps d’ours divin quand vint le temps du vin puis tout en vint aux mains aux poings flocons d’amour brisé neige de sang comme des noces de chair brouillard brouillard givré sur tes yeux flous tes yeux bleus oublieux du froid du froid du froid du froid qui nous battait la peau les os fragiles comme du verre sous la pluie scintillante comme des oeufs enneigés dans le nid d’une mouette égarée je sèche les étoiles de givre sur mes lèvres glacées glacées au bord du thé brûlant qui ne me réchauffe pas je dois t’écrire je dois t’écrire je dois te dire l’averse de neige les rues glissantes entre nous l’épaisseur de gel qui s’immisce entre mes mots qui ne sortent pas qui ne sortent pas qui ne sortent plus les plumes d’oiseaux moqueurs migrateurs exilés réfugiés n’irriguent plus mon désert de sable blanc frais poudreux tu te rappelles on s’enduisait le corps de crème fraiche fraiche fraiche et on léchait nos sucres glace collés aux paupières du miroir de neige coupante montée en neige dans ma tête glissade dans mon corps gelé jusqu’au bout des doigts seulement des gerçures seulement des gerçures seulement des gerçures à t’offrir et le silence en avalanche peur de fondre fondre fondre si je te parle en hiver des larmes de cristal nous figeront jusqu’à l’été c’est très clair laissons faire le printemps qu’il souffle en douceur sur nos manteaux engourdis de ouate je suis une petite boule qui craque craque sous tes pas trop lourds ça m’engloutit ça m’engloutit ça m’engloutit je préfère la nage à la neige